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Ne me dis pas que tu m’aimes

Tangente présentait la pièce déconcertante Ne me dis pas que tu m’aimes du 14 au 17 février dernier, à l’édifice Wilder. L’œuvre de la chorégraphe Geneviève Jean-Bindley, d’une durée de soixante minutes, nous immerge dans l’univers d’un pool party tantôt bonbon et kitsch, tantôt manifeste féministe. Cinq danseuses évoluent dans une série de tableaux éclectiques traitant de la dépendance sous toutes ses formes, tant affective, qu’alimentaire ou narcotique.

Le spectateur, tel un client accoudé à un tiki-bar, est témoin des prestations karaoké des interprètes qui y chantent leur mal de vivre, le regard vide et l’air désabusé. La musique de Navet Confit est partie prenante de la pièce qui prend des airs de comédie musicale déconstruite. Tour à tour les interprètes prennent le micro pour chanter ses mélodies planantes.

Défilent alors divers canons féminins, de la nageuse synchronisée à la danseuse de french cancan, pigeant ici dans la danse érotique, la claquette, le fitness. La force de Ne me dis pas que tu m’aimes se ressent dans la violence et la déconstruction des clichés. Les vêtements rappelant les girls bands, le décor de bord piscine, les visuels projetés aux allures pop et les objets du quotidien sont judicieusement utilisés pour mettre en scène ces archétypes. La trame sonore laisse parfois place à un silence éloquent, qui maintient le public seul devant le vide, la longueur, mais celui-ci semble être précisément là pour nous déstabiliser et prolonger le malaise. La sensualité et la tension omniprésente culminent dans des scènes plus intimes parfois entre la femme et l’objet ou entre les interprètes elles-mêmes.

La provocation creuse toujours un peu plus, jusqu’à la transformation des danseuses en chiennes suppliantes, image frappante de la dépendance qui nous fait perdre tout contrôle et nous ramène à notre état le plus brutal et le plus vulnérable.

En première partie du programme double, la projection Release Technique, de l’artiste multidisciplinaire Freya Björg Olafson, étudie le rapport entre le corps et la gravité dans le cyberespace. Un corps tombant et désarticulé, qui n’en finit plus de se tordre et de chuter. Marionnette ou poupée de chiffon, ce corps affalé de femme inanimée et pixellisée laisse une vague impression de vertige et de malaise.

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