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Dépendance affective

Les phares sur les hautes, on parcourait les kilomètres séparant notre chez-nous de la capitale vers la maison de mes parents dans le coin dans la métropole. L’avantage de devoir parcourir 250 km régulièrement, c’est d’avoir l’occasion de jaser à l’abri du monde, dans l’habitacle restreint et intime de la voiture. Pourtant, en ce soir d’apocalypse amoureuse, j’aurais tant voulu qu’on se taise. On dépassait un camion à toute vitesse quand il m’a dit qu’il avait envie de donner un coup de volant et d’en finir. Je ne suis même pas sentie triste quand je lui ai répondu : « Moi aussi. »

À peine quelques minutes auparavant, c’était l’aurore. Un coucher de soleil presque magique, projetant vers le ciel des rayons de toutes les teintes possibles de rose et de mauve. Un crépuscule digne des belles soirées d’été, qui nous semblaient si lointaines en ce début du mois de mars. Nos cœurs poqués avaient plus que jamais besoin de croire au retour du printemps, mais ça faisait si longtemps qu’il faisait noir de partout… Ça semblait vain. Notre instant de grâce n’a hélas pas duré, et les quelques clichés que j’ai pu saisir n’ont su allonger ce doux moment de répit lumineux.

Quand j’ai fini par publier la photo sur les réseaux sociaux, quelques semaines plus tard, c’était avec une citation de peine d’amour. Parce que le lendemain de ce dernier roadtrip, on mettait fin à notre relation. Ça faisait tellement longtemps que ça allait mal. Avec le peu de recul que j’ai accumulé depuis, je réalise que ça faisait un bout qu’on n’était plus en amour. Mais on n’osait pas se quitter, parce qu’on avait trop peur de se perdre. Peur de perdre l’autre, encore plus de se perdre soi-même.

Le gros drame de notre histoire, c’est que j’avais développé une dépendance affective. On entend souvent le terme, mais on l’utilise peut-être à la légère. Parce qu’être réellement pris là-dedans, c’est une autre paire de manches. J’ai passé trois ans de ma vie à m’ennuyer de cet humain dès qu’il n’était pas avec moi. J’avais de la difficulté à profiter des activités que je faisais sans lui, trop peiner de ne pouvoir les lui partager. J’ai refusé tant d’opportunités de voir des amis, de peur de manquer un message texte de sa part.

Le plus triste dans tout ça, c’est que lorsqu’une personne vit une dépendance affective en contexte de couple, l’autre peut en venir à développer une co-dépendance. Je pense que c’est arrivé, vers la fin de nous. Nos horaires de travail désynchronisés faisaient en sorte qu’on était souvent l’un sans l’autre à l’appartement. Je ne pouvais être bien sans lui, même pour quelques heures. Donc, je passais ma journée à l’attendre tristement. Et c’était malheureusement de plus en plus réciproque.

C’est pour ça qu’il fallait qu’on se quitte. On se sentait tellement impuissants face à notre relation qui se dégradait qu’on était de plus en plus impatients et frustrés. J’étais devenue une blonde exigeante et continuellement insatisfaite, en attente d’une preuve d’amour qu’il ne pouvait plus me fournir, fermant les yeux sur l’état de mon amour à moi. L’affaire avec la dépendance affective, c’est que tu finis par croire que tu ne peux vivre sans l’autre. On allait mal, mais on ne voyait pas d’issue. Donc on restait collés, les yeux fermés, essayant de se réconforter mutuellement.

J’ai vraiment essayé de le rendre heureux, et je sais que c’est réciproque. Mais dans la vie, on ne peut être à la fois le pansement et la plaie, et ce n’est pas vrai qu’en contexte de peine d’amour. Je me pardonne tranquillement et j’ose espérer que lui aussi, de son côté. Je me répète que notre rupture n’aura pas été un échec, mais bien une preuve de courage et de maturité. On s’est avoué qu’on allait mal et on a fait le nécessaire pour entamer une guérison. Un jour à la fois.

Si je vous raconte tout ça, c’est pour qu’on se rappelle les uns les autres que c’est correct de jeter les armes. Oui, il faut travailler fort pour entretenir une relation à long terme. Mais il y a des limites à se faire du mal. C’est décrissant, les peines d’amour. Mais les gens finissent tous par passer au travers. Et si cette relation était à refaire, je recommencerais volontiers. Parce que ça aura valu la peine, du début à la fin.

Un printemps commence à fleurir dans mon petit cœur…

Anonyme

Source photo de couverture

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