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L’apologie de ceux qui perdent patience

On s’en fait beaucoup demander dans la vie. Constamment. On travaille sans relâche, on doit se garder en forme, sortir faire acte de présence un peu partout. Du temps pour nous, c’est rare. Avec les médias sociaux, en plus des cellulaires, on est toujours à la disposition de tout le monde pis c’est un crime contre l’humanité quand on répond pas ou que notre cellulaire est fermé.

Comme si c’était pas assez, y’a toujours du bruit inutile, pis si on n’a pas la chance d’avoir une maison, on peut même pas avoir la paix chez nous. On est tellement toujours stimulé par tout autour de nous que ça nous rend un peu fous, parfois. On accumule plein de petites choses invisibles, pis on explose « pour rien ». Le pire, c’est qu’après coup, on se sent coupable d’avoir perdu patience. On se sent coupable d’être à bout, parce qu’on n’a pas su garder notre calme comme on nous le demande. On se sent coupable d’être juste humain comme si exprimer nos malaises et nos besoins faisait de nous de mauvaises personnes. On se sent mal d’en avoir trop sur nos épaules.

On se fâche quand les autres perdent patience avec nous. Ça n’a pas de bon sens, qu’on se dit, j’ai rien fait pour mériter qu’on me réponde comme ça. Parce qu’on se sent personnellement attaqué par les réactions des autres. Parce qu’on pense que c’est nous qui les avons mis dans cet état-là, alors qu’il y a tellement de petits détails qui font qu’une personne n’en peut plus.

C’est vraiment propre aux humains d’en faire un enjeu de culpabilité. C’est une construction sociale qui veut que l’on ne montre que le meilleur de nous-mêmes, et seulement le positif. Les émotions négatives, c’est pour les mésadaptés. Les animaux, eux, ils n’ont pas ce problème. Les chiens, quand ils sont tannés ou qu’ils se sentent dérangés, ils grognent, retroussent les babines et font des yeux de baleine. Ils se font respecter et la plupart du temps, ça marche. Autrement, ils mordent et on l’a bien cherché. On ne leur en veut pas de nous avertir de leur état d’esprit parce que c’est leur seule façon de s’exprimer. Mais on a tendance à oublier qu’on est des animaux aussi, et qu’on répond également à des pulsions. Nos actions n’ont pas toujours la logique qu’on voudrait leur donner.

À quelque part, je pense qu’il faut qu’on soit plus compréhensif du comportement des autres pour ne pas s’en exiger autant à soi-même. Pourquoi, dans une situation semblable, j’aurais plus d’empathie pour mon chien que j’en ai pour mon frère ou pour moi-même?

Faut qu’on se sacre mutuellement la paix et qu’on se pardonne nos pertes de patience.

Source photo couverture

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