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Ces déclarations d’amour qui font peur

Je me souviens de mon premier french comme si c’était hier. Ça s’est passé dans le stationnement du parc des Moissons. Il tenait son vélo, on était debout, l’un devant l’autre, nos lèvres sont restées collées 23 secondes sans bouger (j’ai compté).

C’était long et stressant, et j’ai gardé mes yeux ouverts tout le long.

En revenant chez moi, j’ai écouté une chanson d’amour sur mon MP3. Je ne me souviens plus laquelle, parce que mes goûts musicaux ont toujours été trop douteux pour que je puisse m’en vanter. J’ai fait semblant d’être dans un vidéoclip.

Ça y est, j’avais frenché.

Deux jours plus tard, je cassais avec lui sur MSN en lui disant quelque chose comme : « C’était trop de pression pour moi, c’est pas toi c’est moi, je pense qu’on est meilleurs à être des amis », en finissant avec une émoticône (l’ancêtre de l’emoji).

Je pense que cette anecdote est très représentative de mes comportements amoureux, qui sont aussi douteux que mes goûts musicaux.

Dans ma vie, je me suis fait laisser deux fois : une fois par message texte après trois ans de relation (deux semaines avant Noël, ayez pitié de moi), l’autre fois dans l’aile A de l’école secondaire Jean-Baptiste-Meilleur après un cours d’éthique et culture religieuse. Je me suis fait laisser deux fois, et j’ai arrêté de compter le nombre de fois où moi j’ai laissé quelqu’un. Pas parce que je suis sortie avec tellement de monde que j’ai arrêté de tenir le compte, ni parce que je me trouve cool et que j’adore briser des cœurs, juste parce que, après une couple de fois, c’est plus facile d’oublier.

J’ai souvent eu la chienne de l’amour. J’ai même souvent évité de dire « je t’aime » aux gars que j’aimais, pas parce que je les aimais pas, mais parce que c’était plus facile de faire comme si je m’en foutais.

Les peines d’amour, c’est comme le vélo : ça s’oublie pas, même quand c’est toi qui fait crasher le vélo pis le Tour de France au grand complet.

Et pourtant, pourtant, je suis une fille dangereusement romantique, je joue très/trop bien à l’amour.

Je pense qu’à quelque part, je préfère m’en vouloir à moi plutôt qu’aux autres. J’aime avoir la responsabilité de mon malheur.

C’est plus facile de pardonner aux autres. J’ai très vite pardonné à ceux qui m’ont laissé, mais je me pardonne à peine du bout de l’orteil d’avoir lancé au bout de mes bras ces amours trop bien pour moi.

C’est plus facile d’être nostalgique.

Mais les histoires d’amour qui se vivent à retardement ne se vivent jamais vraiment. Elles ne font que se raconter, se ressasser, se retourner, comme quelque chose d’inconnu et d’incomplet, comme quelque chose qu’on s’imagine et qu’on ne vivra jamais.

C’est niaiseux pas mal, de préférer se raconter des histoires d’amour plutôt que de les vivre, mais c’est moins douloureux d’avoir mal dans la théorie que dans la pratique.

L’amour, ça fait peur. Y’a pas de recettes miracles : plus ton cœur se brise, plus il se méfie d’être brisé par la suite, c’est logique.

Mais je crois que ça vaut le coup, de prendre le temps, de se laisser réparer le cœur avec des déclarations d’amour qui font peur. Je crois que ça vaut le coup de dire oui, même si on a les jambes molles, le cœur qui bat vite et fort. Parce que l’amour, ça fait sentir en vie.

C’est difficile tout court d’avancer quand on a toujours peur de se fouler la cheville en chemin. Faut juste penser au voyage, aux sourires croisés en chemin, aux détails qui font en sorte que ça vaut le coup. Pis après, t’as le droit d’être nostalgique comme tu veux, puisque tu l’as vécu, au complet, sans retenue, dans le grandiose et l’épeurant de vivre quelque chose à deux.

Prends ton temps, et quand tu seras prête, laisse-toi aimer, ma douce. Tu mérites que quelqu’un rentre chez lui en se pensant dans un vidéoclip après t’avoir frenché.

Photo : Tyler Nix
Source : Unsplash

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