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Je mérite d’être payée pour ce que je fais

Je mérite d’être payée pour ce que je fais. C’est ce que je me répète quand je refuse un contrat qui m’offre des conditions risibles. Je considère effectivement grotesque tout ce qui encourage, sous prétexte que j’aime ce que je fais et que mon travail est l’fun, qu’un paiement en argent ne soit pas nécessaire à titre de salaire pour le service rendu. En tant que travailleuse autonome/artiste, ce n’est pas toujours évident de valoriser mon travail en chiffres. Faute d’altruisme et de passion, je me souviens d’avoir signé des contrats sachant très bien qu’ils ne respectaient pas ma profession. Ou pire… d’avoir exécuté des contrats sans contrats! J’ai vite réalisé qu’il est naïf de croire que vivre de son art implique de se soumettre aux exigences des autres. Il faut plutôt utiliser sa voix et les autres médiums pour encourager les employeurs à soutenir nos disciplines plutôt qu’à en tirer davantage profit. Le fait de ne pas proposer de rémunération appropriée aux artistes ou aux travailleurs autonomes est discutable. Et si on ne se penche pas individuellement sur la question, qui le fera?

Je mérite d’être payée en argent et non avec les offres suivantes :

De la visibilité

C’est sans doute la proposition la plus fréquente. À défaut de pouvoir payer mon épicerie, peut-être que Céline Dion me remarquera. J’aime me rappeler que les artistes qui obtiennent la plus grande visibilité sont en tournée avec Beyoncé ou sont exposés dans de grandes galeries, le tout avec cachet et conditions. Je dis ça de même…

Des consommations gratuites

La sobriété et moi, on trouve cette option hilarante! J’ai un peu l’impression qu’on me propose de troquer un orignal et sa viande contre une caisse de Bud Light. Et autant que j’aime partager généreusement le goût exquis de la viande de bois que j’ai chassé, rapporté, découpé, assaisonné… contre quelques bières, je me fais clairement cuisiner.

Joke à part, vous voyez ce que je veux dire.

De l’expérience

J’ai gagné beaucoup d’expérience à l’école et dans les multiples stages ainsi que la formation continue qui s’en est suivie. Oui, oui! Talent ou pas, un métier ça s’apprend par l’expérience. Expérience que j’ai l’intention de continuer de gagner… en étant payée pour!

En rabais?

Certainement la proposition la plus cocasse qui puisse être faite. Est-ce que je peux restreindre la qualité de mes services afin de les offrir à moindre coût? Genre faire des deux pour un? Euh… NON! L’objectivation de l’artiste est la preuve flagrante de l’ignorance face à la complexité et à la spécialisation que demande son travail. Les artistes en solde, ça n’existe pas.

Il m’arrive de performer gratuitement pour une œuvre de charité ou dans des circonstances où l’échange de service est juste et respectueux. Mais cela ne peut pas être la base de mon gagne-pain si je veux réellement manger à ma faim. Imaginez si je proposais à un plombier ou à un électricien de le payer en le mettant dans mon story Instagram, en lui offrant une bouteille de vin, en lui servant le fait que cela lui fera une expérience supplémentaire à ajouter à son CV ou encore en lui disant que peut-être des gens célèbres seront chez moi pendant qu’il fera les réparations… Ridicule n’est-ce pas? Peut-être devrions-nous alors abolir nos biais face à la professionnalisation de certaines disciplines et savoir apprécier le travail des autres à sa juste valeur. L’art y compris.

Je ne fais pas ce que je fais pour l’argent, mais je mérite d’être payée pour ce que je fais.

Et toi aussi.

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