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Lettre à ma sœur

À l’occasion d’un récent souper entre Crépues, les sujets de discussion fusaient de part et d’autre. On apprenait à se connaître en se connaissant toutes un peu dans l’fond, mais je me suis couchée ce soir-là avec une roche dans l’cœur. C’est cave, ça a peut-être duré 30 secondes, mais on est venues sur le sujet de nos petites sœurs qu’on voit grandir avec fierté, mais aussi avec un petit frisson dans la colonne. Parce qu’on sait ce qui s’en vient, on sait que ce ne sera pas toujours facile et on sait que pour l’instant, elles se foutent un peu de nous. Je me suis couchée avec l’envie de prendre ma petite brune dans mes bras, avec l’envie de lui dire ce que j’aurais voulu qu’on me dise à son âge.

Je lui ai donc écrit une lettre que je partage ici, pour en inspirer quelques uns.es à écrire à leurs frangins.es à cœur ouvert, parce que je suis convaincue que partager de l’amour peut aider au développement des humains de tous les genres et de tous les sexes.

***

Salut, ma belle douce petite grande sœur.

Tu auras 19 ans en mars, pis ça me fait quelque chose. Parce que j’ai l’impression qu’à ton âge, ma vie de femme avait déjà bien commencé. Et pourtant, pourtant, j’avais tellement l’impression que notre différence d’âge te garderait petite à jamais. Mais au fond, 7 ans, ce n’est pas grand-chose. Dans 2 ans seulement, tu auras l’âge que j’avais quand j’ai rencontré mon copain d’en ce moment.

Ça me fait quelque chose aussi, parce que j’ai l’impression que je ne te connais plus. Moi qui ai pourtant passé tellement de temps avec toi quand tu étais petite. Peut-être que tu me voyais plus comme une figure d’autorité que comme une alliée, finalement. Mais sache que je serai toujours là pour toi, que je ne te jugerai jamais, parce que de toute façon, j’ai sûrement déjà fait pire. Je sais que nous sommes aux antipodes l’une de l’autre, que j’ai hérité de toute l’hypersensibilité du monde et que toi tu es la reine du sang froid, que j’étale mes états d’âme à qui veut bien les entendre et que toi, tu as la même face que tu sois heureuse ou pas.

Ça me fait quelque chose parce qu’on ne se voit plus et que j’ai l’impression que je fais matante maintenant à tes yeux, que les conseils que je pourrais te donner sont dépassés et que je ne comprends rien à ce que tu vis. Mais tu as raison dans le fond, c’est vrai qu’en 7 ans, beaucoup de choses ont changé. Quand j’avais 19 ans, on n’avait pas 1200 likes sur une photo de profil Facebook, parce que 1200 personnes, c’est une polyvalente au complet, pis que connaître 1200 personnes à 19 ans, c’est juste fucking ridicule.

Mais ce que mes quelques années de plus m’ont appris, ma belle d’amour, c’est que même si le temps passe, y’a pas grand-chose qui change. On s’améliore, on apprend à coup de claques dans face, mais on reste les mêmes. Alors apprivoise-toi tout de suite, sinon la route va être longue en titi.

J’ai aussi appris à mes dépens que les relations hommes-femmes sont fuckées sur un moyen temps, qu’il y a autant de couples différents qu’il y a d’humains sur Terre, mais que l’important, c’est que tu te sentes respectée. Que ce n’est pas normal que ton partenaire se foute de ton plaisir. Ça vaut la peine que tu lui dises que tu es dans la chambre, toi aussi.

J’ai aussi appris que des fois, par orgueil, on perd des relations de qualité, que s’excuser est une des choses les plus difficiles au monde, mais que c’est l’une des plus enrichissantes aussi.

Je me suis rendu compte au fil du temps que les femmes aiment dire qu’être une femme c’est difficile, que vieillir c’est pire pour nous, qu’on a nos règles et qu’ensuite il y a la ménopause, que les standards imposés par la société nous pourrissent la tête. Moi, je te dis qu’être une femme c’est merveilleux, que tout part de l’amour propre et que si tu t’apprécies à ta juste valeur, tout va bien aller. Promis.

Y’a aussi quelqu’un qui m’a déjà dit que « les choses les plus difficiles à dire sont souvent les plus essentielles ». À ce jour, la vie m’a prouvé que c’est vrai en maudit. C’est pour ça que j’ai décidé de t’écrire, pour te dire que j’en n’ai pas eu, de grande sœur, mais que si j’en avais eu une, j’aurais voulu qu’elle soit là pour me dire ça. C’est pour ça aussi que j’ai pris mon courage à deux mains, pour te dire que je t’aime, que je m’ennuie, et que peu importe ce qui arrivera dans nos vies respectives, je serai toujours là. Proche ou loin. Toujours là.

Source photo de couverture

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