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On te propose des romans pour combattre la fin du froid

Le moral était à plat pour plusieurs pendant l’hiver, mais ce qui me faisait maintenir le cap tout le long, c’était la lecture. Besoin d’évasion? Voici mes dernières suggestions!


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#1. Vernon Subutex

On connaît Virginie Despentes pour ses textes polémiques et féministes. De Baise-moi à King Kong théorie, l’autrice française a toujours su mettre des mots saisissants sur la réalité, et c’est exactement ce qu’elle réussit avec la trilogie urbaine Vernon Subutex. Vernon est un disquaire paumé qui s’est vu confier des cassettes par une vedette de rock, peu avant son suicide. Malencontreusement devenu SDF, Vernon erre dans Paris à la recherche d’un séjour chez ses amis de la scène musicale. Se tisse alors une toile d’araignée entre toutes les connaissances de Subutex, allant de l’ex star du porno à la détective privée. De rencontre en rencontre, c’est un portrait de la France d’aujourd’hui qui est dessiné. Une France raciste, sexiste, gangrenée, dans laquelle les travailleurs n’ont plus foi en leur patron, et surtout un pays dans lequel l’écart entre les riches et les pauvres ne fait que s’accroître chaque jour. Comment vivre dans un monde dirigé par le capitalisme mordant, à quoi peut-on encore rêver? Et puis les cassettes, on cherchera bien à mettre la main dessus… Une trilogie d’une ampleur singulière, dans laquelle on savoure aussi chaque petit détail comme chaque petit dialogue. Du grand Despentes!


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#2. Pêche

À la fois conte d’horreur et récit aux résonances autobiographiques, Pêche d’Emma Glass choque dès les premières allitérations. L’histoire, c’est celle de Pêche, une adolescente violée un soir par un vilain vicieux aux mains grasses. Mais l’univers carnavalesque et cauchemardesque ne s’y arrête pas. Alors que sa famille, ses amis, quasiment tous incarnés en nourriture ou objets tels que Vert, Sable, Sucre, Mr Mélasse, se demandent ce qui tracasse la jeune Pêche, celle-ci s’enfuit dans la honte, la paranoïa et le mensonge après son agression. « Faisons comme s’il ne s’était rien passé. Je ne veux pas être une victime.» Un récit non sans rappeler la violence des œuvres enfantines de Ducharme, avec une note toute froide dans le suspense, à la manière des romans british. Une fable qui traite des agressions sexuelles avec délicatesse, mais qui donne froid dans le dos.


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#3. La Minotaure

Première parution de la nouvelle collection queer chez Triptyque, La Minotaure de Mariève Maréchale est un récit fracassant sur l’identité. La narratrice écrit à Maude, son ancienne amante, elle lui écrit pour se purger, pour comprendre sa douleur, pour revenir à la source de ses mauvaises pensées. Hommage à l’écrivaine queer Nina Bouraoui, La Minotaure explore la notion de genre dans toute la complexité qu’elle peut représenter pour une enfant au père profondément misogyne, ou pour une adolescente qui doit endosser les commentaires sexistes de son cercle d’amis masculins. « J’en suis venue à la poésie parce que j’ai douté de mon père. J’en suis venue au journal intime car j’ai commencé à douter de Dieu. J’en suis arrivée au roman parce que j’ai douté de moi.» Une réflexion sur l’écriture et la fiction, punchée de petits jabs dans l’estomac.


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#4. Répertoire des villes disparues

Titre mystérieux, atmosphère évanescente, à la frontière toujours brumeuse qui lie la poésie à la prose narrative, Répertoire des villes disparues est un éloge aux villes et villages en perdition de la Côte-Nord. Laurence Olivier écrit sur le deuil d’un patelin, suite au suicide d’un jeune homme au volant. La famille, les amis, mais la communauté aussi s’éteignent peu à peu, disparaissent dans les pistes enneigées à bord de leurs skidoos. Un récit poétique, comme des arrêts sur images : « nous regrettons/ de n’aimer que des choses temporaires/ une rivière gelée/ la lumière d’automne/ tout ce que nous mettons à mort». Pas étonnant que le cinéaste québécois Denis Côté ait été intéressé par l’univers de l’ouvrage, et qu’il s’en soit inspiré pour réaliser son film éponyme. Bières de patinoire, de bord de grève, de party ou de bar de danseuses, Répertoire des villes disparues est un univers où les soirs de scotch nous enchantent.


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#5. Vos voix ne nous atteindront plus

Une narratrice qui se fait prendre pour une ancienne hackeuse de la SQ doit urgemment quitter son appartement d’Hochelaga pour se rendre à LA. Pourchassée par des bandits vengeurs à tête de mascotte, elle se retrouve mêlée à différentes histoires sordides qui se referment sur elle en un immense trou noir. Julien Guy-Béland signe ici un premier roman ambitieux, sans rappeler la filmographie des Stéphane Lafleur ou David Lynch de ce monde. Mêlant l’horreur et l’espionnage, le roman de Guy-Béland, qui frôle aussi la science-fiction, a de quoi dépayser les lecteurs aguerris. Influences américaines dans la trame, parler très québécois, Vos voix ne nous atteindront plus est un tour de force, un aimant qui nous tire toujours plus loin, dans le fond du baril. Une belle descente aux enfers, digne de celle du Walter White de Breaking Bad.

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