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Choisir ses batailles ou se battre pour avoir le choix?

« Dans les partys de famille, on parle pas de trois sujets : la politique, la religion et comment élever les enfants. »

Ma deuxième maman m’a dit ça quand j’étais petite. Elle répondait à mon arrogance légendaire qui cherchait toujours à s’obstiner sur tout – oui, j’étais cette petite chipie, et en fait je le suis encore.

Parce que dans ma tête, du haut de mes douze ans, je m’étais promis de ne jamais avoir de tabou, de toujours aller au bout de mes convictions.

C’est dix ans plus tard que je reconsidère cette promesse à moi-même pour essayer de déterminer comment choisir mes batailles. Je comprends les bien fondés de ma promesse : je veux que mes bottines suivent mes babines, je suis de celleux qui incarnent le changement qu’iels veulent voir chez les autres, j’écoute les adages québécois et dalaï lamaïens.

Mais ça, cette volonté de brasser la cage, ça découle de la croyance profonde que j’ai le pouvoir de changer les choses.

Mais elle n’est pas toujours vraie.

Dans certaines situations, je n’ai pas le pouvoir de changer quoi que ce soit. Parfois, je me bute aux trolls des réseaux sociaux ; d’autres fois, aux mononc’ qui « [peuvent] pus rien dire ! », bref, aux personnes qui préfèrent le statu quo qu’un meilleur monde pour l’ensemble des êtres humains sur la Terre.

Utopiste ? Oui. Et fière de l’être. Ce sont les utopistes qui ont poussé le monde le plus loin. Des gens qui croyaient en l’abolition de l’apartheid, au droit des femmes, des personnes de couleur et des autochtones de choisir qui dirige une nation, en la capacité des couples, peu importe qui les composent, de fonder des familles.

Mais Nelson Mandela et Thérèse Casgrain, est-ce qu’iels prenaient une pause de leurs rêves le temps d’un souper ou d’un réveillon ? Est-ce qu’iels se permettaient parfois une journée de congé, où le combat n’était même pas dans leur tête ? Est-ce qu’iels économisaient parfois leur énergie en « choisissant leurs batailles » ?

Parce que c’est épuisant, toujours se promener en armure de chevalier.ère, en tenue camouflage avec une mitraillette ou avec un équipement de hockey sur le dos, prêt.e à se battre contre l’impossible. Pour soi et pour son entourage.

Mais en même temps, abandonner une bataille, c’est s’avouer vaincu.e, c’est se défaire de ses responsabilités, c’est lâcher prise sur quelque chose qui vibre en soi. C’est se permettre l’imperfection, l’inaction face à l’inacceptable, la passivité.

Et ça, ça sonne pour moi comme toutes les bonnes raisons de me sentir coupable. Coupable de devenir ce que je reproche aux autres. Coupable d’incohérence.

Alors le conflit intérieur s’installe : cohérence contre énergie et relations interpersonnelles. Le tourment ruine mon moral.

Et je me dis que c’est donc plus facile dans ma petite bulle universitaire où on argumente sur des virgules plus que sur des sujets de dissertation. Mais en même temps non. À force de me confiner dans mon militantisme, j’en oublie la personne derrière la militante, la victime de plusieurs formes de violence, l’âme créative, la fan d’Harry Potter et d’Unité 9, la maladresse humoristique, la calinours.

Alors comment faire ?

Je voulais écrire sur comment choisir ses batailles. Mais je dois être la pire là-dedans, alors je ne ferai pas semblant de savoir quoi répondre à cette question, de maîtriser un contenu que je vous transmets humblement. Je vous laisse donc sur ce questionnement déchirant, et si vous en connaissez la réponse, faites-moi signe, mais ça se peut que je vous obstine là-dessus aussi, on est chipie ou on ne l’est pas.

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