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Alea jacta est

Le sort en est jeté, et bien que l’heure soit grave, le clair de lune est né sur la commissure de tes lèvres, un dernier rêve sur ton visage.  

Ai-je côtoyé la vie ou n’était-ce qu’un mirage? Qu’aurait pu être dit de la bouche d’un vieux sage? Du début de la nuit dans le départ du jour, la chaleur du midi dans son voile de velours. Qu’aurait pu être fait que le doute n’impose, que certitude n’est lorsque le cœur s’oppose.

J’ai vécu de l’épée sans fidèle destrier, et au nom de la rose, me ferai chevalier. Déchu fut ce guerrier que le glaive eût blessé, derrière, pour mort laissé, mais il s’est relevé. Béante fut la plaie par la lame tailladée, la peau cicatrisée des stigmates passées.

J’ai vécu de l’amour, du plus haut de sa tour, perché sur son pourtour, j’attendrai son retour. Je lui ferai la cour si l’amour court toujours, dans l’évasion du cœur s’étiole notre bonheur. Je le lui reprendrai, au vol le rattraperai, ne laissant plus filer un jour à tes côtés.

J’ai vécu de la haine qui fut sans pitié, à en perdre l’haleine, pourfendu la piété. Elle a noirci mon cœur sans épargner les leurs, elle aura fait de moi son vil cheval de Troie. Obtempérez pour moi les pas de son trépas, pour renier sa foi, tromper ce renégat. Elle me fut fidèle drapée de ses dentelles, libre de ses ficelles, je lui ferai la belle.

Bientôt demain sera et je vivrai toujours, quittant le scélérat pour embrasser l’amour. Je compte bien voir demain qui renaît de sa fin, dans la rosée du soir, par-delà la nuit noire. D’ores et déjà devants dans le soleil levant, appellent ses fidèles, renient les mécréants; entre le temps qui passe et les rêves naissants, les jours de pluie s’estompent et laissent place au printemps.

Bientôt demain sera et nous vivrons toujours, chaque heure portera le sceau de notre amour. Nous en ferons le vœu devant l’éternité, en gravant « je le veux » sur nos cœurs écorchés. Que faire d’un mirage qui tarde à s’estomper si chérir son image peut le préserver? Qu’une seule parcelle permette à ta beauté d’écrire dans le ciel « le sort en est jeté ».

Par Simon Guérard

Source photo de couverture

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