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Le condom, il faut s’en parler

Récemment, j’ai commencé à fréquenter un gars. Avant qu’on passe à l’acte pour la première fois, je lui ai dit, dans toute ma lucidité malgré mon taux d’alcoolémie assez élevé : « T’as-tu un condom? » Parce que ça va de soi dans ma tête qu’on doit en utiliser un, surtout quand on se connaît peu. C’est ce qu’on m’a appris.

Finalement, en farfouillant dans sa chambre, il a fini par en sortir un. Mais cette nuit-là, dans cet élan de désir refoulé trop longtemps peut-être, on a fait l’amour plus d’une fois. Et quand tu te réveilles peau à peau dans la noirceur (en assumant que tu as fini par t’endormir), c’est pas long que la danse se poursuit naturellement, sans trop réfléchir. Et à mon avis, ce gars-là, il réfléchissait pas beaucoup à ça, se protéger. Pour lui, c’était normal de ne pas mettre de condom, apparemment. C’est sûr, il n’a pas ce risque de tomber enceinte, lui. Il peut peut-être pas comprendre le stress supplémentaire qui vient avec ce « plaisir sans-latex » là (bon, je dis ça en assumant qu’il s’en foutait pas mal des ITSS, lui). Peut-être s’il avait pris le temps de me demander si j’étais d’accord de prendre le risque, ou, minimalement, si j’utilisais un moyen de contraception, au lieu d’assumer, j’aurais osé dire quelque chose. Parce que non, je ne prenais pas la pilule à ce moment-là. Et « se retirer » à la fin, c’est pas vraiment une technique de contraception fiable, non.

Le lendemain j’étais mal à l’aise. Je me sentais coupable de ne pas avoir arrêté le mouvement et exigé qu’il mette un condom, car maintenant, je devais prendre la pilule du lendemain, sans compter que j’avais peut-être contracté une ITSS, qui sait?

Alors, je suis allée à la clinique et je n’ai rien dit. Parce que, quelque part, je me disais que c’était de ma faute, car j’avais pas partagé mon besoin. J’aurais pu insister, après tout.

Plus tard dans la semaine, je l’ai revu et, cette fois, je lui ai dit : « Écoute, je prends pas d’autre contraception, je veux pas tomber enceinte ni avoir d’ITSS parce qu’on utilise pas le condom; soit tu mets un condom quand on fait l’amour, soit on arrête ça là. » Il s’est empressé d’acquiescer, il se disait bien d’accord avec moi, comme si ce que je lui disais était ÉVIDENT.

Le lendemain, on a refait l’amour. Cette fois je lui ai dit avant qu’il entre en moi « hey, je suis sérieuse », et il a dit « oui je sais, mais on va commencer comme ça (sans condom) ». Sauf qu’il a pas arrêté pour mettre un condom avant de finir. « Oups, désolé », il a dit.

Je me suis sentie trahie et pas respectée. Un mélange de honte, de frustration et de remords m’habitait. Peut-être que je n’avais pas été assez claire?

Honnêtement si ton partenaire est par-dessus toi et que vous êtes dans le feu de l’action, pour les deux partis, j’ai conscience que c’est difficile de tout arrêter. Mais il faut avoir le courage de mettre à pause l’élan de désir qui se bat contre notre petite voix rationnelle et de se demander : « Hey, est-ce que ça vaut le risque? »

Idéalement, osez mettre ça au clair en avance si vous n’êtes pas à l’aise de risquer une ITSS ou une grossesse. C’est correct. Pis, honnêtement, si votre partenaire vous veut, il va faire ce qu’il faut. Du sexe protégé, c’est mieux que pas de sexe, non? S’il ne peut pas respecter ça, clairement c’est le temps de chercher ailleurs.

D’ailleurs, je suis sûre que je ne suis pas la seule qui trouve que c’est tellement plus excitant, attrayant, faire l’amour en se sachant safe plutôt qu’en se préoccupant du début à la fin de toutes les conséquences possibles d’une nuit risquée. Est-ce qu’il est clean? Est-ce que j’ai pris ma pilule correctement? Avec combien de personnes avant moi il a couché sans se protéger?

Les gars, les filles, s’il vous plait, dans le doute, si vous voulez pas « casser le mood » en ayant la discussion, sortez le condom en avance, ayez-en un avec vous pas loin et soyez proactifs. Ça, y’a aucune chance que vous le regrettiez.

Mais SURTOUT, si un(e) partenaire le demande explicitement, respectez sa demande.

Pis les gars, non, si une fille ne le réclame pas de façon claire, c’est pas parce qu’elle est d’accord de faire l’amour sans protection. Demandez-lui si elle préfère que vous utilisiez un condom, c’est une question de respect et de consentement. Ça prend 10 secondes et, dans le pire des cas, vous avez l’air d’un gars respectueux (bon, je sais, ça pourrait faire mal à votre réputation de bad boy, ça).

Pis les filles, hésitez pas à mettre votre pied à terre. Au pire vous aurez l’air d’une fille qui sait ce qu’elle veut et qui a pas peur de le dire.

Mais s’il vous plait, n’oubliez pas ceci : c’est pas parce qu’une personne veut coucher avec vous qu’elle veut coucher avec vous dans n’importe quelles conditions.

P.-S. – Je parle beaucoup de « gars » et de « fille » dans cet article, mais je tiens à mentionner que j’inclus là-dedans toute personne qui a une relation sexuelle avec une autre personne.

Anonyme

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