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Si tu savais

Quand j’étais petite, je parlais trop. Mon entourage a dû m’apprendre ce qu’était un jardin secret. Ils m’ont appris que je n’avais pas à tout dire, qu’il y avait certaines choses que je pouvais garder pour moi.

Encore aujourd’hui, plusieurs me mentionnent que je parle beaucoup. Ils ont bien raison. Je vais parler du soleil qui brille particulièrement cette journée-là et des couleurs qui s’agencent parfaitement. Je vais parler de ce qui m’entoure. Je vais parler pour les belles choses qui n’arrivent pas à s’exprimer assez fort pour faire raisonner leur beauté.

Par contre, un peu comme tous les humains, il y a beaucoup de choses que je ne dis pas.

Je suis fascinée par tout ce qui se cache dans les si tu savais que tout le monde se prononce intérieurement lors de certaines conversations.

Je suis fascinée par ces regards qui parlent pour une parole qui n’arrive pas à sortir.

Hommage à tous ces mots jamais prononcés. Les vivaces de notre jardin secret.

Hommage à tous ces « parce que » qui ne défileront jamais au bras de leur « pourquoi ».

Hommage à toutes ces peines jamais soulignées à la suite de mots trop vites lancés et à tous ces amours oubliés dans des syllabes imprononçables

Hommage à ce qu’on garde en cage. Ce qui pourrait trop secouer. On évite de prononcer pour protéger, pour oublier ou tout simplement pour nier.

Ce que l’art nous aura appris, c’est que certains mots sont faits pour être chantés, dessinés, composés, mais jamais prononcés.

Mais parfois, vient un temps où certains de ces mots sont prêts à sortir. L’été revient et ils n’ont pas juste envie de fleurir mais bien d’être cueillis et libérés aussi. Personne n’a besoin de jouer au petit prince ici, on sait bien que les fleurs sont plus belles loin des fioles de vitre.

Si tu savais comment il y a des si tu savais.

Les mystères n’existent pas, ils sont tout simplement des situations auxquelles on a bloqué l’accès aux fleurs de notre histoire.

Je vis dans des si tu savais. Je suis victime de mes propres barrières, je me berce dans ce que tu ne sauras jamais.

Mais plus le temps défile, plus mes mots ont envie de s’enfuir de ma bouche. Les fleurs prennent des allures de tournesol, trop grandes pour mon jardin, trop magnifiques pour ne pas être cueillies.

Si tu savais.

Crédit photo : Lucas Marconnet, Unsplash

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