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À celle qui me voit comme une menace

Salut, belle.

On se parle pas souvent, c’est vrai. Alors c’est un peu bizarre que je t’interpelle de cette façon-là, mais ça se veut doux, apaisant, comme un baume au miel et à l’eucalyptus, comme une journée au spa, comme une ambiance aux chandelles.

Je t’écris parce que chaque fois qu’on se croise, tes yeux me garrochent des couteaux et soudainement je me sens très mal d’exister, dans mon corps, dans ma peau, dans moi. Je voudrais me fermer les yeux et disparaître, mais je les garde bien ouverts et je me donne un air détendu-cool-souriant comme si tout ça ne me faisait pas un pli, comme si tes couteaux n’atteignaient pas leur cible, comme si je voyais pas le mal que je te fais rien qu’en apparaissant dans ta journée qui allait si bien jusque là.

Et c’est bizarre parce qu’on se connaît même pas au fond. S’haïr sans se connaître, on fait souvent ça. Malgré nous, malgré tout.

Et c’est trop souvent pour une histoire de cœur, parce que l’autre c’est la fille qui a brisé le cœur du gars qu’on aime, parce que c’est la fille avec qui le gars qu’on aime nous a trompé, parce que c’est la fille collègue best friend ben trop belle du gars qu’on aime.

C’est trop souvent une histoire de cœur, du nôtre, qui se tord à l’intérieur. Ce cœur qui se sent pas assez, qui a peur, qui a la chienne épouvantable de soudainement battre dans le vide, d’être remplacé, d’être remplaçable.

Et je sais, je sais que tes yeux se transformeraient en lasers s’ils le pouvaient pour mieux me découper en casse-tête chaque fois que tu me croises, parce qu’à quelque part t’as peur de ce que je pourrais faire, t’as peur de ce que je pourrais être, de l’idée que tu t’es fait de moi, du personnage que tu m’as attribué dans l’histoire de ton couple.

Et bien j’ai un secret à te murmurer ma chère, ma belle, ma douce, ma forte, ma magnifiquement différente de tout ce que je suis, moi aussi j’ai peur, moi aussi je me sens pas assez, moi aussi je feel remplaçable sur un moyen temps.

Et ton couple, ça le dit, c’est le tien, pas le mien.

Je suis un casse-tête sans avoir besoin de tes lasers. Je suis à l’envers, je cherche le bord de la piscine plus souvent qu’autrement, j’ai le cœur qui m’étourdit chaque soir en me couchant.

Et j’essaie pas, j’essaie pas de te gosser, d’avoir l’air au-dessus de, de rire fort ou d’être habillée trop chic pour l’événement. J’essaie pas contre toi, j’essaie pour moi, d’être moi, de me sentir assez.

Pis c’est pas évident tous les jours, comme tout l’monde j’imagine.

C’est drôle et triste, la dernière fois qu’on s’est croisées je venais de perdre pas mal de poids trop rapidement, j’avais le corps qui se cherchait des compliments, des beaux yeux pour l’emmitoufler, et j’ai surpris tes joues rouge colère, tes sourcils froncés, tes lèvres serrées, et dans tes yeux quelque chose comme du dégoût en me regardant. « Regarde la » que t’as murmuré trop fort. Si t’avais su…

Regarde la, celle qui ne mange plus parce qu’elle a le cœur en miette et qui fait semblant que son poids est une victoire. Regarde-la, le sourire au bord des larmes, les verres de vino qui s’enfilent comme si y’avait pas de lendemain en espérant un peu qu’il y en ait pas, de lendemain.

Regarde-la essayer tellement fort d’avoir l’air grande ou accomplie ou impressionnante en attendant de l’être pour de vrai. Comme tout l’monde, exactement comme celles aux yeux fâchés fâchées après moi sans plus trop savoir pourquoi.

Je suis pas une rivale, ni une menace et il existe tellement d’autre causes qui valent plus la peine de se battre contre que moi, pis on peut même se battre ensemble, contre le reste, contre ce qui fend le cœur, contre ce qui donne le sentiment immense de ne pas être assez, contre les mages noirs et les Dolorès Ombrage… comme une presque équipe.

Tu es belle, tu es intelligente et drôle et charmante et douée. Et moi aussi, ou en tout cas, j’essaie.

Comme toi, comme tout le monde, à se chercher, à se trouver, à se perdre puis à recommencer, comme la plus étrange des équipes de Quidditch.

Et je crois, peut-être très naïvement, que la fraternité au féminin c’est ce qui nous sauvera de tout. (Parce que l’histoire aurait clairement finit au premier tome si Hermione avait pas été là, on s’entend!)

Hashtag girlpower sur tout un temps.

Source photo de couverture

One thought on “À celle qui me voit comme une menace

  1. Oufffff bravo à la fille qui a écrit ce texte. Tellement vrai. Tu met tes trips sur la table et tes émotions et états d’âme y sont pour vrai……super beau, bravo.

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