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Maipoils : le mois des fleurs poilues

Le mois de mai, c’est la joie.

Notamment parce qu’en mai, il y a un mouvement qui s’appelle Maipoils. Le concept est simple : homme, femme ou personne non binaire, laisse pousser ton poil pendant 31 jours à compter du 1er mai. Sur le site de Maipoils figure une phrase que j’aime particulièrement : « Ce qui est magnifique dans ce projet c’est que personne ne prétend détenir une vérité plus grande qu’une autre, le but est avant tout de mettre à profit nos têtes pensantes et nos corps aimants pour permettre à notre société de grandir dans des modèles plus diversifiés et donc épanouissants. »

Vois ça comme une histoire d’amour à la Roméo et Juliette.

Roméo, c’est l’acceptation sociale. Juliette, c’est le poil. Pour un mois, ces deux tourtereaux peuvent donner libre cours à leur amour. Iels savent pas trop comment s’aimer, iels savent surtout comment s’haïr. Roméo est habitué de régner sur le monde tous les jours; Juliette, de se cacher l’hiver, d’être persécutée l’été.

Pis là, boum! Roméo et Juliette se croisent par une belle journée de printemps et iels tombent follement amoureux.se l’un.e de l’autre. On connait l’histoire, on connait déjà la fin. Les gens de chaque bord s’obstinent, ça fait des ravages, Roméo chante sous le balcon de Juliette en lui lançant des likes sur Instagram, Juliette ose sortir en camisole comme une dévergondée, Roméo et Juliette font l’amour comme iels n’avaient pas le droit de le faire, se marient en cachette et se suicident de ne pas pouvoir vivre leur amour librement. Change le suicide collectif par l’arrivée du rasoir sur ta peau le premier juin, pis t’as exactement Maipoils. Les fans de Shakespeare me remercient pour cette adaptation poilue d’une œuvre fort patriarcale.

Bref.

Maipoils, c’est un défi vraiment intéressant. C’est le défi de laisser le jardin de son corps pousser sans en couper les mauvaises herbes. Ça ne veut pas dire de ne pas l’arroser, de ne pas le nourrir, de ne pas l’abreuver, de ne pas en prendre soin. Ça veut juste dire pas de coupe. Et tu serais surpris.e de ce qui se passe quand tu laisses ton corps se gérer tout seul pendant une coup’ de semaines.

Je t’entends douter. « Ouais mais c’est pas propre… » « Ouais mais les gens vont me juger… » « Ouais mais j’aime ça me raser, ça me fait du bien… » « Ouais mais je peux pas faire l’amour de même… » La meilleure réponse que j’ai trouvée, ce n’est pas la mienne : « Que vous ayez une préférence ou non pour le poil, ceci n’est pas le point. Tout l’intérêt de Maipoils réside dans une glorification de la différence pouvant exister par la force du nombre, par l’explosion des mentalités (rien de moins !) (et peu importe ce que tu fais de ton corps par après). Au mois de mai, ce sera le temps des 1001 premières fois avec son poil : sortir sur les terrasses au gré de la chaleur tout en découvrant sa cheville, puis sa jambe, aller à la plage ou en vacances pas épilée et fière (oui, ce sera difficile), se changer au vestiaire avec un corps qui ne sera pas lisse comme un bébé, mais [adulte] et assumé, faire l’amour avec des nouvelles subtilités amenées par la sensibilité décuplée par les poils (ils ne sont pas là pour rien, détrompons-nous), aller danser en robe, en camisole et en fourrure, draguer avec plus de phéromones, contrarier les multinationales du poil, décomplexer son corps mais aussi un peuple entier. » (Maipoils.com, 2019)

Avoue qu’on dirait que c’est moi qui ai écrit cette page sur le site! Ça coule tellement bien! Eh non, c’est l’équipe de Maipoils.

Et en plus de développer ta relation avec toi-même en tant que personne poilue, tu peux participer à la programmation de l’équipe Maipoils! Un vernissage, des lectures et un tirage de billets pour le Cabaret démarrent l’aventure, alors que le Cabaret Maipoils lui-même couronne ton expérience lorsqu’elle se termine. Une exposition photographique, un partage de témoignages-photos et de dessins sur les réseaux sociaux, des capsules vidéo et des interventions des ambassadrices t’accompagneront tout au long de ta réappropriation de ton poil.

Et si, malgré toutes ces belles raisons d’essayer, t’hésites encore, j’ai un conseil et une information pour toi. L’information, c’est que dans quelques jours, La Fabrique Crépue va publier un article sur la perception de différentes personnes sur les poils. Spoiler alert : ça existe, du monde chill avec le poil.

Le conseil, c’est de te donner le droit d’arrêter. Le défi, il peut durer deux jours, deux semaines, deux mois, deux ans. C’est toi qui décides. C’est ton corps, après tout. Vas-y au jour le jour. Moi, c’est comme ça que j’ai commencé. Un jour à la fois. Tu m’aurais dit il y a dix ans que je laisserais tous mes poils pousser comme bon leur semble et que seul mon pubis verrait sa pelouse taillée, je t’aurais dit que t’es dégueux pis que tu comprends rien. Je te laisse deviner mon âge.

Bref. Essaie. C’est quoi le pire qui peut arriver?

Photo de couverture:

©Photo : Ariane Labrèche
©Graphisme : Alexandre Lepage
©Mise en beauté : Jessy Goyette

www.maipoils.com

Avec Asmina ThirunavukarasuAlexa Carrénard, Yixin, Ana et Refus global now

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