Menu

Cœur d’artiste

Il s’avance en direction du stage. Ses mains tremblent sûrement un peu, même si d’où je suis, ça ne se voit pas trop. Ce n’est pas sa première fois, mais je suis prête à gager qu’il a un peu le trac pareil. Je le suis du regard jusqu’à ce qu’il atteigne le micro. Je suis nerveuse pour lui. Je ne le connais pas, je ne l’ai jamais vu de ma vie, mais j’admire déjà son courage.

Il lève les yeux vers le public silencieux, en attente. J’imagine son cœur qui se débat entre ses côtes. Il gère ça d’une profonde respiration, saisit le micro et se lance. De mémoire, il nous slame sa poésie pendant trois minutes.

Trois minutes où plus rien n’existe sauf sa voix et ses mots. Je me retire du monde logique, organisé, pesant. Sans effort, mon attention toute entière se consacre à la beauté des rimes, aux émotions qui transcendent le texte. Elles empoignent ma sensibilité, bousculent mes passions endormies. Les larmes me montent aux yeux à mesure que mon cœur se déplie.

La réalité me rattrape au bout de ces trois minutes d’intensité. J’émerge à regret de l’agréable sensation de légèreté que j’éprouve lorsque je m’imprègne de poésie.

L’art a ce pouvoir de me ramener au fond de moi-même. J’ai besoin de littérature, de musique, de poèmes pour réveiller mes émotions engourdies par un quotidien aliénant. Il est un stimulateur de vie. Il est l’oxygène qui me manquait lorsque je me sors la tête de l’eau. Son pouvoir alchimiste transforme le regard que je porte sur le monde. Tout me paraît plus beau lorsque j’ai un bon roman entre les mains ou de la musique dans mes oreilles. Quand j’ai un coup de blues, je cours au théâtre ou dans une librairie.

L’art est indispensable à notre bonne santé mentale. Nous avons tout intérêt à trouver celui qui nous interpelle le plus. Il est un merveilleux remède aux déprimes, un activateur de créativité, un donneur de sens. Il décloisonne la pensée, ouvre notre esprit sur de nouveaux horizons. Il nous déprogramme de notre pilote automatique, de notre routine, pour nous reconnecter avec notre être. Il trouve notre fibre créatrice, que nous avons trop souvent égarée quelque part entre les piles de linges sales et les to-do lists.

Nous accordons trop peu de temps à la création. Pour plusieurs d’entre nous, créer est un luxe qu’on se permet lorsqu’on a le temps, quand tout le reste est fait. C’est tellement dommage. Je suis persuadée que si l’on se permettait de créer plus souvent, nous serions beaucoup moins nombreux à nous droguer aux antidépresseurs. Et ne venez pas me dire que vous n’avez pas de talent. Nous sommes tous des artistes. Créer, c’est donner vie à nos idées. C’est permettre à notre imaginaire de devenir concret. C’est décorer son appart’ à son goût, se faire un bel album photos, tenir un journal. Tout le monde peut créer et devrait le faire un peu chaque jour.

Et pendant que vous partez à la recherche de votre artiste intérieur, je fais un high five à ceux et celles qui nous réaniment avec leur art. Quel que soit cet art, les artistes contribuent par leur passion à nous rapprocher les uns les autres. Ils nous empêchent de sombrer totalement dans un monde de vitesse, de froideur et de superficialité. Rien ne me renverse autant qu’une personne qui réussit, par son génie et son talent, à me faire sentir aussi vivante. Je voue une admiration sans bornes à ces braves qui mettent leurs propres émotions en avant-plan pour nous remplir de la beauté du monde. Ils ont le courage d’exposer leur sensibilité, au risque de déplaire, au risque d’être jugés et critiqués. Qu’à cela ne tienne, ils nous sauvent la vie. Sans eux, nous serions morts en dedans.

Source photo de couverture

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de