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Shout out à toutes les personnes qui fittent pas dans le moule

Cher zébrelle,

Toi qui vis dans une société où on veut mettre en bride tes idées, parce que ce n’est pas assez de mettre tous tes comportements dans un enclos avec un faux sentiment de liberté. Toi que la société essaie de convaincre de devenir une jument docile alors que tu voudrais juste pouvoir être toi-même à ta façon.

Toi qui, au fil des années, a été domptée, brisée, par une société qui te fouette les idées hors du moule pour que tu te rappelles que le droit chemin est déjà tracé. Toi qui te sens parfois toute seule face à cette pression immense du mors aux dents qui tire vers le sentier battu chaque fois que tu oses t’aventurer hors de cet itinéraire de vie.

J’illustre le conformisme avec l’image d’une zébrelle qu’on essaie de transformer en jument, mais c’est surtout parce que ça me fend le cœur de voir qu’on fait à des êtres humains ce qu’on fait à des animaux : les dompter pour faire des pirouettes de cirque « parce que c’est beau ».

Petite, tu étais différente. Tu étais toi. Tu courais, la jupe dans le vent, un bout pris dans ta culotte, les collants rayés troués par les chutes à vélo, tes tresses te fouettant le visage, et tu riais, parce que tu étais toi, sans souci, hakuna matata, mon amie.

Puis, petit à petit, la vie t’a rentré dedans. À coups de « va te changer » parce que c’est donc pas respectable, des collants troués, une jupe sans collants, une jupe courte ou prise dans tes bobettes. À coups de « tu pourrais coiffer tes cheveux plus souvent », parce que c’est donc plus joli, des cheveux aux pointes cassées par du métal chaud, ça vaut les cloques sur tes mains, faut souffrir pour être belle. À coups de « baisse le son », parce que c’est donc dérangeant, une fille qui parle fort, qui rit fort, qui fait ses propres jokes.

Pis si en plus d’être « pas sortable », t’avais le malheur d’être bien avec ton corps nu, ben la vie s’est amusée à te poker jusqu’à ce que t’aies un tatou « made in patriarchy » avec plein de chiffres qui déterminent ta valeur. Ton poids. La grandeur de ta brassière. La taille de ton chandail. Le tour de tes pantalons. Ta grandeur à toi. Le nombre de pouces que mesure ton pied. Le chiffre de 1 à 10 qu’on donne à ta face pour sa beauté. Ce chiffre perd des points pour chaque ride, chaque cheveu blanc, chaque grain de beauté, chaque poil, chaque menton.

T’en as braillé des shots. À te demander pourquoi t’étais pas comme les autres. À te demander pourquoi Jacob, Martine, Éliott, Emy, Pierre-Alexandre, ça les dérangeait tant que t’étais pas comme elleux. Pourquoi tes parents comprenaient pas que c’était la fin du monde, en secondaire deux, pas avoir le droit ou pas avoir envie de se maquiller ou de se teindre les cheveux ou de mettre la jupe courte ou de mettre un J-string.

T’as essayé, dans la mesure de ce que t’étais capable, de te mettre dans le moule. T’espérais en criss qu’un jour tu serais un magnifique biscuit Pittsbury tout rond, même si au fond de toi t’aurais juste voulu pouvoir être le biscuit maison qui goûte grand-maman. Ça se dit pas, ces affaires-là, au secondaire, que t’aimes plus les biscuits aux figues de ta grand-mère que les biscuits Pittsbury. C’est pas cool.

Pis peut-être que t’essaies encore, à Noël, dans les partys ou tous les jours, d’être un biscuit Pittsbury tout droit sorti du moule. Peut-être que t’as même l’impression de te déguiser en Pittsbury, mais que c’est plus simple que d’endurer les commentaires poches sur le biscuit aux figues que t’es vraiment. Ça fait tu moins mal être acceptée pour ce que t’es pas ou être critiquée pour qui t’es vraiment?

Peut-être aussi que t’as abandonné, parce que justement, la réponse à cette question-là, c’est plus la même depuis qu’un événement X a fait déborder le vase, déjà ben creux pis ben plein, de ta tolérance à l’intolérance des autres.

Que t’aies abandonné l’image du Pittsbury ou que tu l’adoptes tous les matins en te glissant dans des souliers à talons, je veux juste te dire que tu goûtes bon comme t’es, petit biscuit aux figues. Ton authenticité, perds-la pas. Si t’as peur qu’elle soit émiettée par le moule qui écrase tout ce qui se conforme pas, protège-la comme tu peux. Mais garde-la quelque part de précieux, cette partie de toi qui est encore bouillonnante de singularité.

Prends-en soin comme tu prendrais soin de ta plus grande amie. Parce qu’un jour, peut-être que tu trouveras un petit coin de pays où tu pourras t’épanouir, belle comme le jour, nue comme quand tu courais dans la maison en fuyant la serviette à la sortie du bain et que maman prenait une photo de tes fesses au lieu de t’attraper « pour l’album ».

Parce qu’il y en aura toujours, des Pittsbury qui vont se prendre pour des pâtissier.ère.s et essayer de te faire rentrer dans le moule, mais you know better, tu le sais que le vrai luxe, c’est d’être soi-même.

Merci à Catherine Dorion et Safia Nolin, qui m’ont inspirée pour cet article avec leur podcast tellement honnête, tellement vrai. Merci d’être des zébrelles au cœur en biscuit aux figues.

Source photo de couverture

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