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T’as l’amour en « all-you-can-eat » (mais j’aimerais donc que tu te satisfasses juste de moi)

Je peux comprendre qu’avec tout le charisme qui te sort de la peau, ça doit pas être facile de se contenter de juste une, de s’arrêter, de se limiter, de se tamiser l’entregent pis l’entrejambe.

T’es de ce genre de personne qui fait sentir l’autre spécial. Rien qu’avec un regard, rien qu’avec un sourire, rien qu’avec un effleurement de ta main sur une épaule. Un talent de bonne aventure qui donne envie de croire aux cartes que tu tires si habilement.

Quand tu me parles, mon cerveau vire su’l top, les alentours deviennent flous, mais toi, tu restes très clair au centre du décors. T’es un plan séquence de beau qui finit jamais. Une prise miraculeuse qu’on aurait envie de prendre en photo pour l’aimanter sur son frigo, bien en vue pour tous les visiteurs de cuisine. Autour de toi, de nous, l’éclairage rougit, de la musique hindie-sexy-underground se met à jouer de nulle part, pas assez fort pour reconnaître la chanson ou le band, mais assez fort pour qu’on se sente nous-mêmes très hindie-sexy-underground.

Plus ensorcelé que dans n’importe quelle chanson de Daniel Bélanger.

Des fois, pour m’enlever de la responsabilité, je me fais croire que tu m’envoûtais avec tes yeux bleus, que, même si j’avais voulu, j’aurais rien pu faire pour esquiver leur charme turquoise-gris-bleu-royal-cyan. Pour les gens qui ont les yeux bruns, les yeux bleus sont très exotiques et fascinants, tu pourrais pas comprendre.

T’avais juste à me regarder dans les yeux pour que je me noie dans les tiens comme perdue-échappée au beau milieu de l’océan (ou toute autre comparaison aquatique, toutes plus originales les unes que les autres surexploitées dans la littérature pour décrire des maudits yeux bleus gossants).

J’imagine qu’il était là l’indice au fond, dans ta facilité à me rendre à l’aise, à rendre tous les humains de la planète Terre à l’aise (surtout ceux de la gente féminine).

On dirait qu’on veut toujours croire qu’on est spéciale, qu’on est l’exception, qu’on sera celle qui se méritera LE « je t’aime », le « je t’aime » différent de tous les autres « je t’aime » jamais prononcés à quelqu’un avant nous, le « je t’aime » ultime, le « je t’aime » trophée de chasse qu’on pourra broder sur tous nos chandails « il m’a dit je t’aime à moi, à moi ». Un « je t’aime » qu’on aimera plus posséder qu’on aimera aimer.

Mais ces choses-là s’épuisent et le besoin de plaire à tout le monde vient souvent du besoin de plaire à rien qu’une personne, celui qu’on refuse de s’admettre, et alors, au lieu de soigner nos bobos, on se jette dans le tas, les yeux-bleus-piscine-rivière-fontaine fermés, sans faire attention à ceux qui mangent un coup de coude dans l’œil au passage.

Alors un jour, quand t’auras envie de t’arrêter, d’arrêter d’étourdir ceux que tu croises, d’arrêter de t’étourdir toi-même, d’arrêter d’avoir l’amour en buffet pis d’en donner à tout le monde rien que parce qu’ils ont une assiette, d’arrêter d’aimer en blessant plus qu’en aimant, tu choisiras à qui tu les fais tes beaux yeux.

Parce qu’ils sont beaux, et ils méritent d’être précieux. Ton amour aussi.

Mais ça, j’ai compris que je pouvais pas t’en convaincre, faut que j’attende que tu t’en rendes compte toi-même, pis c’est ben correct.

On a juste vingt ans, on a toute la vie pour se forger l’amour qu’on a envie de donner pis de recevoir, toute la vie pour en croiser des beaux yeux, toute la vie pour apprendre à garder un peu de sang-froid devant le charisme, toute la vie pour apprendre que la qualité pis la quantité sont deux concepts bien différents.

(Ou toute la vie pour devenir une sirène pis :1. Ne plus trouver l’océan et le bleu des yeux exotique et 2. Avoir vraiment autre chose à faire, genre découvrir Atlantis pis se mettre chum avec Aquamarine, que de se faire de la peine avec ceux qui ne nous apprécient pas à notre juste valeur *drops the aquatic mic*).

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