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« Grossophobie », nom féminin

Je me suis demandé si je devais prendre la résolution de perdre du poids, surtout en ce début de nouvelle année où tous se donnent à cœur pour se donner de nouveaux buts. Mais à vrai dire, si je n’écoute pas cette forte voix dans ma tête formée par notre société, je me surprends à me trouver jolie dans mes outfits, à aimer mes cuisses dans mon maillot deux pièces que j’ai osé porter pour la première fois cet été (merci Cœur de loup) et à aimer mon double menton.

En fait, pendant la période des Fêtes, je me suis surprise à dire non pour une deuxième portion, simplement parce que je ne voulais pas affronter les regards de ces gens qui se disent : « Regarde la grosse, elle peut bien l’être avec ce qu’elle mange. » Parce ce que dans le fond, on va s’entendre que plusieurs mots sont automatiquement liés à la haine des femmes, surtout aux grosses femmes et à la bouffe. On a tous entendu des expressions comme vouloir le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière, une femme poire, pulpeuse, belle à croquer, et j’en passe. Mais dans mon fort intérieur, j’ai le goût de te dire un gros « fuck you ». Parce que j’aimerais me défaire de ton regard et de ton ton méprisant lorsque tu me dis que j’ai perdu quelques livres et que je suis belle maintenant.

J’ai le désir profond de me faire dire que je suis belle, non que je suis belle pour une grosse. Que je ne peux pas porter de bikinis parce que mon ventre et mes vergetures te font sentir mal à l’aise. D’arrêter de choisir mon meilleur profil pour que mon double menton paraisse moins sur la photo. De me dire que je devrais perdre du poids pour ma santé, ne t’inquiète pas, mon médecin et moi on en prend déjà assez soin de même. J’aimerais qu’on arrête de penser automatiquement que je suis lâche et fainéante parce que je suis grosse. JE NE LE SUIS PAS. En tout cas, pas plus que tout le monde. Parce que oui, j’aime ça parfois rester chez nous, au chaud pis me commander une pizza.

En ce début d’année j’ai le goût de nous proposer une résolution en tant que société : arrêter notre peur des gros, ce qui est communément appelé la grossophobie. Pis surtout, je me souhaite à moi et à l’ensemble des personnes en surplus de poids d’arrêter d’être grossophobe envers soi-même.

Sur ce, je nous souhaite ben de l’amour de soi et des autres, et ce, sans jugement.

Par Alexandre Marcil

Photo de couverture par la talentueuse Maude Bergeron des Folies Passagères

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