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Une histoire de condom

AVERTISSEMENT : Ce texte est basé sur des faits non-scientifiques et des expériences personnelles.

J’avais tout essayé depuis mes 14 ans. Pilules contraceptives, Depo Provera, timbre, stérilet (ouch), la pensée magique (très mauvaise idée) et même la chasteté – ben franchement, celle-là n’a été que de très courte durée. J’étais rendue à prendre la pilule contraceptive en continu. Me permettant de vivre une vie libre de menstruations et de tout ce qui vient avec. Pouvant sexualiser à temps plein presque tous les mois jusqu’à ce que je décide par moi-même de les arrêter quelques jours pour me remettre à zéro.

Après en avoir parlé autant avec des femmes qu’avec des hommes dans mon entourage et après m’être informée sur les moyens de contraception qui me restaient, j’ai décidé d’utiliser le condom. Laisser aller mes hormones dans leurs apparats d’Adam et d’Ève, laisser aller mon corps comme il le sentait. En ayant pris la pilule en continu pendant des années, je vivais très bien avec le fait que mon utérus virait pas en bordel mensuellement, mais en même temps, c’était le plus angoissant des systèmes. Pas de menstruations… logiquement, pas de grossesse. Mais si je ne suis pas menstruée, je n’ai aucune preuve que je ne suis pas en grossesse non plus. T’as pogne-tu? Vu mon tempérament très angoissée, je faisais des tests de grossesse tous les mois. Capoté, hein? Oui je sais, j’aurais certainement pu aller consulter en psychologie, mais bon. Je voulais m’assurer que j’avais le corps vide. J’ai fait « runner » des compagnies de tests de grossesse sans bon sens… J’ai un talent incroyable pour viser sur le petit bâton, même pu besoin de lire le cahier d’instructions, YOLO.

Bref, j’ai mis fin à ce massacre mental, et physique aussi. Mes crampes au ventre ont drastiquement diminué, je me sens moins enflée. Même si les quatre jours de mon cycle me font souffrir et parfois regretter mon choix, le reste est beaucoup plus doux. Je me sens moins emprisonnée dans moi-même, pas de routine de téléphone qui me rappelle qu’il est 8 h 00 et qui faut que je prenne ma pilule. Pas de visite à la pharmacie toutes les trois semaines quand j’ai pas le temps. L’esprit tranquille. Bon, je sais que le condom peut se briser quand même, rien n’est parfait, mais en plus, il me protège de toutes les ITS et name it de ce monde. C’est devenu mon meilleur ami, j’en ai partout; sacoche, boîte à lunch (ON SAIT JAMAIS), tiroir. Je les achète chez Costco pour ne jamais en manquer.

Étant célibataire (salut les gars! ;)), je croyais que le port du condom venait avec le french de coin de bar. T’sais, « Rappelle-moi ton nom déjà(?) » prouve que mon niveau de confiance en ton « inquiète-toi pas je suis clean », était vraiment à son minimum. À combien de personnes t’as dit que t’étais clean, by the way? Pis moi, me fais-tu vraiment assez confiance? Je trouvais le calcul mathématique assez simple. Depuis le début de ma puberté, et même avant, on me dit d’utiliser un condom. On a même fait l’effort de le montrer en classe, j’veux dire, c’est le standard.

Finalement, ça s’avère beaucoup plus ardu que je pensais. Non pas de mettre un condom, quand même, mais de le faire accepter par le partenaire.

  • Ça me fait débander un condom.
  • Je te sens moins avec un condom. J’aime moins ça.
  • J’viens jamais si je porte un condom. *Moi je viens jamais, point. Arrête donc de chialer.
  • Ça me serre trop. *Ici, l’option de gérer ta propre grosseur de partie génitale t’appartient, mon homme.

Entre toi pis moi, briser le moment, chercher le condom dans le noir et tout ce qui vient avec… à qui ça fait dire « YES SIR, un condom, j’aime assez ça maudit, le p’tit arrière-goût de latex, perdre le contact corporel du peau-à-peau. »?

Mais quand même, voyons donc, franchement tous ces commentaires!

Aucun homme n’a le droit de me dire qu’il n’aime pas le condom. Parce qu’il va se fracasser le corps contre ma répartie légendaire qui lui demandera de venir me tenir la main à mon avortement. Pis personnellement, un one night qui entraîne un « tenage » de mains pendant ce moment-là, c’est sûrement pas mon premier choix. Un homme ne peut pas demander à une femme de ne pas porter de préservatif, et ce, pour son propre plaisir. Va-t-il ressentir la douleur physique et mentale qu’une interruption de grossesse peut causer? Le froid de ce vide intense, la guerre que ton corps te fera?

Va-t-il venir avec moi à la pharmacie pour prendre la pilule du lendemain? Vivre les crampes, et l’angoisse du si ça marche pas?.

Non, la plupart vont se rhabiller et partir en m’oubliant, tout en laissant en moi un souvenir de nous, pogné en-dedans.

Ou encore, la plupart ont déjà arrêté de lire l’article.

La contraception a depuis toujours été sur les épaules de la fille. Tristement, je pensais que c’était une affaire égale. 1 + 1 = 2. Pas plus toi que moi. Mais finalement, je me rends compte que le choix que j’ai fait pour moi-même s’avère plus compliqué à faire accepter aux autres et ça me brise le cœur.

Fait que, si tu es un gars et que tu as continué de lire l’article, bravo et merci, pis la prochaine fois que tu as à mettre un condom, garde tes commentaires pour toi. Pis quand la pilule contraceptive pour homme va arriver, tu iras faire la file à la pharmacie. Pis toi la fille, la porteuse d’utérus, fièrement, peu importe ton moyen de contraception, tu n’as pas à en avoir l’entière responsabilité. Fais juste l’assumer, pis si ton partenaire est pas content, rappelle-lui donc quelques notions de nos cours de sexualité. S’il débande, ben ça mérite même pas 30 minutes de ton temps, pis encore moins une partie de ton corps.

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