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La vie que je nous invente en te regardant dormir

Le soleil est doux, tamisé par l’hiver, il entre timidement par la fenêtre de ma chambre et vient te colorer un visage.

Tu dors, la bouche un peu ouverte, immobile. Je te prends en photo avec mes yeux encore endormis. J’espionne tes traits, tes épaules, tes cheveux mêlés par la nuit.

Je pense aux enfants qu’on décidera peut-être d’avoir un jour, j’essaie de choisir sur ton visage les traits qu’ils auront. Je t’invente une routine d’adulte, je m’imagine une vie dans laquelle tu te lèverais toujours plus tôt que moi parce que t’aurais commencé à boire du café, plus par amour du rituel que par amour du goût, et que tu voudrais prendre ce moment-là pour toi.

Je t’imagine la tasse dans les mains, la fumée sous le nez, regarder par la fenêtre de notre cuisine la neige qui tombe ou ne tombe pas dehors. Je t’imagine être bien, goûter le bonheur à chaque gorgée, je t’imagine te dire à toi-même que tu voudrais pas être ailleurs qu’ici, dans notre appart, dans notre famille, qu’ici c’est chez toi.

Je t’imagine faire semblant d’être surpris quand enfant numéro un viendra te faire le saut avec sa petite voix et ses petites mains froides sur ton cou. Je t’imagine lui laisser boire une mini gorgée de ton café, par rituel, par secret, par amour, une gorgée qu’enfant numéro un fera semblant d’aimer, comme chaque matin.

Je t’imagine le laisser te raconter des histoires sans début ni fin en lui servant à déjeuner. Je t’imagine aller chercher enfant numéro deux, paresseux comme sa mère, et le traîner dans tes bras jusqu’à la cuisine.

Je t’imagine caresser leurs cheveux, sourire quant ils rient, encourager leurs blagues. Je t’imagine les obliger d’aller s’habiller en sachant très bien qu’ils feraient un détour par notre chambre pour venir me réveiller au lieu d’aller changer leur pyjama.

Je t’imagine sourire jusqu’aux oreilles, appuyé contre le cadre de porte en les regardant me chatouiller sous les bras et en nous entendant rire d’un seul rire. Je t’imagine ne pas venir mettre fin au supplice de leurs petits doigts pressant mes côtés pour nous faire rire davantage. Je t’imagine transformer le jeu en guerre de bisous, j’imagine des « je t’aime » plein tes yeux.

Je nous imagine heureux, simples, nous-mêmes. Je nous imagine vieux, attentionnés, les mauvais coups plein les poches.

Je nous imagine toute une vie que je sais même pas si je veux.

Certains matins nous sommes seuls dans cette vie que j’imagine, d’autres, enfant numéro un et deux sont suivis d’enfant numéro trois, d’autres, enfant est sans numéro puisqu’il n’a pas de frère et sœur.

Mais peu importe l’histoire, tu te lèves toujours avant moi pour faire semblant de boire ton café et savourez le bonheur que nous avons.

Je souris, maintenant réveillée par mes rêves éveillés, et je me lève, sur la pointe des pieds, pour te laisser dormir. Je marche jusqu’à la cuisine pour me faire un café et regarder la neige qui tombe ou ne tombe pas par la fenêtre, pour continuer de rêver en goûtant notre petit bonheur du bout des lèvres, le tout sans vraiment aimer le café, mais en sachant que c’est une odeur dans laquelle tu adores te réveiller.

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