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Croiser des gens

Lorsque l’on est jeune, croiser des gens que l’on connaît c’est un événement. Au secondaire, on regardait partout autour quand on allait magasiner pour voir si on ne reconnaîtrait pas quelqu’un. On sautait dans les bras de connaissances que l’on disait nos amis et on entamait des conversations sans fin. 

Dans les bars, on sautait aux cous de plusieurs personnes, comme si on retrouvait notre ami d’enfance. On faisait la bise à tout le monde pour que les autres sachent que l’on avait un cercle d’amis bien remplis. On hurlait à la vue d’une fille qu’on n’a pas vue depuis le primaire et on criait encore plus fort lorsqu’on retrouvait notre amie avec était venu.

Maintenant, on a passé l’âge où rencontrer des gens par hasard nous crée plus d’angoisse que de bien-être. On fait semblant de ne pas reconnaître nos connaissances au magasin pour s’éviter une longue conversation remplie de malaise. On s’évite de devoir expliquer à la fille qu’on n’a plus revue après le cégep qu’on est encore célibataire et qu’on ne sait pas trop comment gérer sa vie. 

On feint de regarder ailleurs lorsqu’on croise un ancien collègue de travail, parce qu’en plus de ne plus se souvenir de son nom, on ne se souvient plus de ce qu’on lui a raconté au party de Noël de 2014. 

Maintenant, on sort de chez soi, peu arrangé et on espère ne croiser personne. 

On fait tout ça pour s’éviter de devoir se justifier à la fille avec qui on faisait notre yoga le mardi matin. Non je ne vais plus au yoga trois fois par semaine comme avant Cindy. Oui, c’est pour ça qu’on ne se croise plus. Non, on ne fera pas un souper fondu, parce que de te côtoyer ça me fait juste sentir coupable de ne plus aller au yoga. 

Notre cercle d’amis se rapetisse et c’est tant mieux. On reçoit moins de textos qui ne servent à rien et on répond plus à sa mère. On sélectionne les personnes avec qui on veut passer le peu de temps qu’on a de libre et ceux-là on ne les ignorera jamais. 

On s’habitue, peu à peu, à rester tranquille la fin de semaine et on finit par se rendre compte que d’aller au bar, ce n’est plus aussi le fun qu’avant. On veut des soirées intimes où on se raconte des histoires sans avoir peur que l’autre les raconte à tout le monde. 

On s’habitue à donner plus de temps aux gens qui nous connaissent pour de vrai.

Crédit photo: Pixabay

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