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Les adultes font semblant

Je me souviens du temps où j’admirais les adultes. Autant l’adolescente que j’étais se voyait exaspérée par certains, autant elle était ébahie par leur capacité à TOUT gérer. Du coup, je me suis conditionnée à l’idée qu’un jour j’allais en arriver là. Devenir un super-humain, savoir ce que je veux et qui je suis, où je veux me rendre dans la vie, comment et avec qui. Dans ma vision contrainte de l’époque, je visais un jour à devenir une de ces adultes qu’on ovationne du regard. Invincible, caféinomane, cheveux parfaits, condo, chaton, diplôme, stable, qui n’a pas de boutons et qui ne braille jamais.

J’aurais voulu comprendre plus tôt que, dans le fond, les adultes font semblant.

Les « grands » – à lire avec un ton affectueux mais en roulant des yeux quand même – ne veulent pas nous décevoir. Je le réalise de plus en plus par la naissance de ce désir de vouloir montrer l’exemple. J’ai cette envie d’être un exemple positif, proactif et engagé pour les jeunes qui suivront. Et c’est là que la faute est trop souvent commise. Être un adulte édifiant ne veut pas dire être parfait ou même digne du stéréotype de la personne de plus de 18 ans.

Et puis quessé ça, un adulte?

Ce concept flou, voire fictif, génère une idéalisation de la vie qu’on mènera quand on quittera enfin le secondaire et qu’on volera de nos propres ailes. Trêve de naïveté, personne ne « vole de ses propres ailes ». Que ce soit au sens propre ou au sens figuré. Tout le monde a besoin d’aide, de soutien et d’accompagnement. Même les adultes.

La pression qui naît dans le fait de s’accomplir le plus vite possible afin d’enfin être une grande personne est ridicule et affolante. Je vois entre autres ma génération vivre avec des œillères et n’avoir d’attention que pour le fait d’atteindre l’ultime état d’adulte. Ces personnes vont être franchement éblouies quand la réalité va les dépasser au galop.

La vie, ce n’est pas ça. La vie va te surprendre. La vie va te rentrer dedans. La vie va t’arriver.

Adulte ou pas.

Cela dit, je propose donc d’arrêter de s’en faire autant avec ça et de voir les choses sous un autre angle, un autre but. Quelque chose d’un peu moins rigide, d’un peu plus vivant, de moins brun* et qui ressemble plus à ta couleur préférée.

Et si on se concentrait sur soi. Sur le fait d’être bien et de constamment évoluer. De se promettre de prendre soin de nos têtes autant que de nos corps. Devenir et rester des êtres sensibles, vulnérables et résilients. Le genre d’humain qui a droit à l’erreur. Le genre d’adulte qui se trompe et l’admet. Celui qui s’excuse et qui ne recommence pas. Celui qui pardonne. Assez cool pour des high five et des tapes dans le dos. Qui saura se remettre en question, douter et en parler à quelqu’un. Fidèle à soi-même et à son instinct, qui ne laissera pas son âge dicter le possible de l’interdit. Que ce soit de parler avec une voix ridicule à un chien, de pleurer pendant un film pour enfants, de manger des céréales pour souper, de gambader sous la pluie, de se coucher tard et de se lever tôt, de s’acheter des légumes et des Pop-Tarts dans la même épicerie…

J’ai passé le début de ma vingtaine à dire aux adultes autour de moi de ne pas s’inquiéter. Que j’allais me rendre, que j’allais finir par être comme eux. Une adulte. Je me suis même flouée dans l’idée qu’à 25 ans, je n’aurais plus le choix. Fini le niaisage.

En fait, je n’ai pas envie de me réduire à fitter dans la boîte. Je préfère évoluer dans quelque chose d’un peu plus grand. Un peu plus libre. Est-ce que je serai un jour une adulte? Ça dépend de mon point de vue. Mais je me concentre sur le fait d’être une bonne personne et j’ai décidé que c’était ben en masse.

Je dis ça. Je dis rien. Mais enlevons-nous donc cette pression de nos épaules.

De toute façon.

Les adultes font semblant.

*Je ne voudrais surtout pas offenser les gens qui aiment le brun. Prière de ne pas le prendre comme une attaque personnelle si ta couleur préférée est le brun. Je serais mal placée pour juger ça, t’sais (je suis brune). Mais dans le contexte, on s’entend qu’il y a peu de gens pour qui le brun est l’ultime couleur. Qui peint sa chambre brune? Qui a une belle robe brune? Ben c’est ça.

Source : Unsplash

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