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La dépression écologique

Comment faire comme si tout était correct? Comment conduire son char chaque jour sans aucun passager et trouver ça normal? Comment acheter des sushis et mettre les cinq, six emballages en plastique, les quarante lingettes, les six paires de baguettes à la poubelle ou au recyclage? Comment lire chaque jour des articles sur les méfaits des GES et demeurer souriant? Comment avoir la foi en l’humain, si celui-ci détruit à petit feu la planète, en vertu du pouvoir capitaliste?

Ça fesse han. Ça fait mal. Mal, mal. Je n’écris pas pour vous rendre aussi découragés que moi, j’écris parce que ça fait sortir de moi une furie qui ne fait que gronder chaque jour un peu plus, celle de mon impuissance. Je ne suis pas assez forte, influenceuse, représentative, grande, énorme, visible et imposante pour faire une différence. Je ne suis pas impliquée dans les engrenages de la vie politique ni du droit, je ne suis qu’une citoyenne qui a peur, qui se demande si « la vie » est finie, bientôt finie, probablement déjà, dans un futur proche, finie.

Je fantasme au futur de plus en plus, tiens je vais tomber dans la science-fiction juste un peu pour alléger l’atmosphère, si celle-ci peut perdre de son poids. Le futur est-il une vie dans laquelle on empêche les femmes de faire des enfants pour rééquilibrer la population et ainsi gérer les naissances? Ou le futur est-il celui dans lequel les femmes deviennent lentement infertiles, sauf une centaine qu’on exploitera en plus de leur faire porter des capes et des capuches? Le futur devra-t-il se vivre sous l’eau? Verra-t-on disparaître les éléphants et les lions? Chicago gèlera-t-elle chaque année? Les îles disparaîtront-elles toutes? Le ralentissement du Gulf Stream nous mènera-t-il vers une nouvelle ère de glaciation? L’humain ira-t-il planter du coton sur la lune?

Je suis en dépression à cause de l’environnement. Ça va mieux depuis quelque temps parce que je me force à penser à autre chose, parce que c’est facile de penser à autre chose, genre à ce qui passe à la télé, en dehors des heures des nouvelles, en ouvrant Netflix pour écouter une fille qui me dit de me débarrasser de mes livres pour me sentir moins pesante, plus en paix avec moi-même, ou en fumant un « batte » et en peinturant les murs de mon corridor en des couleurs qui rendent heureux.

Mais je retombe toujours quelques fois dans le pessimisme, car, comment peut-on faire autrement? Au provincial comme au fédéral, on nous rit à la face en osant prôner encore et toujours le pouvoir économique au profit de l’environnement. C’est vrai qu’on se sent assez épais de recycler et de composter quand le premier ministre canadien, lui, entreprend des projets d’oléoducs. Comment garder le cap, comment conserver un minimum d’espoir alors que nos voisins du sud ont pour président un vautour qui nie le réchauffement climatique?

J’étais à un souper dernièrement avec des amis, et c’est assez rare que le sujet ne vienne pas s’immiscer dans la conversation pour lentement ternir le moral. Pourquoi faire attention depuis si longtemps à tous nos déchets, nos dépenses, nos déplacements, notre alimentation, si la plupart s’en câlissent. J’avais un ex qui disait que ça ne servait à rien de faire attention à l’environnement à l’échelle citoyenne, mais merde!!! Je refuse de me plier à la non-protection.

IL FAUT essayer, même si l’ex-ministre Chassé semblait tout remettre à plus tard, à ce moment où  elle allait comprendre enfin comment fonctionne un ministère. La CAQ a été assez claire dans sa campagne, rien ne sera fait pour l’environnement, et tiens en plus, ils vont construire un troisième lien, augmenter l’étalement urbain, et donc, recréer du trafic… Logique?

Au même souper, une amie me confiait qu’il n’y avait aucune possibilité de composter dans la ville de Québec? Ils sont en train de préparer le terrain, lentement mais sûrement. En attendant, comment est-ce qu’une personne peut faire un simple geste si même la municipalité ne fait pas d’efforts. Construisons un stade! Ouais c’est ça, ça, c’est un osti de bon move

Retournerons-nous bientôt aux promesses électorales du Parti Rhinocéros qui souhaitait couler du béton dans le fleuve pour en éviter la pollution? Ça irait bien après, ça serait plus facile de se rendre à Beauport.

CE QU’IL FAUT FAIRE SURTOUT, c’est informer le monde, les sortir de l’ignorance en matière d’environnement. Éduquer les gens à l’urgence d’agir. À l’utilité d’élire des députés qui s’intéressent à autre chose que leur salaire.

« Nous sommes la dernière génération qui peut vraiment protéger l’environnement », voyais-je, lors d’une des nombreuses manifestations étudiantes (surtout européennes). Je la vois aussi, la jeune Greta Thunberg, Suédoise de 15 ans qui fait la grève de l’école, parce que pourquoi s’éduquer si la planète s’en va déjà directement vers sa fin? Je vois Hubert Reeves, astrophysicien et environnementaliste qui dit garder espoir, mais que là c’est pas mal le temps d’agir. ENWOYEZ DONC CÂLISSE! Ça, il le dit pas, mais il le pense, autant que le ministre de la transition écologique et solidaire en France, Nicolas Hulot, qui démissionne de son poste, car : « Nous faisons des petits pas, et la France en fait beaucoup plus que d’autres pays, mais est-ce que les petits pas suffisent? La réponse, elle est non.[1] »

Et vous, êtes-vous diffus? Êtes-vous arrêtés, essoufflés, vaincus?

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[1] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1120416/france-environnement-ministre-nicolas-hulot-demission

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