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Bienheureuse solitude

Alors que je flânais à la BAnQ un samedi pluvieux d’octobre, j’ai été interpelée par le livre Bienheureuse solitude ou l’art d’être unique, d’Helen Monnet. Après avoir vécu en France quatre mois et demi, j’anticipais mon retour à Montréal, où il me manquait encore quelques précieuses perles pour me sentir bien entourée. Après avoir vécu de la solitude deeply après la fin de la relation qui m’avait amenée dans la grande ville, il y a un an, je me suis donnée à fond dans le travail et le yoga. Puis, en France, me sentant un peu seule au monde, j’ai pallié la solitude en ouvrant Tinder. Croyez-moi, dans une petite ville touristique de Bretagne, c’est pas mal plus facile de rencontrer quelqu’un avec qui ça clique « juste assez » que de se faire des amis.

J’ai donc comblé mon vide intérieur par des fréquentations, en étant plus ou moins émotionnellement impliquée. Je n’ai aucun regret puisque cela m’a permis de rencontrer des locaux, de voir du pays, de profiter à fond de mon été et, finalement, de me sentir plus entourée. Mais de retour au Québec, je ne voulais pas ouvrir Tinder. Je voulais cesser de courir les distractions qui m’empêchaient de feeler ce fameux trou dans mon cœur. Et puis c’est là que je suis tombée sur Bienheureuse solitude. J’ai toujours été de nature solitaire, voire un brin sauvage. J’ai besoin de beaucoup de temps pour moi, seule, pour me recentrer, me ressourcer. Ce besoin me poussait parfois à m’isoler, après quoi je me rendais compte que je n’avais plus un réseau solide sur lequel compter. Ironie du sort, la codépendance affective de mes relations passées ne me permettait pas d’être réellement libre. Alors, entre le temps accordé au couple, au travail et aux autres obligations, il n’y avait plus assez de place pour les ami.e.s. J’avais juste envie de souffler et d’avoir la paix, d’être seule pour me remettre de la trop grande énergie qui s’était perdue auprès de mon amant.e. Énergie que je donnais trop à une même personne et pas assez en amitié. Or, mon cœur affamé ne pouvait être comblé par une seule personne. Il faut s’entourer de personnes de différents milieux et horizons pour être réellement comblé.e. Des ami.e.s, des connaissances, des collègues. Parfois, juste de partager un atelier de yoga avec des inconnu.e.s suffit à ressentir cet amour, ce sentiment de communauté. Mais au-delà des autres, il faut s’aimer soi-même pour remblayer complètement un trou dans son cœur et permettre aux fleurs de repousser.

Ce livre m’a permis d’accepter mes contradictions, de savoir pourquoi j’étais tiraillée entre ma nature solitaire et mon besoin d’amour. Lorsqu’on est constamment dans l’action, dans l’interaction avec les autres, on finit par ne plus savoir qui nous sommes, ce qu’on désire vraiment dans la vie. On suit le troupeau, les tendances, on essaie de fit in en faisant comme tout le monde pis on ne s’écoute pas. Parce que pour écouter quelqu’un, il faut laisser de la place au silence. Guess what, c’est pareil pour soi. Il faut s’assoir seul.e pis écouter ce qui se passe à l’intérieur. Pis c’est ce que ce livre m’a permis de comprendre réellement. Que sans solitude, il n’y a pas d’introspection. Il n’y a donc pas de connaissance de soi. Sans solitude, il n’y a pas d’espace pour la création, pour l’inspiration, pour la réalisation. La solitude est saine et nécessaire pour connaître notre mission de vie, notre individualité, et ensuite nous permettre de trouver notre place dans ce monde. Notre vraie place, celle dans laquelle on se sent réellement bien, en connexion avec nous-même, notre environnement et les autres.


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La solitude peut être un mal nécessaire lorsqu’on a des tendances à la dépendance affective, qu’on a une faible estime de soi, qu’on se cherche, qu’on a le cœur brisé. C’est la solitude qui va nous permettre de prendre le temps de creuser dans nos bobos pis d’apaiser nos blessures. Ce n’est pas avec des pansements collés dans le front qu’on guérit le mal-être. C’est avec de la bienveillance pis du temps, beaucoup de temps seul.e à se regarder le nombril pis à se demander pourquoi on réagit comme on réagit, on vit comme on vit pis on répète toujours les mêmes histoires. Ce n’est pas pour rien que des milliers de femmes et d’hommes se sentent revivre après une rupture amoureuse, amicale, familiale ou professionnelle. C’est que, malheureusement, on est beaucoup à se tuer inconsciemment en s’oubliant pour les autres. Évidemment, il est primordial de se créer un réseau d’ami.e.s qui nous permet de nous sentir bien entouré.e en parallèle à une saine dose de solitude. Tout est une question d’équilibre. Il est aussi essentiel de demander de l’aide et de consulter un professionnel pour nous tenir la main pendant qu’on fait notre grand voyage solitaire. La solitude n’est pas synonyme d’isolement. Ça veut juste dire avoir une vie intérieure riche qui va te permettre d’avoir une vie extérieure plus fidèle à toi-même.

On n’est pas tous faits pareil. Certaines personnes sont plus extraverties que moi et n’ont pas besoin d’autant de solitude. Mais, il demeure sain pour tous de s’accorder des moments en tête-à-tête avec soi-même, qu’on soit en couple ou pas, parents ou pas. J’ai connu au cours des derniers mois des transformations intérieures et spirituelles majeures que je n’aurais pas pu vivre si je ne m’étais pas donné ce temps. En cela, ma solitude est sans doute la plus belle chose qui pouvait m’arriver. Mes relations avec les autres n’en sont qu’enrichies, plus vraies, plus authentiques, car je choisis les gens que je veux dans ma vie, plutôt que de courir partout à la recherche d’un peu d’attention. Et le jour où je rencontrerai quelqu’un, je serai beaucoup plus outillée pour construire une relation saine, car je sais que je suis une personne entière avec ou sans amoureux.se et que je n’ai absolument besoin de personne pour me convaincre de ma propre valeur. Bienheureuse, donc, est ma solitude.

Source photo de couverture : Pixabay

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