Menu

Non merci, je ne veux pas de corps de plage

La beauté des réseaux sociaux, c’est qu’ils permettent aux gens de connecter et de partager des intérêts. Par contre, ça peut aussi devenir un lieu nocif de comparaison et d’idéalisation de certains concepts, dont celui du corps parfait. Ce mois-ci, j’ai envie qu’on se parle d’un phénomène qui me tanne sincèrement (et ceux qui me connaissent savent que ça m’en prend, pour être à bout).

Je suis une grande utilisatrice d’Instagram, je ne m’en cacherai pas, et j’ai constaté que j’étais de plus en plus ciblée par des personnes qui, dans leur description, se disent coach de vie ou de motivation, adeptes de fitness, désireux d’aider les gens à perdre du poids et à bouger plus. Malgré mon compte privé, je dois sincèrement recevoir au minimum 2-3 demandes de personnes avec ces champs d’intérêt par jour, sans compter les nombreux messages.

La forme est souvent la même : on m’écrit pour me complimenter sur telle ou telle chose, ou me poser une question… puis, sans tarder, on s’empresse de me demander si je fais assez de sport, si je veux perdre du poids, si je veux manger mieux, raffermir mes muscles, me détoxifier l’intérieur, etc. Et souvent, la formulation tend à insinuer que je semble en avoir besoin.

Euh, pardon? On ne se connaît pas du tout : tu ne sais rien de ma vie, sauf par mes photos, et tu viens me dire que j’ai l’air d’une fille qui a envie de perdre quelques bourrelets et que tu serais ravi de m’aider à le faire? J’ai beaucoup de difficulté avec ça : on suppose automatiquement que je n’en fais pas assez, sans savoir ma réalité. Yoga, gym, activités en plein air, fruits et légumes en énorme quantité font pourtant bien partie de mon quotidien, et je suis satisfaite de mon équilibre de vie.

Croyez-moi, je n’ai rien contre l’idée de personnes qui veulent bouger plus et manger mieux, et aider les gens à faire pareil. C’est vrai que de le faire en groupe, ça peut être beaucoup plus motivant. Toutefois, j’ai beaucoup de difficulté à accepter l’approche limite invasive/harcelante/agressive utilisée par certaines personnes qui choisissent d’exploiter ce domaine – et je dis bien « certaines », car je ne compte pas mettre tout le monde dans le même bateau. J’ai peut-être seulement eu de mauvaises expériences… bien que beaucoup de gens dans mon entourage semblent en vivre aussi.

Je crois sincèrement que nous devrions être les premiers experts de notre corps. Il n’y a personne, à la base, de mieux placé que nous pour écouter notre corps et ses besoins. Se faire confiance, en prendre soin de manière intuitive au meilleur de notre connaissance en lui donnant ce qu’il faut, de bonnes choses. Parfois, bien sûr, cela ne suffit pas : on rencontre des petits problèmes de santé ou des obstacles de la vie qui font que l’on ne se sent pas bien dans sa peau et qu’on veut s’améliorer et acquérir plus de connaissances. C’est là qu’il existe une panoplie de personnes ressources qui peuvent nous guider et faire en sorte qu’on s’approprie encore plus son corps, qu’on l’amène à un point optimal.

Sincèrement, le jour où je ressentirai le besoin d’avoir des conseils pour m’aider à bouger plus ou manger mieux, je risque fort probablement d’aller voir un spécialiste. Il existe de nombreuses personnes qui font des études dans ces domaines, que ce soit les kinésiologues experts de la science du mouvement (qui font un baccalauréat et même une maîtrise) ou encore les technicien.nes en diététique, les nutritionnistes, qui savent comment bien balancer une alimentation. Entraîneurs privés formés, physiothérapeutes, médecins : tous ont des connaissances qui peuvent aider, selon la situation.

Les coaches sans formation adéquate qui me vendent des caisses de smoothies et des programmes 30 jours « extreme hardcore abs mega fit plus », les influenceuses qui font la promotion de thé minceur magique et de gaines raffermissantes, les compagnies louches qui vendent des suçons pour supprimer la sensation de faim, ou encore des bandages pour le corps style « wraps » censés me faire perdre quelques pouces de tour de taille en un temps record… non merci, pas pour moi. J’apprécie le dévouement, mais, si j’en voulais, je vous contacterais : et ce n’est pas le cas.

J’essaie de ne viser personne en particulier : il existe une multitude de compagnies et de produits qui font des affaires dans le monde de l’entraînement et des régimes alimentaires! Par contre, j’avoue que je trouve ça un peu hypocrite, une compagnie qui se dit pleine de bonnes intentions et de valeurs comme le bien-être et l’acceptation, mais dont le nom fait directement référence à l’idéal du corps de plage…

Je n’ai pas de « beach body ». Parfois, j’ai un « divan-toute-la-journée-et-Netflix body », d’autres fois c’est un « trois-services-au-restaurant body » ou un « danser-avec-mes-amies-au-bar body », et à l’occasion un « randonnée-en-forêt body ». Mon body est fait pour aller partout, pas juste à la plage. Pis c’est bien correct de même, parce que dans tous les cas, mon body reste un body, point! En plus, il me fait vivre et est génial, qu’il soit en maillot ou en pyjama.

Cher/chère coach de vie ou de motivation, ou encore toi l’influenceur/influenceuse qui essaie de me vendre des produits louches pour maigrir… ma santé n’est pas un bien commercial sur lequel tu peux faire des profits. Merci de ne plus m’écrire.

Pexels

2 thoughts on “Non merci, je ne veux pas de corps de plage

  1. Je suis contente de voir des articles du genre. Étant très sensible au sujet de mon corps, ça m’affecte me faire aborder comme si j’en avais besoin. Et naive comme je suis, je pensais que la gentillesse d’une certaine coach de venir discuter gentiement avec moi en s’intéressant à ma vie, en m’écoutant quand je lui disais avoir fait une crise de boulimie la veille, était tout simplement de la gentillesse mais avec des articles comme le tien, j’ai pu comprendre que c’est pour nous amadouer 🙁 J’ai malheureusement dû finir par être bête avec elle, car elle venait tannante et semblait vouloir finir par me faire culpabiliser de pas embarquer dans son truc, alors que j’ai un elliptique et un vélo dans mon appart et que c’est en masse pour moi. J’ai déjà été dans un groupe de beach body, ma coach me faisait sentir cheap de pas prendre 30 min par jour après ma journée à endurer une job qui me stressait et me brûlait car je détestais où j’étais, alors qu’elle, elle était en congé de maternité et s’entraînait à sa guise quand bébé dormait. Pis sérieusement, à force de faire des squats NON STOP pis de sautiller (car les exercices que j’avais accès c’était pas mal de squat et de sautillage sur la pointe des orteilles lol) ben je me suis fais mal à un genoux et 3 ans plus tard, ce genoux me fait mal le moindrement que je danse, monte des escaliers trop souvent, etc… Je me souviens que la douleur avait commencé lors d’un sautillage d’un de mes entraînements beach body. Ça m’a assez fait mal sur le coup donc je sais que c’est à cause de ça. Et donc, comme la coach est pas outillée plus que ce que son coach à elle lui a expliqué, ben elle savait pas trop quoi me dire.
    Scuse, j’en ai gros sur le coeur ahaha. Ces affaires-là m’affectent. Je suis sensible à tout ce qui touche le corps, l’obsession de tout ça…

    • Bonjour T.!
      Je tiens sincèrement à te remercier du beau témoignage que tu me fais ici. Ça me touche énormément que tu partages ainsi une partie de ton vécu. Je suis heureuse de voir que mes mots ont pu avoir du sens pour toi et plusieurs personnes qui ont vécu quelque chose de similaire ! Continuons à nous aimer et à faire ce qui est bon pour nous en écoutant notre instinct xxx

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de