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T’avais mis ton cœur dans le formol

Y’avait quelque chose qui clochait, je le savais. J’arrivais quand même pas à identifier la nature du pépin. Ton cœur était bien là, devant moi. Tu disais des mots doux pis tu m’regardais comme si on avait déjà gravi toutes les montagnes ensemble. Pourtant, c’était pas si simple. J’sentais quelque chose, j’voyais quelque chose. Tu me faisais confiance, du mieux qu’tu pouvais; tu t’ouvrais à moi plus que tu n’avais l’habitude de le faire… mais c’était jamais assez.

Même installée dans ton 3 et demi, j’arrivais pas à sentir que tu m’ouvrais la porte pour de vrai. J’aurais eu tendance à penser que c’était ma faute, que mes insécurités faisaient de l’ombre sur le bel éclairage naturel qui entrait par la baie vitrée; mais j’savais que c’était pas le cas. J’savais que j’étais toute là, mais que chaque fois que j’t’approchais un peu plus, tu t’ouvrais, et qu’aussitôt que je quittais, tu te refermais plus qu’avant. J’sentais qu’ça clochait; plus j’étais bien, moins on l’était.

J’ai lâché prise. J’ai lâché prise parce que j’étais tannée de sentir à tout moment qu’t’avais peur que j’abîme ton cœur.

T’avais mis ton cœur dans le formol. J’pouvais rien faire.

T’avais mis ton cœur à l’abri du mal, pis par le fait même du bien.

Tu le sais, tu connais bien ça, le formol. C’est étanche et ça conserve tout, pour toujours.

T’avais mis ton cœur dans le formol, fais que tout c’que j’pouvais faire c’était m’en approcher, pis être repoussée à tout moment, comme si cette enveloppe que t’avais mise m’envoyait des ondes pour m’éloigner.

T’avais mis ton cœur dans le formol pour te protéger de celles qui se sont jouées de lui. Comme si avec cette couverture, tu réussirais à être bien. Comme si avec cet enrobage, ta vie deviendrait plus simple, plus belle, plus douce.

T’avais mis ton cœur dans le formol, pis t’as même ajouté un bandeau sur tes yeux. Tu t’es mis en tête que tout c’qui avait de bien pour toi allait te détruire, que tout c’qui te faisait du bien te blesserait inévitablement.

J’te l’ai déjà dit, l’odeur du formol me lève le cœur et me fait sortir de la pièce instantanément. Parfois même, je vomis avant.

Tu peux bien conserver ton cœur dans cette solution, mais rappelle-toi qu’il doit rester bien à l’abri de la chaleur et du soleil. Faudra aussi y laisser entrer des grands courants d’air frais pour qu’il se conserve bien. C’est ça qui est ironique; en mettant ton cœur dans le formol, tu l’as rendu plus instable et fragile que jamais. Une étincelle suffirait à l’enflammer.

J’ai pas envie de devoir mettre des gants, un masque et des lunettes pour prendre ton cœur. J’ai pas envie de toutes ces précautions pour te protéger, pour me protéger, pour nous protéger. J’aurais peut-être dû faire de même, qu’on ait à se sauvegarder mutuellement. Mais… le formol, c’est pas mon truc. J’aime le vrai de la vie.

J’te l’ai déjà dit, l’odeur du formol me lève le cœur. Toi, t’avais mis ton cœur dans le formol.

Source photo de couverture

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