Menu

À mon amie célibataire et complète

À toi, chère perle rare,

Toi qui es l’éternelle célibataire, qui as le luxe de dormir en étoile dans ton lit double sans te soucier de prendre trop de couverte, qui as le luxe de toujours manger ce qui te tente sans compromis, d’écouter juste des films que tu aimes, de ne jamais manquer une sortie entre ami.e.s et de pouvoir partir sur un nowhere quand bon te semble. Ou toi qui es nouvellement célibataire et qui commences à peine à réaliser tous les avantages que ça t’amène.

Tu es une personne magnifique. Toi. Dans toute ta splendeur. Dans toute ta liberté. Dans tous les défis que tu relèves haut la main, que tu t’es lancés toi-même et que tu réalises toute seule comme une grande. Dans toutes les épreuves qui ont contribué à faire de toi l’être formidablement accompli que tu es. Dans toute ta plénitude.

Tu es une personne magnifique et je t’écris aujourd’hui pour que tu ne l’oublies pas demain.

Parce qu’on vit dans une société un peu fuckée où on essaie de te rentrer dans la tête que tu n’es pas complète, que tu n’es qu’une moitié, la moitié de quelqu’un d’autre, la douce moitié d’une autre moitié tout aussi douce, et que le jour où tu trouveras ton autre moitié, tu seras finalement pleine.

Parce que parfois, quand tu as froid dans ton grand lit, en position fœtale, tu écoutes cette société te chuchoter qu’une grande cuiller comblerait donc bien le vide dans ton dos. Parfois, quand tes ami.e.s sont toustes avec leurs partenaires de vie, que tu es seule avec ton envie d’aller voir le dernier film féministe au cinéma et qu’il y a une pub d’un énième film d’amour irréaliste, tu crois la société qui te crée un prince charmant qui te ferait donc sentir moins seule. Parfois, quand tu es dans une destination exotique, que tu vois deux têtes blanches se tenir par la main en riant et que tu admires la vue, tu te dis que ça doit être encore plus beau quand tu regardes le paysage à deux.

Parce que quand tu crois tout ça, ben quelque part tu crois un peu moins en toi. Pis c’est ça le problème. C’est pas que tu veuilles partager des beaux moments avec une personne formidable. Ça, c’est normal, c’est même souhaitable. La recherche d’une personne avec qui tu te sens en sécurité, avec qui tu te sens rassurée, pour partager des beaux et des laids moments, c’est ce qui t’a permis de survivre quand tu avais besoin d’être nourrie, bébé, quand tu déboulais un escalier, toddler, quand tu t’écorchais un genou, enfant, quand ta mère refusait que tu ailles dormir chez ton amie la semaine, adolescente, quand ton évier était bouché, jeune adulte. Si ça a permis à l’espèce humaine de traverser dix-mille ans de dangers, c’est pas sûr, mais il y a des chances que ce soit pertinent.

Le problème, c’est de prendre un bout de confiance en toi pour mettre cette énergie dans la recherche de cet être mystérieux qui serait le fromage de ta frite sauce, qui ferait de vous une poutine.

Tu peux chercher. T’as même le droit d’être proactive, même si la société voudrait que tu poireautes en haut d’une tour qu’un prince escaladerait en tuant un dragon. Tu peux sortir de chez toi : dans un club de course, dans une bibliothèque, au travail, au bénévolat, à l’école, dans un bar; tous les endroits sont bons pour rencontrer la personne qui te volera de la couverte, t’obstinera pour le souper et pour le film ou négociera la destination voyage. Tu peux prendre les devants : demander un numéro, proposer une sortie ultérieure, inviter à passer la nuit; tous les moyens sont bons pour démontrer ton intérêt, tant que tu respectes l’autre personne.

Mais croire moins en toi? Ah, ça, non!

Accepter que cette chère personne ne te réponde pas six fois sur sept en te disant « mais la fois sur sept qu’elle répond, c’est tellement nice! », c’est non. Attendre patiemment que la personne change d’idée quand elle te dit « j’sais pas c’que j’veux, j’ai besoin de temps », c’est non. Annuler tous tes plans la fois que la personne daigne t’inviter quelque part, c’est non.

Rappelle-toi ma première phrase : tu es une personne magnifique.

Et c’est vrai. Demande à ta mère, à tes meilleur.e.s ami.e.s. Iels vont dire comme moi. T’es fantastique, criss.

Fait que la personne qui réalise pas à quel point t’es fantastique, c’est tu vraiment la personne avec qui tu veux faire ta vie? Non. Pis c’est certainement pas la personne avec qui ta mère pis tes meilleur.e.s ami.e.s veulent que tu sois. Parce que tu mérites mieux. Tu mérites d’être avec quelqu’un qui va réellement te trouver aussi fantastique, pis peut-être même plus que ce que tu es réellement.

Pis là, je te dis ça. Je sais que je fais juste t’écrire un texte sur un blog pis que tu feras ben ce que tu veux après ta lecture. Mais je dis pas ça pour te faire chier. Je dis pas ça pour que tu restes seule pour toujours avec huit chats – quoique ça ferait une autre personne avec qui aller voir le prochain film féministe au cinéma – ou pour te voler la personne qui te chavire avec sa réponse sur sept – je vaux au moins une réponse sur trois, come on!

Mon amie, je dis ça pour que tu réalises à quel point tu es complète sans quelqu’un d’autre, à quel point l’autre personne devrait être un tremplin pour sauter encore plus haut, pas un sauveteur qui te dit d’arrêter de courir sur le bord de la piscine.

Je dis ça parce que je t’aime pis que ça me fend le cœur de te voir te ratatiner dans l’eau à force de pus sortir pour courir et plonger. Viens donc faire des bombes avec moi jusqu’à ce que quelqu’un soit séduit.e par la quantité de sploushs qu’on fait. Quand on sera fatiguées, on se fera bronzer en étoile sans souci de prendre trop de serviette. Pis on va être heureuses, parce qu’on est complètes.

Source photo de couverture

20 thoughts on “À mon amie célibataire et complète

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2020. Tous droits réservés
Conception de site web - Effet Monstre