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La xénophobie : quoi dire aux gens qui ont peur des « étrangers »?

Xénophobie : « Hostilité manifestée à l’égard des étrangers, à tout ce qui vient de l’étranger. » Étranger : « Personne dont la nationalité n’est pas celle d’un pays donné (par rapport aux nationaux de ce même pays). »

« Y’ sont v’nus icitte pour voler nos jobs. »

« Qu’elle retourne dans son pays avec son voile sur la tête! »

« T’as pas peur d’enseigner à des arabes? »

« C’est probablement vrai que ce ne sont pas tous des terroristes, mais c’est juste ça qu’on entend à la radio. »

« C’est un fait qu’il y a pas mal plus de Noirs dans les gangs de rue à Montréal, c’pas moi qui l’invente! »

« J’suis pas raciste, mais ‘mettons que j’suis content de pas en croiser, de c’te monde-là. »

Il n’y a pas si longtemps, entendre ou lire ce genre de propos me rendait colérique. Haineuse. Honteuse. Je me rendais compte que ce racisme, parfois, était même glorifié par certains : c’était pour eux une façon de se considérer comme de vrais Québécois, patriotiques, qui tiennent à leurs valeurs et à leur culture. Aujourd’hui, je m’aperçois que ce que je pensais être du racisme pur et dur est surtout, et peut-être malheureusement, de l’ignorance. De la peur.

C’est donc le moment ou jamais de se donner comme défi d’informer ces gens, de modifier un tant soit peu leur regard, d’ouvrir leur esprit. Même s’ils ne deviendront certainement pas des promoteurs de l’inclusion et de la tolérance demain matin, je continue à croire que ça peut changer les choses. Tu pourras crier « Victoire! » quand tu te rendras compte que ta tante avec qui tu as eu cette discussion a arrêté de partager sur son Facebook des photos profondément racistes.

J’ai la chance d’enseigner dans un collège très multiculturel. J’interagis donc, chaque jour, avec des personnes de partout dans le monde. On m’a entre autres donné le mandat d’apprendre le français à des gens arrivés au Québec, pour la plupart, depuis moins de deux ans. Ça a été un privilège d’enseigner à personnes venues de la Syrie, de l’Arménie, de la Colombie, de l’Inde, de l’Ukraine, de l’Égypte, de la Moldavie, du Brésil et de contribuer à leur intégration à la société québécoise. C’est d’ailleurs l’une des expériences les plus enrichissantes de ma vie.

Voici donc quelques constats :

  • Les nouveaux arrivants ne sont pas là pour voler nos jobs. Certains viennent au Québec pour pallier un manque de main-d’œuvre important, ne pouvant être comblé par les gens habitant déjà ici. D’autres devront d’abord maîtriser cette langue riche et complexe qu’est le français, tant à l’oral qu’à l’écrit. Ensuite, ils devront se scolariser au Québec pour faire un métier qu’ils exerçaient déjà depuis plusieurs années dans leur pays. Dans ma classe, il y avait un ingénieur, une enseignante au primaire, une juge, un enseignant au secondaire, trois comptables, une professeure de physique à l’université, pour ne nommer qu’eux. Cet hiver, à parfois 40, 50 ou 60 ans, ils débutent une formation collégiale dans le but d’aller à l’université ou de trouver un emploi dans leur domaine. En attendant, ils travaillent chez Dollarama ou comme pompiste chez Esso pour ramasser un peu de sous pour leur famille et, surtout, pour parler le plus possible en français et, comme ils disent, en « québécois ».
  • Il est normal d’être parfois mal à l’aise avec certaines coutumes, certaines valeurs, certaines façons de faire. Toutefois, il serait important de garder en tête que dans les médias, on parle souvent des cas isolés, extrêmes. Il est donc important de diversifier les sources d’informations et de s’assurer de leur fiabilité, mais aussi d’écouter les personnes véritablement concernées. On a le droit d’être contre le port du voile chez les femmes. Cependant, ce serait bien d’entendre d’abord ces femmes qui sont précisément concernées et de leur demander pourquoi elles le portent. On s’aperçoit que les motivations sont souvent propres à chacune. Dans ma classe, j’ai eu la chance d’avoir cette discussion avec des femmes qui ont décidé de porter le voile, d’autres qui le font par obligation et d’autres qui ont décidé de s’en départir. Quand laisse-t-on place à ce genre de dialogue dans notre société? Pourtant, on en aurait tellement à apprendre!

Pour terminer, voici quelques suggestions de livres et documentaires qui font voir la vie des autres autrement et qui devraient mériter l’attention de tous et toutes :

  • Bagages : Dans ce documentaire, des adolescents nouvellement arrivés à Montréal font le récit de leur migration et de leur intégration.
  • T’es où, Youssef? : Un documentaire dans lequel un journaliste tente de comprendre ce qui fait qu’un jeune universitaire brillant et gentil en vienne à se radicaliser et à rejoindre le groupe armé d’État islamique en Syrie.
  • Shekinah : la vie intime des intimes des femmes hassidiques : Un documentaire fascinant qui permet de mieux connaître la vie de jeunes femmes de la communauté loubavitch de Montréal.
  • La vie devant soi : Un roman extrêmement touchant du grand Romain Gary, qu’on a souvent la chance de lire au secondaire ou au cégep, qui se veut surtout un plaidoyer pour la tolérance et l’inclusion.
  • Villes résilientes : Un documentaire qui propose un autre regard par rapport à des villes qui ont vécu des traumatismes majeurs comme la guerre, l’instabilité politique et sociale ou des catastrophes naturelles, et qui met l’art, la culture et la volonté de s’affranchir à l’avant-plan.
  • Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo : Ce livre de Dany Laferrière, ce célèbre auteur né à Port-au-Prince en Haïti, tente de répondre à cette question : comment fait-on pour s’intégrer à une nouvelle société?
  • Destierros : Un documentaire important qui s’intéresse aux migrants d’Amérique latine qui franchissent des distances considérables pour atteindre les États-Unis et le Canada.
  • La maison des Syriens : Ce documentaire d’une grande humanité nous fait plonger dans la vie de ces réfugiés syriens et de celle des familles québécoises qui veulent les accueillir.
  • Une dernière chance : Ce documentaire suit le parcours de 5 demandeurs d’asile au Canada qui ont fui leur pays pour échapper à l’homophobie.

Source photo couverture

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