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Mes peurs qui dorment sur mon « couch »

J’ai peur, ces jours-ci… quand même beaucoup, quand même souvent… d’à peu près tout. Ça bouge autour de moi, j’ai l’impression que tout le monde qui m’entoure embarque sur des bateaux de croisière merveilleuse et que moi, je suis prise sur un pédalo qui prend l’eau.

J’ai peur. Pas des peurs considérées enfantines, genre les monstres, les araignées, les grosses dindes noires ou ben les ostis de clowns. Nenon. Des peurs d’adultes, là. Des peurs qui riment avec le mot « sérieux ».

Je partage en ce moment, contre mon gré, ma table du café d’à côté, avec des filles qui parlent selon moi beaucoup trop fort. (Je trouve que tout le monde parle tout le temps trop fort.) Je les écoute parler de leur chum pis de leur bonheur, de leur souper de poulet au beurre pis de leurs plans de carrière, de leurs projets de bébés à quelque part entre 30 pis 35 ans pis de retraite à 60 ans grâce à un beau gros REER.

Pis ça me fait peur. Je sais pas ce que je veux faire de ma vie, j’ai aucun plan concret qui se dessine devant moi. J’ai peur que tout le monde progresse dans son accomplissement, qu’ils unlockent des achievements alors que moi je reste coincée au premier boss. J’ai peur des mots « taux d’intérêts », « cancer » et « divorce ».

J’ai peur dans le noir, j’ai peur de pas être aimée, j’ai peur de mourir seule.

J’ai peur de pas être assez drôle, assez mince, assez belle. J’ai peur de pas pouvoir finir une autre phrase en rime.

J’ai peur de la mort. Ça m’angoisse des fois la nuit, assez que je dois me lever pour occuper mes pensées. Pas que j’aie peur de souffrir ou que ce soit trop rapide, non, j’ai peur du vide que ça apporte, du noir pour l’éternité. J’ai peur qu’on m’oublie.

Quand j’étais plus jeune, parfois j’avais peur qu’un requin apparaisse dans mon bain et me bouffe… J’ai été un boutte à pas vouloir me laver.

Biologiquement parlant, la peur est un besoin de survie. C’est inné, tu l’as, un point c’est tout. C’est de l’instinct, comme chez les animaux; des canetons tout frais sortis de l’œuf vont automatiquement avoir peur des silhouettes ailées qui passent au-dessus de leur nid et vont s’en cacher.

Alors que nous, les humains, nos peurs sont plus souvent reliées à de l’angoisse, de la méfiance et de l’anxiété… Quand je marche sur Saint-Joseph, j’ai pas peur de me faire ramasser par un faucon géant, j’ai peur de perdre ma job demain matin et de pas pouvoir payer mon loyer.

Je sais que c’est stupide, toujours avoir peur comme ça, et que je devrais apprendre à utiliser mes peurs pour avancer dans la vie, mais criss, c’est roff!

Je ris souvent en repensant à la vidéo de la madame qui s’est fait attaquer chez elle par un repas de Thanksgiving. Pour ça, mais aussi parce qu’elle emploie le mot « couch ». Ce mot-là me fait vraiment rire. On la trouve ridicule parce qu’elle a peur que la grosse dinde noire revienne, mais c’est pas cave! Effectivement, elle pourrait revenir et foutre le bordel chez elle.

C’est pas plus cave que d’avoir peur de finir dans un 1 ½ qui sent la litière, toute seule et oubliée. D’avoir peur de jamais avoir la belle p’tite maison de région avec le beau chum et les beaux enfants.

Y’a aucune peur qui est ridicule, et c’est très certainement l’une des émotions les plus anciennes du monde. Sigmund Freud nous a remarquablement révélé à travers la psychanalyse à quel point nos choix sont conditionnés par nos peurs inconscientes.

C’est le maudit boss remplaçant de Michael Scott qui m’a le plus ouvert les yeux là-dessus.

À quel point on est à la merci de nos émotions.

À quel point on a un besoin de contrôle.

On a peur d’un danger hypothétique, de l’imprévu, de l’obscurité qui apparaît face à des destinations ou circonstances inconnues. Peur de la solitude, de l’intimité, de l’amour et ses refus, ses régurgitations de non.

La peur peut fracasser la fenêtre de ton salon et déployer ses ailes de grand dindon. Elle peut pisser sur ton couch et laisser du verre partout!


Source : Pixabay

La peur joue un rôle intéressant dans nos vies… fascinant. Qu’on ose s’en servir pour se motiver, pour se dépasser, juste pour être certain.es de ne plus jamais faire face à nos plus grandes craintes. Ou ben qu’elle nous cloue solidement sur notre couch, pu capables de se montrer à la lumière du jour, à attendre qu’elle revienne, la grosse dinde noire.

C’est difficile et toute une job, que de cerner nos peurs et d’apprendre à vivre avec, de les tourner à notre avantage, mais je pense aussi que c’est pas impossible.

Ressentir de la peur, c’est normal, mais faut savoir garder la tête hors de l’eau.

Elle va peut-être revenir, la grosse dinde noire, mais si tu l’attends avec un gun et un four bien chaud, t’es déjà mieux préparé.e que la dernière fois.

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