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Feu

Je l’ai vu faire. Des yeux vagabondaient d’étincelles en étincelles, elle tentait d’remettre un peu d’lumière dans ses yeux en cette soirée où l’univers semblait s’être effondré. Ça brillait si fort dans ses yeux, c’est pour ça que j’ai vu qu’elle pleurait. C’est comme ça que j’ai senti c’qu’elle sentait. Elle le savait, elle regardait dans ce putain d’incendie tout c’qu’elle avait jamais aimé. Mais elle faisait toujours ça; aimer fort à en crisser le feu, puis tout regarder brûler. Les étincelles qui s’envolaient lui donnaient l’impression que quelque chose naissait de ça. Que tout c’qu’elle avait détruit allait emplir l’air et l’espace sans mourir avant. En mettant feu à c’qu’elle aimait, elle se donnait un peu l’impression qu’elle avait la force de tout détruire et d’tout sauver à la fois. Ça la mettait en position de contrôle; elle se jouait de la vie, et la vie ne se jouait plus d’elle. Elle était l’allumette, le bois et la chaudière d’eau à la fois.

T’aurais pu le voir dans ses yeux, j’te l’assure. Tout l’amour, toute la haine qu’elle avait. J’pense qu’elle aimait ses souvenirs si fort, détestait tellement profondément ce dont elle se savait capable. Elle savait qu’elle détruisait toujours tout, mais n’arrivait pas à arrêter. Elle savait que la peur qu’elle avait dans le ventre était un brasier toujours prêt à s’enflammer, toujours prêt à ne jamais s’éteindre. Ce brasier lui donnait l’assurance que si les choses devenaient trop faciles et pouvaient lui faire mal, elle pourrait souffler fort et tout s’enflammerait. Quand les choses devenaient calmes, elle ne pouvait faire autrement que de se créer elle-même une tempête, tant elle anticipait les jours où il faisait un feu de forêt indomptable.

Mais c’était comme ça, les chorégraphies des étincelles l’inspiraient; c’était à travers celles-ci qu’elle arrivait à se réaliser, à s’dépasser. Ces flammes dansantes lui donnaient la force que ça prenait pour elle-même danser un peu plus.

Elle ne pouvait pas assumer que les choses iraient bien, et qu’elle ne contrôlerait plus leur incendie. Elle devait choisir quand les choses s’éteignaient et quand elles s’allumaient.

Comme ça, de cette manière seulement, elle pourrait danser à sa guise entre les flammes. Embrasser la joue de quelques-unes, éteindre les unes et les autres. Comme ça, de cette manière seulement, elle savait que le seul malheur qui l’atteindrait serait le sien.

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