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Un « Non » à la fois

« Il a tellement été gentil et respectueux; il n’a même pas essayé de profiter de moi. » J’ai versé une larme intérieurement. Deux personnes qui me sont chères, qui ne se connaissent pas, m’ont sorti cette même phrase à quatre jours d’intervalle, en parlant de deux situations différentes. « Il a tellement été gentil et respectueux; il n’a même pas essayé de profiter de moi. » En entendant ces mots, j’ai ressenti une sorte de désespoir, un mal-être tellement puissant.

En 2019, nous sommes encore là. Surprises d’un comportement en théorie normal. Comme si les hommes devaient se mériter une médaille pour avoir été… humains? Décents? « Il a tellement été gentil et respectueux; il n’a même pas essayé de profiter de moi. » résonne dans ma tête avec la même migraine que : « Il a tellement été gentil et respectueux; il ne m’a pas égorgée vive. » Exagéré? Je ne crois pas. Comme si ce qui aurait dû se passer soit que les hommes en question abusent de ces femmes qui étaient à ce moment-là en mode party. Pourquoi? POURQUOI?

La question n’est pas vraiment « comment en sommes-nous arriver là? », parce que la réponse à cette question est simple : on a laissé la situation se rendre là. Et là, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Il n’est en rien question de misandrie. Je ne jette pas non plus le blâme sur la femme en général. Mais le simple fait que nous trouvions anormal pour un homme de ne pas abuser d’une femme ivre montre qu’il y a beaucoup de travail à faire. La réaction de milliers d’hommes face à la pub de la fameuse marque de rasoirs Gilette The best men can be en est une belle preuve!

Là où je veux en venir, c’est qu’en tant que femmes, nous devons nous réapproprier nos décisions. Bien évidemment, dans un monde idéal, nous ne devrions jamais nous rendre à insister pour faire respecter nos envies et nos besoins, mais nous vivons dans un temps où tout peut être mal interprété.

Dans un monde où la communication instantanée est présente partout, j’ai l’impression que les interactions interpersonnelles n’ont jamais été autant compliquées et ambiguës. Manque de pratique? Sommes-nous rendus trop habitués de nous fier à une technologie omniprésente? Qui n’a pas entendu récemment « Je pensais que c’était bête parce qu’il n’y avait pas d’emoji dans son message. » ? Nous sommes rendus à douter de notre interprétation d’un texte écrit noir sur blanc, alors quand on mêle à ça des émotions, des expressions faciales et un environnement non contrôlé, il y a moult raisons de se méprendre.

Ensuite viennent malheureusement les malintentionnés. Il y aura toujours ce que j’appelle des « déchets », hommes ou femmes. Les déchets qui pensent que tout leur est dû, y compris notre corps et notre consentement. Ceux qui s’offusquent quand ils entendent un « Non ». Ceux qui insistent devant un refus. Ceux qui te poussent à douter de toi-même et de tes convictions. Ceux qui te font sentir mal de te respecter. Ceux qui te poussent à dire « Il a tellement été gentil et respectueux; il n’a même pas essayé de profiter de moi. » quand tu passes une soirée normale avec un être humain normal.

Cette phrase résonne entre mes deux oreilles. Cette phrase me fait physiquement mal. Mais cette phrase me rappelle que c’est avant tout notre devoir à nous, les femmes, de faire avancer les choses. Oui, il faut améliorer notre communication entre êtres humains. Il faut réapprendre à se comprendre mieux. Oui, les déchets de ce monde doivent changer et cesser de prendre pour acquis que notre corps n’a qu’un seul et unique but : leur plaisir. Mais il faut avant tout nous réapproprier notre Non. Il faut réapprendre à être confiante en le disant. Il faut réapprendre à ne pas douter de nous quand la réponse de l’autre à ce Non ressemble à « mais tu le sais que tu en as envie/pourquoi tu me fais ça/j’ai l’air de quoi moi/tu ne sais pas vraiment ce que tu veux/ça ne sera pas long de toute façon/si je te force tu vas faire quoi? ». Il faut défendre ce Non comme si notre vie en dépendait, comme si la survie de l’espèce était en jeu! Parce que le jour où les gens comprendront que ce Non est non négociable, nous aurons déjà réglé une partie du problème. Je ne dis pas que tout sera parfait et qu’il n’y a pas d’éducation masculine à faire. Je dis qu’il est temps de prendre notre part de responsabilité et de mettre notre pied à terre. Non, c’est Non. Point final.

Alors, à toutes les femmes qui liront ceci, afin de ne plus entendre des « Il a tellement été gentil et respectueux; il n’a même pas essayé de profiter de moi. » mais bien des « J’ai passé une belle soirée. », faites-vous confiance. Faites-vous respecter. Et si jamais vous croisez un déchet, n’hésitez pas à le dénoncer et à en parler. Parce que plus on rendra ce sujet public et accessible, moins il y aura de tabous, plus on s’approchera de la journée où le harcèlement sera l’exception et non la norme et où le respect sera assez courant pour ne pas faire la une des journaux.

Un Non à la fois.

***

P.-S. – L’autre soir, je suis allée chez un ami après un spectacle. On a bu. Beaucoup. On s’est embrassés. Beaucoup. Je n’étais pas en état de savoir si je voulais quoi que ce soit d’autre. Alors on s’est couché. Il a dormi. J’étais stressée. « Il a tellement été gentil et respectueux; il n’a même pas essayé de profiter de moi. » Eh merde… Y’a du travail à faire.

Sasha Freemind, Unsplash

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