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Péripéties d’achat d’une première maison

Alors que beaucoup de jeunes adultes rêvent de se voir pousser des ailes, je rêve de racines. Ne plus déménager, défaire mes boîtes, toutes mes boîtes, et pour longtemps. Planter des arbres que l’on verra pousser. Avoir un endroit à soi pour s’arrêter et laisser couler le temps. Et pour moi, tout ça passe par l’achat d’une maison.

Celle-ci deviendra mon point d’arrêt, mon ancre. Ma maison sera mon X sur ma carte au trésor, mon centre, mon nombril géographique en quelque sorte.

L’idée me trotte dans la tête depuis un certain moment déjà. J’ai passé des mois à fouiller sur Centris à la recherche de ma maison parfaite. Toutefois, avec un budget de premier acheteur et mon revenu unique de célibataire, le défi est de taille. Semblerait que n’achète pas qui veut!

Magasiner une maison

Dans la vie, je suis quelqu’un de réaliste, et mes goûts ne sont pas des plus extravagants. Un toit, des murs, de la lumière, un petit terrain : tous des critères qui me semblaient raisonnables. Mais lorsqu’on magasine avec un budget de 180 000 $ (même moins), les options sont limitées.

Certains sites proposent des profils enjolivés qui masquent plusieurs défauts. « Jolie maisonnette près d’un plan d’eau » peut aussi vouloir dire « Chalet pour nains dans un secteur inondable ». Pas tout à fait aussi charmant. Les photos ont quant à elles le caractère déformant d’un miroir de fête foraine dans lequel tout semble allongé et élargi. La réalité vient vite briser tous les idéaux Pinterest.

En six mois, j’ai visité trois maisons. C’est peu lorsqu’on pense à de nombreux acheteurs qui voient des dizaines d’habitations avant de se décider. J’ai donc visité SEULEMENT trois maisons, mais trois maisons à faire pleurer. J’avais de la peine pour elles. Des maisons peu entretenues, humides et tristes. Des propriétés qui ont dû être potables un jour, avant les dégâts d’eau, le toit qui s’affaisse et l’ocre ferreuse. Trois « Non » définitifs.

Puis est venue la quatrième. Fraîchement repeinte en blanc, toute de fenêtres vêtue et avec des pièces pleines de potentiel. Ma maison.

L’offre d’achat

Bravo, Fauve, tu l’as trouvée! Achète-la maintenant.

L’offre d’achat est un processus hyper stressant. Dans le marché actuel, les acheteurs se battent pour les propriétés intéressantes, et il faut agir vite. Ce n’est pas rare que notre offre soit en compétition avec une autre, et cela nous oblige à faire une gymnastique mentale pour choisir le montant à offrir qui sera suffisant pour dépasser l’autre offre, sans être trop haut pour éviter de rester avec l’impression de s’être fait avoir.

J’ai offert un prix qui me semblait raisonnable pour les travaux à effectuer et les comparables dans la région. Je savais que j’allais devoir investir de l’argent pour mettre la maison à mon goût, mais c’était dans mon budget et j’ai fait une offre. Une offre acceptée!

Course contre la montre

J’ignorais avant de signer mon offre d’achat qu’elle venait avec une date d’expiration imminente. Un peu comme les missions de l’Inspecteur Gadget, une offre d’achat s’autodétruit dans peu de temps. Dix jours. Un gros dix jours pour obtenir son financement et faire inspecter sa maison.

Pour une fille qui a le même compte Desjardins que celui de l’époque des enveloppes de dépôt à l’école primaire, négocier une hypothèque, c’est toute une épopée. J’ai choisi la banque où mes parents ont leur hypothèque, comparé les taux fixes aux taux variables, parlé amortissement, mise de fonds, crédit SCHL, paiements sur le capital. J’ai demandé un montant et je l’ai eu. Yeah! Une étape de complétée.

Ensuite vient l’inspection. Parce qu’avant de dépenser des centaines de milliers de dollars sur quelque chose, mieux vaut connaître son bilan de santé. Et un inspecteur en bâtiment va te dresser un bilan complet de l’état de ta maison, des ongles d’orteils jusqu’aux pointes fourchues. Tout le monde me disait qu’ils font ça pour te protéger et se protéger, pour que tu sois au courant de vraiment tout, même si la plupart du temps ce sont des détails. Par exemple, la toilette qui ne flushe pas très vite.

Sauf que quand ton sympathique inspecteur ressort de l’entretoit, couvert de mousse et de débris, la face longue, et qu’il te dit : « Y’a une infiltration d’eau majeure dans le toit » en chuchotant pour ne pas que l’agente d’immeuble chargée de la propriété entende, tu vis une petite mort. Ce toit qui a pourtant été refait en 2018 et duquel tu ne pensais pas devoir te soucier. Et lorsque ce même inspecteur revient te susurrer à l’oreille des mots doux comme « fondation friable », « champignons », « moisissures » et « possibilité de fourmis charpentières », c’est comme si ta belle offre d’achat sur la maison pour laquelle tu as eu un coup de cœur et que où tu te voyais vivre venait d’exploser dans tes mains, avant même que tu puisses penser te mettre à l’abri.

Verdict

Acheter une maison n’a rien de facile. C’est un parcours du combattant où les coups bas sont permis. La recherche est décourageante, l’offre est éreintante, l’hypothèque est conditionnelle et l’inspection est redoutable. Tant d’étapes pour un projet qui peut partir en poussière à tout moment.

Ça fait que tu la cherches toujours, ta maison?

Ça fait qu’en tant que fille seule, qui a un nouvel emploi depuis six mois, qui a comme outils un tournevis multitête et un marteau du Dollorama et qui voulait une coquette maison sans trop de travaux, j’ai fait la seule chose sensée dans le cas présent : offrir le prix du terrain, démolir ladite maison et me lancer dans un projet d’autoconstruction!

Rock on!

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Source : DuProprio

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