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Au bord de la falaise existentielle

Vous est-il déjà arrivé de ressentir le vertige ? Vous savez, cette sensation qui vous saisit lorsque vous vous penchez au bord d’une falaise ou sur la rambarde d’un balcon situé à un étage déjà un peu trop haut pour vous ? Des dizaines de mètres au dessus du sol ? Je crois savoir que nous l’avons tous connu, ce pied qui trébuche, ce corps un peu trop en avant, cet instant fugace de perte de contrôle où le pire apparaît : le vide. En l’espace de quelques secondes, seul le corps parle, il se tend, un étourdissement vous fait trembler, un haut le cœur vous attrape. C’est la peur de la chute dans toute sa splendeur, la peur du vide, du néant, du rien; de la fin.

Le vertige, aujourd’hui, je le ressens face à une question qui me brûle les lèvres, me serre la gorge et fait cogner mon cœur fort au fond de ma poitrine :

Quel est le sens de la vie ? Et plus encore : Quel est le sens de la mienne ?

Droite sur mes jambes, cette question me frappe, commence des va-et-vient incessants dans mon esprit et voilà que le vertige prend possession de mon être. Il se colle à moi, m’enlace jusqu’à ce qu’on ne fasse plus qu’un. Cette question, cette fameuse question qui, partant d’une apparition brève, finit par s’installer en moi, pousse le reste, s’ancre, se fige et devient reine de mes pensées. Elle quitte son allure abstraite pour devenir viscérale et prendre corps à travers le mien. Il semblerait que ce grand point d’interrogation nécessite un plongeon, un plongeon interne, le saut, le grand saut en soi. Mon existence m’apparaît telle cette falaise qui a pu m’effrayer autrefois et je me retrouve au bord, au bord de ma vie, au bord de moi-même. Je trébuche à nouveau. Cette chute est invisible, je suis restée droite à l’extérieur, mon corps ne semble pas avoir bougé, mais c’est à l’intérieur que je dévale la pente. Cette fois, j’ai sauté. Le corps parle désormais, la tête tourne, des tambours frappent dans mes tempes, je me sens chancelante. J’ai peur. Peur, car de cette question naît un « pourquoi » qui se greffe à tout : pourquoi ai-je choisi cela ? Pourquoi vais-je par là ? Pourquoi suis-je ici ? Pourquoi ? J’ai peur, car, à ce « pourquoi », bien souvent, je ne trouve pas de réponse.

Est-ce cela ? Le réel vide face au sens de la vie ? Ne pas pouvoir, ne pas savoir lui en donner ?

Le cerveau s’active, il produit des pensées à n’en plus finir, mais toutes se heurtent à cette même fatalité : il n’y a pas de réponse. Combien de philosophes, de femmes et d’hommes illustres, de scientifiques, de religieux.ses, de personnes comme vous et moi se sont posé cette question ? Combien sommes-nous à chercher un sens, LE sens, notre sens ? Peut-être que nous sommes tous dans cette quête, peut-être même que chercher le sens de l’existence en devient un. Alors, je m’interroge : est-il possible de vivre sans comprendre ? Je suis de celles et ceux qui veulent, désirent et, plus encore, ont besoin de trouver une raison à la moindre chose. De la plus insignifiante à la plus immense, chaque interrogation se doit de trouver un semblant de raison d’être. Jusqu’à ce que je me cogne, difficilement, insouciamment, à l’impossible, à l’absence.

Pourquoi est-ce que je vis ? Aucun livre, aucun article, aucune recherche Google, aucune thérapie, aucune conversation ne me donnera de réponse déjà construite. Non, c’est à moi de la construire, c’est à vous de la construire, un peu plus chaque jour. Nous ne savons pas pourquoi nous sommes ici : parfois nous sommes le fruit d’un désir de deux êtres, parfois non, parfois c’est un accident.

L’un dans l’autre, le résultat est le même : nous sommes là. Nous existons.

Face à cette évidence, cette réalité à laquelle on ne peut échapper, il est temps de nous accorder le droit de vivre. Je ne sais pas pourquoi je suis ici, mais je sais que je veux en faire quelque chose. Je ne sais pas ce que je veux, mais je sais que je vais le chercher, que je vais explorer, que je vais essayer, que je vais me tromper; que je vais vivre. C’est le corps toujours tremblant que je décide, dès aujourd’hui, de ne plus essayer de rendre légitime mon existence à travers une, deux, six raisons (qui sait ?), mais bel et bien de revendiquer le droit d’exister, comme je l’entends.

La vie est comme une immense toile blanche qu’on nous aurait confiée, sans nous demander notre avis. On nous a appris à écrire dessus, à dessiner ce qu’il fallait dessiner, à produire ce qui était attendu. La tête dedans, comme on dit, on a gribouillé pendant des années. Puis, un beau jour, on fait un pas en arrière, un pas que l’on choisit de faire ou un pas qui nous est imposé parfois par les circonstances, parfois par quelqu’un, souvent par le magnifique couple que forme notre conscient et notre inconscient qui entrent en conflit et nous disent : « Stop. Pose le pinceau. Recule. Regarde. Observe. Prends quelques minutes, quelques heures, quelques jours, prends le temps. Que penses-tu de ta toile ? Te plaît-elle ? » Alors se déroulent sous nos yeux nos premiers dessins, nos premières lignes, nos souvenirs d’enfance, nos apprentissages, nos échecs, notre passé. Que retiens-tu ?

Tu ne peux rien effacer, mais tu peux continuer à dessiner, à peindre, à créer. Et surtout, surtout, tu peux choisir. Certes, tu n’as pas demandé à avoir cette toile, mais la voilà entre tes mains. Prends un pinceau et choisis ton œuvre, choisis ta vie. Plonge en toi et crée le sens de ton existence.

Ne recule pas devant le vertige, devant le vide. Remplis-le, balance de la couleur, change de style, change de matériel.

Fais de ta toile ta propriété et rends la aussi belle que la personne que tu es.

La vie est une œuvre d’art dont tu es l’artiste.

Source : Unsplash – Ian Stauffer

One thought on “Au bord de la falaise existentielle

  1. C’est étrange, je suis exactement dans ce questionnement en ce moment… Il y a certaines choses qui m’aident, alors je les partage.
    On m’a conseillé le livre La route du sens de Jean-Louis Drolet. Très intéressant pour pousser la réflexion.
    Parler à d’autres permet d’avoir un peu de perspective.
    Et s’écouter… s’écouter vraiment, sans compromis!

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