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Comment des hommes féministes perçoivent le poil

Le mois de mai est mon mois préféré. Parce que c’est le mois de la vie. Parce que les oiseaux chantent à nouveau pour me réveiller. Parce que les lilas fleurissent pour colorer mes journées. Parce que le ciel pleut pour laver mon cœur. C’est bien le seul moment de l’année où je me réjouis que ça sente le fumier.

Mais depuis quelques années s’ajoute à la liste de raisons de tomber en amour avec mai le mouvement MaiPoils. Durant ce mois, plusieurs laissent rasoir, cire et pince dans l’armoire et donnent à ces mal-aimés de poils la chance de vivre un peu.

J’ai profité de l’occasion pour questionner des personnes de mon entourage, personnes soigneusement sélectionnées pour leurs qualités de féministes selon mes critères bien subjectifs, sur leur relation avec les poils. Mon but : offrir un regard alternatif au male gaze patriarcal pour que les gens sachent que ça existe, penser autrement du traditionnel « ark, du poil ! », phrase qui a marqué le début de plusieurs pubertés.

Voici ce qui m’a marquée dans les témoignages d’hommes – sorry les boys, j’ai pas pu tout garder, trop d’intérêt, pas assez de mots pour le communiquer. Je précise que ceci n’est pas une étude qualitative rigoureuse. J’ai des biais personnels concernant le poil et ces biais ont clairement influencé ma sélection des personnes participantes et des extraits de verbatim que je présente. Je précise aussi que je prévois écrire un article sur les perceptions des femmes et des personnes non binaires, parce qu’il n’y a pas que le regard masculin qui pèse sur notre gentil poil.

En général, les gars croient que l’entretien du poil est un choix personnel qui ne devrait pas être jugé et qui dépend de la volonté de la personne et des préférences des partenaires sexuel.le.s. « Une personne ne devrait pas [être jugée pour] son choix si elle désire se laisser [aller] pour son poilA. » « C’est important de se calicer des poils des autres avec qui t’envisages pas d’avoir de relation sexuelleD. » « Je crois à la liberté corporelle dans le sens où je pense que les gens devraient porter ce qui les fait sentir bien dans leur corpsF. » Certains pensent toutefois que tout le monde peut se garder une petite gêne selon l’endroit, distinguant le gym et la plage du restaurant ou du travail : « [J’aime pas ça] quand je vois des dessous de bras velus au travail ou dans un bar. Homme ou femme, je trouve ça pas propreE. » L’association poil – manque de propreté est un discours rapporté par certains : « Il y a une question d’hygiène. Les poils, ça [peut retenir] l’humidité. J’ai le feeling que tu peux être plus sale avec les poils. Mais c’est pas backé scientifiquement mon affaireD. »

Toutefois, les valeurs ne concordent pas toujours avec l’attirance physique. « Bien que mes convictions m’amène à regarder au-delà [du poil] (parce que sincèrement, who cares?), des fois, les pulsions suivent pas le cerveauB. » Ça ne semble toutefois pas une discordance assez importante pour être un frein à la relation sexuelle pour la plupart. « Je me souviens pas avoir fait : hum non, ça marche pas, y’a trop de poilsB. » « Esthétiquement parlant, je trouve pas très joli les poils sous les aisselles, mais pas assez pour que ça me bloqueC. »

La zone la plus souvent mentionnée dans les préférences de rasage est le pubis et autour des organes génitaux. La raison invoquée par quasi-tous : plus agréable pour le sexe oral : « non, c’est pas nice lécher des poilsD ». Toutefois, peu mentionnaient avoir déjà eu de réelles difficultés techniques avec la pilosité d’un.e partenaire lors d’une relation sexuelle. Pour un HARSAH (homme ayant des relations sexuelles avec d’autres), « le poil de couilles, c’est un tue-l’amourD » et c’est « plus nice quand [y’a pas de poil entre les fesses], aussi pour le sexe oral. Y’a aussi possibilité de plus de dégâts de ce côté-là ». Certains mentionnent aussi leur considération pour les risques du rasage : « ça peut causer des problèmes comme des infections (savons, gel à raser, coupures, etc.)A. »

Certains mentionnent toutefois des préférences assumées concernant le poil de jambes chez leurs partenaires. « Personne aime ça toucher des repousses piquantes. Quand je suis en couple, je garde la barbe longue ou rasée. La repousse de trois jours qui crée des irritations chez les partenaires, c’est pas gentilE ! »

Concernant leurs poils, les gars parlent de la barbe comme un élément important dans leur apparence. « J’aime beaucoup ma barbe et quand je sors de chez le barbier, je suis à ma meilleure perception esthétique de moi-même. [Ma barbe] fait partie de mon image autant que [mes] cheveuxC. » « J’ai déjà mis de l’huile pis des crèmes pis tout, mais tu réalises vite que du [revitalisant] à cheveux fait une bonne job pour pas mal moins cherE. » La motivation générale pour l’entretien de la barbe est d’afficher « un look qui [leur] plaîtB. »  Ne pas en avoir peut même être une déception. « J’ai trouvé ça triste longtemps de pas [en avoir], mais maintenant j’en ris. […] C’est un symbole de masculinité et de virilité pour plusieursB. »

L’entretien de leur poil pubien semble influencé par le confort personnel et par les préférences des partenaires sexuel.le.s. « Côté poil pubien, je suis du genre à entretenir le tout, pas mal en fonction des goûts de ma partenaire parce que je suis relativement indifférentC. » « J’aime mieux pas m’en occuper jusqu’à ce que ça me dérangeH. » Le souci de faire plaisir à l’autre s’étale jusqu’au poil de fesses pour certains : « c’est quand même une attente ou une pression dans la communauté gaie d’avoir rien, rien, rien en arrièreF. » La fréquence de l’entretien dépend aussi pour plusieurs de la probabilité d’avoir une relation sexuelle. « Quand je sais que je vais voir mon chum, je m’arrange pour que [l’entretien du poil] soit frais faitD. » « Célibataire, généralement je rase à zéro aux deux, trois semaines. [En couple, c’est] selon [les] demandes [de ma partenaire]. […] Ça peut être intégral comme forêt viergeC. » « J’exige la même chose de mes partenaires que ce que j’exige de moiD. »

La plupart n’entretiennent pas le poil de jambes et d’aisselles et n’y pensent même pas, « on dit même que c’est pas naturel, ni viril d’être raséD ». Toutefois, certains mentionnent un malaise avec leur pilosité. « Avant […] j’avais jamais exhibé mes dessous de bras en public à part à la piscine ou à la plage. Avec le sport, je me suis réconcilié avec le fait que je peux mettre [une camisole] […] sans me sentir comme un monstreE. »  J’ai demandé à tous les gars comment ils se sentaient par rapport à leur poil et à l’entretien de celui-ci. La plupart semblent indifférents, certains mentionnent leur male privilege de ne pas avoir à s’en soucier. Un des gars a senti que je voulais le culpabiliser, disant qu’il se « [sent] un peu mal pour les femmes qui doivent prendre clairement plus de temps pour se raser à cause des goûts sexuels des gars comme [lui]A. » Il sentait toutefois ne pas avoir de contrôle sur ses préférences, malgré qu’il « respecte les femmes qui font le choix de ne pas se raserA ». Un autre explique « je sais que mes opinions sont pas super modernes, mais je fais des efforts et je suis de plus en plus ouvertE ! »

Concernant le torse, les opinions semblent incertaines. « Je suis pas complexé de pas avoir de poil de chest. Je sais même pas si les filles préfèrent ça ou non, mais je m’en fous un peuB. » « Je trime le chestD. » « Pour le chest, j’ose rien faire. J’aime que [le poil] cache les stretch marksE. »

Certains ressentent le besoin d’entretenir leur poil sur une base régulière. « Les poils de dos, j’aime pas ça. Un jour, je vais me faire [épiler ça au laser]D. » « [Je] trime [mes] aisselles, car ça sort de tous les côtés pis ça reste moite en perpétuité. [J’ai] fini par demander de l’aide quand [mon] poil de dos [a rejoint mon] poil de torse par les épaules. Pis je me trime le poil des orteils plus souvent que je veux l’admettre. Pis même avec tout ça, je suis sûr que les gens me regardent dans la rue et trouvent que je ressemble à un clochard qui prend pas soin de luiE. »

Les gars s’influencent aussi concernant leur relation avec le poils. « On écoeurait [un de mes amis qui a moins de poils] parce qu’il était « imberbe ». Ados, on s’est déjà demandé ce qu’on faisait côté pubien, ce que nos partenaires disaient préférerC. » « Avec des amis gais […], on parle parfois de poils pubiens et de comment on gère ça ou comment les autres gèrent çaF. »

La relation avec les poils semble évoluer au fil du temps, puisque plusieurs mentionnent avoir été mitigés par rapport à leur propre pilosité et à celle des partenaires, plus jeunes. « Ce qui a évolué serait une confirmation de ma pensée qui est du genre « c’est ton corps, décide »C. « Quand on vieillit, bah on devient soi-même poilu et hop ! On apprivoise [le poil chez soi et chez les autres]F. »

En cas de doute, il semble tout indiqué de briser le tabou concernant les poils. « Faut parler de comment on se sent à propros [du poil] pour déstresser à ce sujet et [diminuer] la pression sociale qu’il y a là-dessusH ! »

 

Donc, voici, voilà, j’espère que je reflète bien la pensée des charmants messieurs qui ont bien voulu prendre plusieurs minutes de leur temps pour répondre à mes questions intrusives. Je souhaite à tous et à toutes un excellent mois de mai! J’ai hâte de voir plein de photos de poils et de fleurs.

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