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Changer de cap

Il s’agit de mon premier texte pour la Fab Crépue (yé!). Pour cette occasion spéciale, je vous parle aujourd’hui de girouette, de vents d’ouest et de mer.

Il devait faire 35 degrés, cette journée-là, quand ça m’a frappée. Dans la forêt, en train de planter des arbres, en train de me demander si ma place était auprès de textes anciens, de grammaires rigides, condamnée à rester enfermée dans un bureau sans fenêtre. Le soleil réchauffait ma peau, réchauffait mon cœur, aussi, lui qui était encore un peu gelé de trois années plutôt difficiles passées à l’université. Dans des moments comme ceux-là, on se fait accroire toute sorte de choses. On se dit que c’est n’est pas si pire, que l’on va s’y faire, qu’il faudra bien éventuellement finir par se taire.

Mais qu’arrive-t-il quand on a plus envie d’être à l’intérieur, confinée dans un cubicule, étouffée par la pensée-même d’être seule, toute fin seule, au bout d’un corridor mal éclairé par des néons qui donnent la nausée? J’ai songé, comme si la réponse n’était pas évidente. Je savais ce que je devais faire, mais je voulais prétendre à une réflexion posée et décortiquée. La question appelait la réponse, presque trop bêtement : qu’est-ce qu’on fait quand ce qu’on fait ne nous rend pas heureux?

On change de cap.

Et c’est ce que j’ai fait.

Recalcule en cours, veuillez patienter. Le gouvernail tremblant, les vents d’ouest qui se lèvent, ça y est, capitaine, il est temps d’arrêter de suivre le nord. Anyway, le nord est vraiment overrated, je m’en rends compte aujourd’hui. Fait que quand même qu’on le perdrait un peu, y’aura pas mort d’homme.

On suit quoi, alors, si on ne suit plus le nord?

On suit la mer, là où elle voudra bien nous guider. Il fallait changer de cap. Toutes les implications que cela nécessitait, toute la résilience, le sentiment de se lancer dans le vide et la peur de se fracasser au sol, tout ça faisait trembler ma voix, faisait trembler mes mains.

Mais j’avais soif. Soif d’aventure, soif d’extérieur, de tangible, de vrai. Tout était à recommencer, ou presque. Rien ne se perd, rien ne se crée, disait De Lavoisier, tout se transforme. Sans me sentir prête (spoiler alert : on ne l’est jamais vraiment), je me suis redirigée. Là où je peux maintenant respirer l’air pur. Là où je peux être moi-même, dans toute ma complexité, dans ma sensibilité et dans ma fragilité. Là où je peux aider et faire une différence.

Malgré l’incertitude et les hautes vagues, malgré les vents contraires et la peur du regard, je me suis fait confiance et me suis donné la chance de me sentir à la hauteur.

Toute cette métaphore marine pour enfin dire ceci : ça prend du courage et du caractère pour changer de direction, pour regarder vers l’horizon et se dire d’un seul souffle : la mer est à boire et j’ai soif.

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