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Tu n’as aucune idée de la chance que t’as. Et moi non plus.

Tu n’as aucune idée de la chance que t’as. Et moi non plus.

On est là à vouloir tellement plus. À exiger davantage de la vie et à être terriblement exigeant.e envers nous-même. On concentre la majeure partie de notre énergie dans le fait de travailler pour dépenser, donner pour obtenir et prévoir pour demain. On oublie facilement, voire trop souvent, l’important : ici et maintenant. On prend pour acquis des choses qui, pourtant, pas si loin de chez nous (chez le voisin peut-être), sont des denrées rares. L’électricité, l’accès à l’eau potable, la sécurité, l’autonomie. Confort et abondance semblent parfois inhiber notre capacité à être reconnaissant.e. On possède tellement qu’on n’apprécie plus rien. Voir l’essentiel est devenu un défi, une éducation à refaire. Et ce, individuellement et collectivement. Et si on appréciait vraiment, agirait-on différemment?

Si j’appréciais le fait que partout où je vais il y a l’électricité.

Même chez nous. Sous mon toit.

Que j’habite dans un appartement où j’ai ma propre chambre.

Un lit et plusieurs oreillers.

Mon intimité. Mon autonomie.

De l’eau. Chaude, froide, tiède. Comme je veux.

Je vais à l’école. Encore. Par choix.

Je dis oui, mais je peux aussi dire non.

J’ai un travail. Et un compte de banque avec des sous dedans.

Si je n’aimais pas ma job, je pourrais changer.

J’ai des amis. De bons amis. Une famille. Des frères.

Un chum que j’ai choisi et que personne ne me force à marier.

Je pourrais être célibataire si je voulais, sur Tinder ou pas.

Pas d’enfants. Je pourrais en avoir. Je ne sais pas encore.

J’ai le droit d’être indécise et de prendre mon temps.

Perdre mon temps même. Scroller, niaiser, procrastiner.

J’ai un cellulaire. En fait, j’en ai eu plusieurs, mais ça c’est le récent…

Un ordinateur. Deux en fait.

Accès à Internet. Un peu trop même.

Des médias sociaux sur lesquels je peux dire ce que je veux.

LGBTQ2+, BIPOC, FYI, LIT, HUNDO P, TFW…

Google. J’ai accès à Google quand je ne sais pas ce que ça veut dire.

De la musique pour pleurer ou fêter.

Je fête ma fête. Je m’autocélèbre une fois par année.

Des vêtements. Pour chaque saison et occasion.

Un frigo. Rempli de plein d’affaires qui se mange et que je laisse pourrir des fois.

De beaux souliers (notez bien le pluriel) pour aller au resto.

Puis au théâtre, au musée, au spa, à un festival, à un lancement ou à un show pour le fun.

Je fais des choses pour le fun. Souvent.

J’y vais en char ou en bus. Des fois, je marche.

Je marche seule. S’il y a quelque chose, je peux faire le 911.

J’ai un cell, tu te souviens?

Quand je me fais catcaller, je peux écrire un article sur le sujet!

Ensuite, aller au gym et au yoga. Pour ma santé physique et psychologique.

Si j’ai besoin d’aide, je peux en demander.

Si j’ai mal, je peux me faire soigner.

Si j’ai besoin de temps, je peux en prendre.

Le ciel ne va pas me tomber dessus.

Où je vis, il n’y a pas de guerre.

Ici, ce n’est pas comme ailleurs.

Je vais ailleurs des fois. Je prends l’avion.

En voyage, j’aime lire.

Je sais lire. Je sais écrire.

Je suis myope, mais ce n’est pas grave.

J’ai des lunettes et des verres de contact.

J’ai aussi deux bras, deux jambes et ma tête.

La qualité de l’air que je respire est bonne.

Pas de tornades, d’ouragans, de tsunamis, de volcans en éruption ou d’autres catastrophes naturelles à l’horizon.

Et à part le long hiver que je viens de vivre, je n’ai pas vraiment de raison de chialer.

Mais je chiale quand même. Parce que je peux.

Je suis libre. Parfaitement libre.

Je ne te dis pas que c’est parfait, je te dis que c’est quand même vraiment extraordinaire.

On pense qu’on sait la chance qu’on a, mais on en a aucune idée.

Je me fais désormais le devoir d’être reconnaissante au quotidien, pour les petites et les grandes choses. Parce que cela façonne ma façon d’agir et par respect. Par respect pour celles et ceux qui ont travaillé avant moi pour le monde dans lequel je vis et pour celles et ceux qui n’ont pas cette chance. Je parle de chance parce que la vie est injuste. Il n’est pas vrai qu’on naît toutes et tous libres et égaux. On naît toutes et tous dans des milieux et des circonstances fortement inégales. Je suis née dans un environnement privilégié et j’ai l’intention d’en profiter humblement pour contribuer à un monde meilleur. Tu devrais essayer, c’est ben ben l’fun.

Source : Unsplash

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