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On ne naît pas femme

« … on le devient », a dit (ou plutôt écrit) Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe. Son essai était un travail philosophique,

une réflexion sur l’oppression des femmes,

pas particulièrement militant.

Et pourtant, ce livre a fait office de bible

pour beaucoup de féministes militantes contemporaines.

Notamment, le courant féministe matérialiste.

 

C’est un courant qui « répond »

à la théorie du matérialisme historique de Marx,

parfois en s’y opposant, parfois en y adhérant.

Marx, pensée communiste / socialiste, lutte des classes.

Pour les partisan.e.s du féminisme matérialiste, l’ennemi à abattre

n’est pas seulement le capitalisme.

Les enjeux à combattre

ne sont pas seulement de l’ordre

des problèmes de classes, des inégalités économiques.

Mais aussi, l’oppression des femmes,

son asservissement à l’homme,

l’esclavage domestique,

bref, le patriarcat.

Vaincre le capitalisme ne suffira pas,

il faut aussi simultanément combattre le patriarcat.

Ils vont de pair, comme les deux têtes d’un même monstre.

Il faut couper les deux pour tuer le monstre.

 

Les classes sociales sont construites.

Un bébé qui naît de parents ouvriers n’est pas différent

de celui qui naît de parents bourgeois.

C’est l’environnement, l’éducation qu’il recevra, comment on l’élève, ce à quoi il est exposé en grandissant

qui détermineront sa classe sociale,

le forgera comme individu

et fera profondément partie de son identité.

Et bien, les féministes matérialistes croit que le même sort est dévolu aux femmes.

Si un bébé a une vulve, elle sera élevée comme femme,

Si un bébé a un pénis, il sera élevé comme homme.

C’est une construction sociale comme les classes.

 

« On ne naît pas femme, on le devient. »

 

Un bébé naît

a une vulve

sera assignée fille

deviendra femme

 

Qu’est-ce qu’une femme?

Une experte de la maison? de la séduction?

Une mère? Une amante?

Une machine à procréer? à baiser?

Un vagin? Un utérus? Des seins? Des hanches plus larges?

La rondeur? La douceur? La sensibilité? Du care?

 

Qu’est-ce qu’une fille?

Une femme en devenir?

Une future maman?

Une apprentie pute?

 

Qu’est-ce qu’une vulve?

un clitoris ou un petit pénis (petit jusqu’à quelle grandeur?)

des petites lèvres et des grandes lèvres

ou des grandes petites lèvres et des petites grandes lèvres

ou pas si on est mutilé.e.s ou intersexe ou juste

différent

 

Qu’est-ce qui détermine quoi?

Selon quels critères?

On se fie à quoi?

 

Mais au fait, est-ce qu’on doit vraiment tout mettre dans des cases?

 

Si on se fiait seulement aux différences physiologiques,

une femme n’aurait comme utilité que la maternité.

Au sens large, ça inclut donc le avant-pendant-après.

Avant,

préparation dans l’enfance, la pré-adolescence,

apprentissage de la séduction, de la féminité, du prendre soin.

Pendant,

grossesse, accouchement, allaitement, l’éducation.

Après,

quand les enfants sont grands,

quand il y a une autre génération,

quand le travail est passé

tellement fort

à travers le corps

qu’il l’a marqué

à tout jamais.

 

Pour Simone de Beauvoir, c’est maintenir la femme au rang de l’animalité.

De ne valoriser que sa fonction biologique,

c’est la rendre

un peu

moins

humaine.

 

Pour les féministes matérialistes,

le travail domestique est une forme d’esclavage.

Et le mariage, une forme de contrat de vente.

Surtout à l’époque

où une femme ne pouvait voter, signer, être propriétaire…

En fait, elle était une propriété. Elle appartenait à quelqu’un.

Comme un esclave. Comme une chose.

 

La féminité n’est pas juste

dans le corps

n’est pas juste

dans le corps des femmes non plus.

et il y a de la masculinité

dans les corps de femmes aussi

et dans la tête

et dans toute

Photo : Athanasios Kolkas

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