Menu

De l’importance de se réapproprier le mot « gros »

Le 25 mars dernier, Mickaël Bergeron publiait La vie en gros : regard sur la société et le poids aux éditions Somme toute. Comme j’ai déjà 33 prêts dans mon dossier de bibliothèque qui attendent d’être lus (je sais, j’ai un problème de consommation, tu peux me juger), je ne peux pas (encore) te dire à quel point son livre est extraordinaire.

Cela dit, j’essaie d’écouter et de lire toutes les entrevues qu’il donne dans les différents médias. Récemment, j’ai particulièrement aimé l’entendre expliquer pourquoi on doit se réapproprier le mot « gros ». Lorsqu’on parle de grosses maisons, de gros livres, de gros chiens, il n’y a personne pour s’offusquer du qualificatif qu’on utilise puisqu’il sert uniquement à décrire un objet. Mais d’une façon totalement perverse et improbable, quelque part entre l’invention de la langue française et aujourd’hui, on a corrompu le sens du mot « gros » lorsqu’il est associé au poids d’une personne. Lorsqu’on parle du poids, gros, c’est mal, c’est laid. On l’a tellement intériorisé que même le P’tit Bob n’a pas une définition neutre :

2   (Personnes) Qui est plus large ou plus gras que la moyenne des êtres humains. ➙ corpulent, empâté, énorme, épais, 1. fort, gras, massif, obèse, pesant, rebondi, replet, rond, rondelet, ventripotent, ventru. Gros et petit. ➙ 1. boulot, courtaud, trapu. Gros et grand. ➙ colossal, important, imposant, fam. maous, mastard. « Il était fabuleusement gros […], le ventre comme un tonneau » (R. Rolland). Gros et gras*. Un gros homme. ➙ mastodonte ; fam. éléphant, hippopotame. Un gros père. ➙ patapouf, pataud, poussah. Grosse (bonne) femme, grosse fille, grosse dame ; grosse dondon, grosse mémère. ➙ fam. baleine, tas, vache. Gros bébé. ➙ joufflu, potelé. Être gros comme une vache, une baleine ; comme une boule, une barrique, une bonbonne, un tonneau, une tour, très gros. Elle se trouve trop grosse, elle voudrait maigrir.

© 2018 Dictionnaires Le Robert – Le Petit Robert de la langue française

J’ai arrêté de lire à « éléphant, hippopotame ». Je me suis dit que j’allais m’épargner, tsé. C’était avant que la dernière phrase me punch dans’ face : « Elle se trouve trop grosse, elle voudrait maigrir ». Quand même un ouvrage de référence te rappelle que t’es un (gros) tas qui devrait maigrir, c’est difficile d’imaginer qu’on va réussir à changer nos perceptions.

Mais j’ai envie de dire qu’on devrait essayer pareil.

Gros ne devrait pas être une tare.

Gros ne devrait pas être synonyme de laid.

Gros ne devrait pas être synonyme de lâche.

Fait que je me dis que si on commence tout de suite la révolution, gros et petits unis dans la réappropriation du mot « gros », on a peut-être des chances d’avoir le respect et les ouvrages de référence qu’on mérite.

En attendant, tu peux trouver le livre de Mickaël Bergeron dans une bibliothèque ou une librairie près de chez toi.

Source de la couverture : Jorge Zapata sur Unsplash

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2020. Tous droits réservés
Conception de site web - Effet Monstre