Menu

La vraie richesse

Nous sommes le fruit d’une société moderne et développée. Une société vantée pour ses avancées technologiques, son efficacité, ses possibilités. Une société reconnue pour sa liberté, son égalité et son ouverture. Une société capitaliste critiquée pour les méfaits de son développement : pollution, exploitation, surconsommation.

Une société qui a connu non seulement une forte évolution, mais aussi maintes révolutions. De la postmodernité et ses remises en question jusqu’à l’hypermodernité et ses angoisses, la santé mentale de notre société présente une corrélation négative avec sa croissance.

Notre société n’est plus ce qu’elle était et ses progrès sont notables à plusieurs niveaux, mais est-ce pour le meilleur ou pour le pire? Maintenant que nous avons plus, que tout est accessible, qu’il ne nous manque de rien, sommes-nous vraiment plus heureux? Maintenant qu’Internet et les réseaux sociaux nous permettent d’être connectés en tout temps, sommes-nous vraiment plus proches les uns des autres?

C’est le genre de questions existentielles un peu pas mal lourdes que je me suis posées en revenant de mon dernier voyage en Asie du Sud-Est. C’est en restant dans un minuscule village, perdu au beau milieu de la jungle, dans le nord du Laos, que j’ai commencé à faire de l’introspection. À réfléchir autant sur moi-même que sur notre société, sur notre façon de vivre, nos choix de consommation, nos priorités et notre définition même du bonheur.

Bien loin d’une civilisation comme nous l’entendons, sans accès à l’électricité ou à l’eau potable, j’ai découvert la vraie signification des expressions « less is more » et « more money, more problems ». Parce qu’en ayant tout, c’est comme n’avoir rien en même temps. Parce qu’en ayant tout, c’est aussi avoir tous les problèmes qui viennent avec. Parce que quand on n’a rien, on est heureux avec pas grand-chose et, ça, c’est ce qu’il manque dans notre société.

J’ai vu des adultes rire de bon coeur en se lançant de la bouette, comme s’ils n’avaient jamais perdu leur coeur d’enfant. J’ai vu des enfants fiers de pêcher le souper pour leur famille, comme s’il s’agissait plus d’un jeu que d’une tâche. J’ai vu la misère. Pourtant, je ne l’ai pas ressentie. J’ai vu dans cette pauvreté une richesse comme nulle autre, comme si notre perception de la chose était faussée ou, du moins, incomplète. Ce n’est pas parce qu’on a beaucoup d’argent qu’on est réellement riche.

Ici, je vois des enfants développer les premiers symptômes de l’anxiété et de la dépression avant même d’atteindre la puberté. Je vois des gens cloués à leur téléphone cellulaire en train de regarder tout le monde sauf la personne assise devant eux. Je vois une société stressée qui, à force de vouloir atteindre un idéal, s’en éloigne peu à peu. Une société qui ne cesse d’avancer sans s’arrêter pour prendre du recul. Une société qui a beaucoup accompli, mais qui n’est jamais satisfaite. Parce que notre croissance est un couteau à double tranchant qu’on ignore depuis trop longtemps.

À la manière du mouvement minimaliste, qui vise à réduire notre consommation matérielle, ne devrions-nous pas opter pour un minimalisme psychologique? Pensons davantage à notre qualité de vie psychologique en essayant de diminuer nos facteurs de stress et nos irritants émotifs. Prenons exemple sur des sociétés moins développées et retrouvons notre vraie richesse.

Source photo de couverture : Unsplash

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de