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À toi, dont la vie ou une période de ta vie a été une belle série d’imprévus et de malchances

Ce texte s’adresse surtout à toi, dont la vie où une période de ta vie a été une belle série d’imprévus et de malchances comparables aux téléromans poches. Juste pour te dire qu’on peut s’en sortir, pis j’en suis la preuve vivante.

Depuis que je suis aussi grande qu’un mètre, je rêve d’être heureuse. Au fil du temps, en soufflant mes bougies, mes souhaits se sont transformés, passant de vouloir 10 chiens et 10 chats à simplement vouloir être heureuse. Cette certitude est restée. Je ne savais pas quand, mais un jour je vais être heureuse. D’ici là, je vais y travailler. Je viens d’un petit village où l’avenir n’est pas très prometteur. Mon enfance n’a pas été facile. Jai été intimidé. J’étais hyper gêné, on ne connaissait pas mon nom à l’école et j’étais toujours l’amie de l’autre. Une coquille qui essaie de trouver le mollusque qui fit en dedans.

Je croyais aussi que j’étais une fille sans émotion, méchante et cynique. J’ai filtré mes émotions dans cette optique. Je les ai toujours mal gérées et ils sont toujours sortis tout croche, mais bon. Plus tard, j’ai appris que j’étais une éponge à émotions.

Je me rappelle, une journée bien banale. Je vidais le lave-vaisselle. Une boule à la gorge, les émotions qui me piquaient les yeux. J’ai dû m’arrêter. Je me suis effondré et j’ai pleuré. Cinq ou dix minutes, peut-être. Je me souviens de ma difficulté à vivre dans ce temps-là. À me lever le matin. À répondre aux : « ça va? ». Avec mes réactions souvent intenses. J’avais juste envie d’éclater en morceaux pour laisser aller un peu de mon mal-être.

À travers ça, j’ai développé des techniques pour me sentir mieux, pour apprécier ma vie un peu. Fuir les démons du passé, me concentrer sur le positif. Comme les choses importantes me faisaient souffrir, je me suis mise à profiter des banalités : l’odeur et les couleurs des saisons, les textures des vêtements, les beaux mots lus, les histoires surprenantes, l’amour de mes animaux. Pour me garder la tête occupée, j’ai mis tous mes efforts sur mes études et sur mes millions de projets.

Me surcharger pour moins penser. Ça a donné de super beaux résultats. J’ai créé mon entreprise à 19 ans. Un refuge pour hérisson à but non lucratif que j’ai gardé durant 3 ans. J’ai réussi à me dissocier un peu du fantôme qui m’habitait. J’ai trouvé le domaine d’étude que j’aimais. J’ai trouvé mes forces et j’ai misé là-dessus. J’étais maintenant capable de poser des questions en classe et de parler en groupe sans trembler comme une feuille de papier.

J’ai 23 ans et je me suis libérée de 2 dépressions. J’ai appris que le karma n’existe vraiment pas pour moi et que les malchances s’enchainent dans ma vie. J’ai appris à rire plutôt qu’à pleurer. Parce que de toute façon, je ne pourrai pas le changer. J’ai appris à tirer les bénéfices de ces situations, prendre l’énergie de ma frustration et les appliquer ailleurs.

Moi : « Ben voyons, j’suis ben trop gênée pour faire ça! »

Une amie : « Quoi? Toi? Gênée? »

 C’est là que j’ai compris et vu le chemin que j’avais réussi à frayer. C’est à ce moment que pour la première fois, j’ai été fière de moi.

soleil
Crédit photo: Karianne Martel

Toi, la petite fille gênée qui avait peur d’aller à l’école jusqu’à en avoir mal au ventre. Regarde où tu en es aujourd’hui : tu dis haut et fort mes opinions, peu importe les avis. Tu milites pour les causes qui te tiennent à cœur. Tu écris pour un blogue qui t’inspire et tu apprends encore chaque jour.

Peut-être que je gère mal mes émotions, mais je gère mon ingérence. Comme j’organise mon impulsivité. Je me prépare aux imprévus, aux mental breakdown et aux malchances. J’ai appris à travailler mon bonheur et à franchir mes projets, malgré les tempêtes qui veulent un peu trop m’accompagner dans mon périple.

Aujourd’hui, j’habite la personne que j’ai construite. Je suis à l’université et ça va bien. Pis même avec ma météo instable, je réussis à être responsable (même si des fois je m’échappe un peu). J’ai réussi à rencontrer des humains ouverts à mes orages et on se fait du bien.
Maintenant, quand on me demande comment ça va, ce n’est pas avec le « motton » dans la gorge que je réponds, mais avec une voix qui fleurie.

Après 12 ans à chercher les étoiles filantes, je peux dire que :

Je suis heureuse et je suis fière de moi.

Crédit photo: Karianne Martel

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