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Découvrir sa sexualité à 22 ans

Sexuellement parlant, je n’ai pas été la personne la plus chanceuse. Premièrement, je suis une fille, donc nécessairement, ma sexualité est plus taboue. Je ne pointe personne du doigt ici. Notre éducation a seulement fait que la sexualité de l’homme est plus acceptée que ce soit la masturbation à la puberté, les envies sexuelles insistantes au début de l’âge adulte ou encore des multiples partenaires sexuelles. Dans tous les cas, on en parle, on en rit, on les normalise. Ce qui fait qu’il est beaucoup plus facile pour un garçon d’accepter sa sexualité. Il y a des exceptions, j’en suis consciente.

Chez la fille, parler de porno, de masturbation et même de règles est hyper tabou. On cache nos envies, on rit, un peu malaisé, des blagues sexuelles des autres. On se restreint souvent par nous-mêmes.

Jeune, je me rappelle, j’avais une énorme libido. À genre 10 ans, je pensais déjà au sexe. Je fantasmais sur Peter Panet sur Spikedans Buffy contre les vampires (LOL). Reste qu’à part des rêves que je trouvais ben nice, il ne s’est pas passé grand-chose d’autre. J’avais l’idée profondément ancrée que le sexe servait à me faire plaisir et que malheureusement, j’avais besoin d’un homme pour le faire. J’étais complexée de mon corps et je n’étais pas à l’aise avec celui-ci.

Au secondaire, je rêvais secrètement à mes profs, à certains autres gars vraiment beaux et tranquillement, les désirs s’estompaient. Ça devenait plus des fantasmes, des rêves, des trucs qui ne font pas partie de ma vie réelle.

À travers les âges, ç’a évolué comme suit :

– Pis toi, te masturbes-tu?

– Ark non

– Combien de fois par semaine te masturbes-tu?

– Je n’ai pas besoin de faire ça moi.

– C’est quand la dernière fois que tu t’es masturbé?

– ……

– Pourquoi tu ne te masturbes pas?

– Je ne suis pas capable.

Ensuite, j’ai rencontré mon premier partenaire sexuel. Je n’avais jamais été à la découverte de mon corps, donc, comment pouvais-je faire pour le guider pour me faire plaisir.

Entre-temps, je me fais prescrire des antidépresseurs qui me rendent anorgasmique. Ma libido est quasi inexistante et mon plaisir très bref, jusqu’à beaucoup de douleur. C’est ensuite qu’on me diagnostique mon vaginisme ; mon infirmière m’explique les pistes de solutions ; apprivoiser mon corps, les boules chinoises, un sexologue, la physiothérapie… Elle me donne les prescriptions appropriées, mais je n’y vais jamais. J’ai honte, je suis mal à l’aise. Je dois apprendre à aimer mon corps, à accepter mon plaisir et à m’aimer un peu aussi.

Quand tu es complexée depuis toujours, ça semble un gros défi. En fait, ça en est vraiment un. J’ai tranquillement commencé à déconstruire mon idée mentale de la sexualité et du plaisir au féminin. Ç’a été long : je dois accepter mon corps. J’ai le droit de me faire plaisir. Non, ce n’est pas que dans une relation sexuelle que ça se fait.

Tranquillement, j’essaie d’accepter tout ça.

Un matin, après une dure soirée d’insomnie et de rêves un peu érotiques, je suis allée dans la douche. Pis, c’est ce matin-là que j’ai réussi pour la première fois. Ça fait moins d’un an. Depuis ce matin-là, le reste découle tranquillement.

Ce que je peux retenir de tout ça, c’est la pression. Toute ma vie on me dit de cacher ma sexualité ; ensuite, on me trouve anormal de ne pas en avoir une épanouie. Je parle de sexe depuis que j’ai 10 ans, pourquoi n’étais-je pas capable avant ça?

C’est encore un parcours difficile, mais merci aux hommes qui m’ont fait me trouver belle à travers leurs yeux, merci à Netflixpour décomplexer la sexualité, merci aux millions de témoignages que j’ai lus sur des blogues, pour me sentir moins seule. Mais surtout, merci à moi d’avoir pris le temps et de m’être écouté, et de laisser de côté une pression qui n’a pas lieu d’être.

Et pour l’instant, no stress. Vas-y à ton rythme et libère-toi de la pression. Apprends à t’aimer, à respecter tes limites pis tes envies.

Ouin ben… J’ai découvert ma sexualité à 22 ans. Et puis?

2 thoughts on “Découvrir sa sexualité à 22 ans

  1. Comme toi, ça me rassure de lire les témoignages des autres personnes. Je n’ai pas du tout une sexualité épanouie. Au contraire, j’ai 23 ans et je suis toujours vierge… une situation qui me bloque parfois dans mes interactions sociales. Ce n’est pas facile et je sais très bien que je ne suis pas seule. J’ai alors appris à découvrir ma sexualité par moi-même, à défaut de la découvrir avec quelqu’un. C’est normal le désir, les fantasmes, les hormones, ce n’est pas réservé aux personnes ayant des expériences avec un partenaire. Bref, là où je veux en venir est que la combinaison être vierge + connaitre/explorer sa sexualité est souvent jugée, comme si je ne pouvais pas connaître le plaisir sexuel parce que je n’ai pas une vie sexuelle active avec un partenaire. Karianne, je te lève mon chapeau pour avoir parlé de ta situation et t’être ouverte ainsi à plein d’autres personnes qui peuvent te lire. Bravo, continue d’apprendre à t’aimer! Et surtout, Merci pour cet article!

    • C’est moi même avec des textes comme celui-ci que j’ai appris à accepter. Maintenant, je veux aussi faire ma part, pour toutes les filles/femmes qui sont prises avec ces complexes.

      Bref, ça me fait plaisir, merci à toi! xx

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