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On devrait s’aimer comme à 16 ans

Depuis que je suis redevenue célibataire, j’ai rechaussé mes souliers de vieille fille de la gang. On a essayé de me matcher avec à peu près tout le monde, en passant du collègue ben incroyable à l’ami trop trippant qui vient de se séparer, sans parler de « celui avec qui j’étais supposée finir anyways ». On m’a beaucoup parlé de Tinder et on m’a vraiment souvent précisé que c’est pas en passant la soirée à écouter du folk avec mon chat que j’allais finir dans les bras de mon âme sœur. Update de ma vie amoureuse : toujours pas de compte Tinder et toujours au bras de mon chat tous les soirs.

Mon absence d’efforts pour m’adapter aux réalités amoureuses du 21e siècle vient tout simplement du fait que je ne m’y retrouve pas. Je trouve qu’on s’aime mal.

Pour être honnête, l’amour dans la vingtaine me fait chier.

Le problème lorsqu’on est plus âgé, c’est qu’on essaie de gérer quelque chose de purement émotionnel de façon durement rationnelle. On tombe amoureux en se limitant, en calculant, en planifiant et en pensant définitivement trop.

On tombe amoureux avec l’ex qui nous disait qu’on était trop dans la tête, avec l’autre qui nous a trompé.e dans la méfiance pis avec l’attachement défectueux de la fois qu’on a trop aimé.

On tombe amoureux des gens qui ont assez de défauts rayés sur une liste de tout ce que le nouveau prétendant doit avoir pour ne pas que nos vieilles erreurs se répètent. On tombe amoureux en comparant tout, tout le temps. On tombe amoureux d’une façon prudente, trop prudente à mon goût.

Je suis tannée de devoir faire semblant que je m’en fous quand je regarde mon cellulaire aux cinq minutes. Je suis tannée de me demander si mon fou rire était malaisant plus que cute. Je suis tannée d’essayer de taire de ce que mes yeux crient dès qu’il croise mon regard. Je suis écœurée de me sentir moins, juste parce que je suis à chier dans cette game.

Nous avons tout à apprendre des nouveaux amoureux qui s’aiment pour la première fois à 16 ans. Les amoureux qui découvrent qu’ils ne peuvent pas calculer ou comparer. Les amoureux qui s’aiment tout simplement comme ils s’aiment, puisque c’est tout ce qu’ils ont connu. Les amoureux qui se dévorent du regard sans se limiter, qui s’embrassent à toutes les occasions et qui ne prennent pas de précautions pour le après, puisqu’ils n’en ont jamais connu.

Les amoureux de la vingtaine se sont habitués. Les baisers sont calculés, les regards sont chronométrés.

Ce que les amoureux de l’adolescence crient aux adultes qui peinent à s’aimer, c’est qu’on devrait s’aimer toujours plus, jamais moins, sans jamais avoir peur d’être trop.

Je rêve d’un amour qui se tient loin des fantômes du passé.

Je rêve d’un amour naturel qui prend des allures de maladie plutôt que d’équation. J’ai pas fait mes math fortes, j’étudie en art, fuck les calculs.

Je ne suis pas faite pour le dating du 21e siècle.

Je rêve d’une génération où on peut s’aimer loin d’un nombre de jours avant de se rappeler, loin des sujets à rayer lors de nos premières conversations.

Je rêve d’une génération où je n’aurais pas à afficher un pseudonyme anonyme pour parler d’amour, simplement pour ne pas me faire catégoriser comme « trop intense ».

Je rêve que les « mais » déménagent, que les « parce que » se cachent.

Je rêve qu’on s’aime, tout simplement.

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