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La porte du non-retour : portraits d’Afrique

Les portes du non-retour sont des monuments érigés en Afrique de l’Ouest pour évoquer d’où sont partis pour l’Amérique des millions d’esclaves, qui savaient qu’ils ne reviendraient jamais chez eux. Ces portes funestes prêtent aujourd’hui leur nom à un déambulatoire théâtral et photographique présenté au Théâtre Périscope à l’occasion du Mois Multi.

Le « non-retour », c’est aussi un peu ce qu’a expérimenté Philippe Ducros, l’auteur, concepteur et metteur en scène du spectacle. Comme s’il n’était jamais complètement revenu du continent africain, comme si une partie de lui y était restée.

Au cours de ses séjours là-bas en 2008 et en 2010, durant lesquels il a visité notamment la République démocratique du Congo, le Togo et l’Éthiopie, l’artiste a pris nombre de photos. Le voyage qu’il nous propose ces jours-ci s’articule autour d’une cinquantaine d’entre elles, à la fois magnifiques et poignantes, ainsi que d’un texte qui parvient à nos oreilles par l’entremise d’un audioguide. De station en station, les mots de Ducros nous accompagnent, interprétés par Étienne Pilon, dont la voix se fait l’écho de celle de l’auteur, et Klervi Thienpont, qui incarne différentes figures féminines évoquées ou rencontrées.

Par un monologue intérieur, on accède aux pensées d’un homme, pris dans une camionnette commune, sur un boulevard de Kinshasa. Il nous livre ses réflexions, ses préoccupations, sa désillusion, lui qui se retrouve confronté à une réalité si éloignée de la sienne, où la misère règne et l’espoir s’avère une denrée rare, qu’il est difficile, voire impossible pour lui de s’y adapter. Heureusement, il y a cette femme restée au Québec, son amoureuse, à qui il s’adresse parfois et à laquelle il peut s’accrocher.


Crédit photo : Philippe Ducros

Le portrait qui est dressé de l’Afrique est très dur, très sombre, avec ses camps de déplacés et de réfugiés, sa violence, ses morts. Les différents « pillages » dont le continent a été victime sont abordés : l’esclavage d’abord, le colonialisme ensuite et l’exploitation minière pour finir. Ducros ne se gêne pas pour se montrer critique envers l’hypocrisie de l’Occident, le Canada en tête, qui préfère ne pas voir les horreurs qui se déroulent en République démocratique du Congo, trop occupé à dépouiller le pays de ses richesses naturelles en les exploitant sans scrupules.

Mais l’Afrique n’est pas que désolation. On y retrouve également de la force, de la beauté, comme chez cette femme si touchante à qui l’on donne la parole, résiliente malgré les atrocités qu’elle a vécues. On y retrouve de la lumière aussi, que ce soit dans le regard d’un garçon ou le sourire radieux d’une fillette. Et les photographies de Philippe Ducros le rendent bien.

Bref, La porte du non-retour est une expérience émouvante et choquante, dont on ressort forcément plus conscientisé.e, mais dont on ne revient pas tout à fait indemne.

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Une production Hôtel-Motel, en collaboration avec le Festival TransAmérique
Texte, mise en scène et photographie : Philippe Ducros
Voix : Étienne Pilon et Klervi Thienpont (version française), Alex Ivanovici et Catherine Bérubé (version anglaise)

Au Théâtre Périscope jusqu’au 12 février.

Crédit photo – couverture : Philippe Ducros

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