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Le cœur en pause

J’me souviens d’ma mère, au soleil, sur le bord de la piscine, allongée sur sa chaise de plastique blanche.

T’sais là, la chaise blanche plus trop blanche après deux ou trois étés poussiéreux? Ouais, celle-là. Celle que ta mère habille au même endroit qu’elle habille son kid : chez Rossy.

La grosse vie.

Moi, ma mère, elle ne venait pas se baigner avec nous. Pas question d’endurer nos cris d’joie d’enfants énervés, les éclaboussures d’eau partout dans sa face et d’se foutre dans l’eau frette pis sentir son cœur serrer dans sa poitrine.

Ça saisiiiiiiiiiiiiiiiit!!!

Fait qu’elle se plaisait à juste nous regarder, de loin.

C’est que j’me sens d’même, un peu.

J’ai l’cœur mou, ben gros effiloché. Il vient d’passer cinq ans à mijoter avec la même fille extraordinairement réconfortante. Ça sentait donc bon!

La fille avec qui je pensais assurément faire ma vie. Toujours autant complices à nos 85 ans.

Une relation rare, bien saine… juste une coche pas encore « assez », faut croire.

Je n’ai surtout pas demandé à être clean d’elle… C’est triste à l’infini. C’était celle-là ou plus personne.

C’pas garanti à vie, han, ces foutues mijoteuses-là? Elles finissent par éteindre!

L’amour non plus, pis c’est ben dommage.

Le gars qui passe aux portes pour vendre des assurances « réussite des couples » ne cogne jamais au bon moment. Crétin. Il ne cogne jamais, point. Pourtant, ça créerait de l’emploi!

Est-ce qu’on peut s’entendre sur une chose, maintenant?

Arrêtez de vous promettre des choses, mutuellement, si vous n’êtes pas en mesure de l’faire.

Nos humeurs changent, t’sais!

Là, t’es amoureux, tout est beau. Tu n’y penses pas, à ton humeur tantôt rose tantôt noire.

Tu promets de rester pour toujours et bla bla bla.

La vie est longue, elle est patiente, elle. Les gens, en duo, finissent tout l’temps par ne plus l’être. Le klaxon s’fait aller plus souvent qu’à son tour.

« Avance! Si t’es pour me ralentir, j’vais mettre les gaz et tu m’suivras plus! »

La lumière a pas l’temps de changer, te v’là seule dans ton lit. Frette, frette, frette. Comme dans la piscine.

La fille qui m’a quittée, je l’aime jusqu’aux étoiles, c’pas dur.

J’ai eu assez de pratiques au bâton, avant elle. J’étais fin prête à mettre la balle de l’autre bord. C’était non négociable.

Et j’lui souhaite de trouver ça, à son tour. Ce genre d’amour-là. Si ça arrive, à la seconde où ça viendra, pense à moi. On se comprendra enfin, sans se voir.

Et quand deux Amoureux s’en iront, encore, pense à moi.

Fait que c’est ça… promettez rien?

Ou bien battez-vous fort pour bâtir… à moins de bien dealer avec le concept de perdre des gens précieux, ici et là.

Va falloir que la SPCA s’en mêle.

« M’adopter moi, c’est pour la vie. »

C’parce que l’humain est d’même. Il veut baiser comme des bêtes mais ça manque de chien quand c’est l’temps d’aimer pour toujours.

Et moi, j’suis clairement trop proche du chien pour ne pas en être un. J’adore me faire flatter l’coco, j’aime ma personne inconditionnellement et j’tripe fort quand j’vais chez Mondou.

J’suis fatiguée.

Laissez-moi donc juste vous regarder vous aimer, maintenant.

J’vais rester tranquille, sur ma chaise blanche plus trop blanche.

J’vais vous regarder, du coin de l’œil, vous échanger des mots d’amour.

J’vais vous regarder apprendre de vos erreurs pour ne pas les répéter ailleurs, plus tard, au lieu d’apprendre et ne pas les répéter, au présent. Pour garder c’que vous avez déjà, entre les doigts.

J’vais vous regarder être fiers et sereins d’avoir mis fin à votre relation, en bons termes, plutôt que d’vous voir fiers d’avoir vu à toutes les solutions pour continuer à vous aimer et tenir vos promesses.

J’vais être le cœur magané mais réaliste, en cachette, témoin de vos p’tits moments complices, vos bisous ou vos chicanes.

J’vais vous souhaiter d’passer à travers vos tempêtes mais je n’y croirai pas tant que ça. J’vais l’faire, par politesse. Y’aura deux ou trois chanceux mais les autres, j’donne pas cher de votre peau. Je ne l’invente pas.

Trop souvent déçue. Plus envie d’me baigner, moi non plus.

Quand le cœur cumule plein de p’tits deuils, il finit par ne plus avoir envie de donner.

Chapeau à ces tandems qui durent. C’est adorable.

J’ai peut-être écrit 700 mots mais, en vrai, j’suis sans mot.

Y’aura le soleil qui, lui, me réchauffera.

Crédit photo : Allef Viniciusa, Unsplash

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