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Spoon theory : ménager ses p’tites cuillères

Vous est-il déjà arrivé de vous retrouver une belle journée où vous vous sentiez épuisé pour aucune raison apparente? Vous aviez un souper de prévu avec votre meilleure amie, mais soudainement, en fin d’après-midi, vous avez une soudaine envie de vous réfugier dans votre tanière, de fermer tous rideaux et lumières, de débrancher le téléphone et de ne plus entendre parler de personne. Pourtant, quelques heures avant, tout allait bien et rien d’anormal ne s’est produit entre-temps. Que s’est-il donc passé? C’est là où la Spoon Theory, ou la théorie des cuillères, prend tout son sens.

Imaginée par Christine Miserandino en 2003[1], cette analogie explique qu’au début de chaque journée, chaque individu se retrouve en possession d’un nombre quelconque de cuillères et chaque tâche ou événement de la journée va utiliser un nombre quelconque d’ustensiles. Certaines personnes commencent leur journée avec plus de cuillères que d’autres et les mêmes tâches ne prennent pas nécessairement le même nombre d’unité pour tout le monde. Il y a heureusement certaines choses qui peuvent redonner des cuillères, comme une bonne nuit de sommeil, prendre du temps pour soi, etc.

Donc chaque événement de la journée va coûter quelque chose, aussi banal soit-il :

Se lever, une cuillère.

Prendre une douche, une cuillère.

S’habiller, une cuillère.

Déjeuner, une cuillère.

Ne pas déjeuner? Une cuillère, peut-être même plus.

Se rendre au boulot, une cuillère.

Un commentaire désobligeant d’un collègue ou du patron, une cuillère.

Vous comprenez le principe.

Chaque geste posé, chaque étape de votre journée vous coûteront un nombre de cuillères. À la fin de la journée, ce moment où vous vous dîtes « Ah, enfin, mon lit. » est généralement signe que vous avez épuisé toutes vos unités.

En fait, la plupart des gens débutent leur journée avec un nombre assez élevé de cuillères pour ne pas s’en soucier. Cependant, imaginez un instant vous voir octroyer, disons, 10 cuillères, au début de votre journée. Dans l’exemple précédent, vous venez d’arriver au travail, votre journée débute à peine, mais vous avez déjà dépensé au moins six cuillères. Il vous reste donc quatre maigres unités pour passer au travers de votre journée. Enfin arrivé chez vous le soir, si vous avez la chance d’avoir encore quelque chose dans vos mains, il se peut que vous ayez à choisir entre faire votre ménage ou bien appeler votre mère. Entre cuisiner ou faire la vaisselle. Entre voir des amis ou manger un repas complet. Vous pourriez, bien entendu, emprunter les cuillères du lendemain, mais si vous êtes difficilement passé au travers de votre journée avec 10 cuillères, imaginez avec moins.

Cette réalité est la réalité de tous les gens vivant avec une condition médicale chronique ou maladie mentale quelconque. Les gens qui souffrent par exemple de troubles anxieux, de dépression, de troubles de l’humeur ou de peu importe quel trouble mental ou autre maladie vont se voir en possession d’un nombre bien moindre de petites cuillères. Ils doivent donc penser à tout ce qu’ils font dans une journée, parce que chaque geste, chaque conversation, chaque engagement est lourd de conséquences. De plus, les gens touchés par la maladie, physique ou mentale, ont la plupart du temps des problèmes liés au sommeil. Ils ne sont donc pas en mesure d’aller chercher toutes leurs cuillères manquantes toutes les nuits.

Ils ont donc parfois, au beau milieu de la journée, besoin d’aller faire le plein de cuillères, souvent sans eux-mêmes être capable d’expliquer à leur entourage leur départ soudain. Ils quitteront le souper familial sans donner d’explication, non par manque de respect, mais bien par manque d’énergie. Ils s’absenteront du travail sans être capables de mettre des mots sur leur état. Parce qu’on s’entend qu’aucun patron au monde n’accepterait que son employé ne rentre pas travailler de manière répétitive parce qu’il a « épuisé toutes ses petites cuillères ».

Bref, je trouve important de partager cette image parce que cela rend la chose plus simple à comprendre pour les gens qui ne sont pas touchés par la maladie ou par les différents troubles de la santé mentale. Ceux qui vivent avec une quantité limitée de p’tites cuillères doivent perpétuellement se demander ce qui s’en vient, se garder des « cuillères d’urgence », au cas où. Ils vivent avec l’inquiétude que leur entourage ne comprendra pas leurs agissements, parce qu’effectivement, sans le vivre, c’est bien dur de comprendre qu’on ne peut pas juste utiliser d’autres cuillères : quand y’en a pu, y’en a pu!

Je vous invite donc à utiliser et partager cette métaphore afin de soit pouvoir expliquer comment vous vous sentez ou encore venir en aide à vos proches qui se battent constamment afin de ménager leurs p’tites cuillères. Parce que quand on se sent compris, on a déjà l’impression de devoir utiliser moins d’ustensiles.

Pour plus d’infos sur l’origine de cette théorie, c’est ici :

https://butyoudontlooksick.com/articles/written-by-christine/the-spoon-theory/

[1] https://en.wikipedia.org/wiki/Spoon_theory

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