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Lettre d’excuses à ma planète

Chère maman,

Je t’écris aujourd’hui pour te présenter mes excuses. Je n’ai pas toujours été sage. En fait, j’ai une attitude de marde depuis un bout.

Tu m’as donné la vie. Tu m’as nourrie de ta terre. Tu m’as bercée en tournant sur toi-même au rythme des jours et des nuits. Tu m’as offert un toit de ton ciel bleu, gris, blanc, noir, rose ou orange. Tu m’as abreuvée de ton eau.

Tu m’as donné la vie, mais tu m’as aussi donné le privilège de grandir dans la richesse.

J’ai fini ma première année en ne sachant pas qu’on m’en prédisait quatre-vingt. J’ai jeté près de la moitié de la nourriture qui m’a été offerte. J’ai allumé des réverbères et des feux d’artifices par refus de ta nuit. J’ai décidé de me bercer du son du moteur d’une automobile le jour. J’ai brûlé tellement d’énergie avec des autos que j’ai noirci ton ciel, que j’ai fait fondre tes glaciers, et je t’ai blâmée pour les précipitations plus fréquentes. J’ai fait pipi dans ton eau, j’y ai déversé mes vidanges et j’ai refusé de partager l’eau encore claire avec mes frères, mes sœurs et mes frères du Sud.

Et en mère démocratique que tu as toujours été, tu m’as présenté mes options et m’as laissée faire mes choix en me disant que je serais responsable des conséquences de mes actes. Ça fait des lustres que je fais disparaître des animaux et des plantes, mais tant que mon chat et mon chien peuvent manger leurs croquettes de poulet ou de porc et que j’ai un arbre où me reposer quand il fait trop chaud l’été, je suis aux anges.

C’est un matin où les oiseaux ne chantaient pas que j’ai entendu pour la première fois tes paroles, un peu comme on sent l’odeur de la fumée passer sous la porte close de sa chambre quand le reste de la maison flambe, brasier géant. En croyant que j’avais brûlé des toasts, mais en panique face au désastre déjà trop bien entamé pour être réversible.

Alors aujourd’hui, maman, je m’excuse. Une fois, cent-cinquante-mille fois, des millions de fois. En Europe, en Amérique, en Océanie. Je te crie mes excuses en ayant beaucoup trop chaud pour respecter le dicton de mon enfance, « Mars reste de glace ». Je te crie mes excuses en bloquant des rues bercées par le ronronnement des moteurs d’autos. Je te crie mes excuses en prenant des photos de moi avec un emoji de toi et un hashtag, parce que je veux des likes quand je m’excuse. Je te crie mes excuses en chantant le doux refrain d’une chanson apocalyptique de mon enfance.

Mon frère est mort hier au milieu du désert
Je suis maintenant le dernier humain de la terre
Au fond l’intelligence qu’on nous avait donné
N’aura été qu’un beau cadeau empoisonné

Car il ne reste que quelques minutes à la vie
Tout au plus quelques heures, je sens que je faiblis
Je ne peux plus marcher, j’ai peine à respirer
Adieu l’humanité…  Adieu, l’humanité…

(Paroles de Plus rien, Les Cowboys Fringants) 

Je m’excuse, maman.
De ton enfant qui t’aime, même si je ne te le dis pas assez.
15 mars 2019

P.-S. – Est-ce que je peux aller skier en fin de semaine? C’est probablement la dernière fois que je peux y aller cette année, la neige est presque toute fondue…

Source: Unsplash

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