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Agression & alcool : journal d’une non-consentante

Mardi

Ce soir, j’allais fêter avec des amis. Célébrer ma nouvelle job et les efforts que j’avais faits sur moi pour en arriver là. T’sais, je me sentais femme, forte et accomplie. La soirée se passait bien; le plaisir coulait à flot et l’alcool aussi.

Tellement que j’ai décidé de partir à un certain moment, par responsabilité de prendre soin de moi parce que je me sentais étrange et overwhelmed par la soirée et mon état. J’ai pris une bouffée d’air, j’ai parlé à la police surveillant la rue St-Laurent, qui a ensuite fait signe à un taxi de me raccompagner en croyant à tort, tout comme moi, que j’allais revenir sans problèmes à bon port.

Mercredi

À toi, très cher chauffeur de taxi,

Ce matin, je me suis réveillée d’une soirée trop arrosée qui aurait dû finir calmement chez moi. Dans mon lit. En sécurité. Sans tracas. Je t’aurais peut être laissé un peu trop d’argent comme pourboire, mais ça aurait bien fini quand même.

Encore imprégnée de la lourdeur de la nuit que je venais de passer, la mémoire et la douleur de ce trajet en taxi ont vite refait surface. Je me suis réveillée paralysée par les flashbacks, les images floues, une voix d’homme, les mots entendus, les trous dans ma mémoire.

T’avais une job : me raccompagner chez moi en sécurité.

Mais hier, tu as pris la décision de me toucher.

Censé être synonyme de sécurité et de raccompagnement, tu t’es plutôt permis d’entrer sans permission dans mon jardin privé. De t’inviter dans mon intimité.

Sans mon consentement.

Parce que oui, j’étais inconsciente donc non-consentante.

« Le consentement n’est valable que s’il a été accordé librement. Ainsi, si une personne est paralysée par la peur ou craint de réagir, il n’y a pas de consentement de sa part. Être intoxiquée par la drogue ou l’alcool n’est JAMAIS une invitation à avoir des contacts sexuels. Consentir à boire de l’alcool ou consommer de la drogue n’est pas un consentement à une activité sexuelle. La seule personne responsable de l’agression sexuelle est la personne qui commet l’agression. » (propos tirés de : harcelementsexuel.ca/consentement-sexuel/)

Le consentement.

C’est la partie que tu n’as pas compris et que l’invervenante à l’hôpital, qui m’a ramassée à la petite cuillère aujourd’hui, a dû m’expliquer et me repéter à maintes reprises : que ce n’est pas de ma faute. Tes mains sur moi, tentant de me posséder pendant que j’avais envie de hurler, ne me rendront jamais responsable des gestes que tu as commis et des choix que tu as faits.

Je refuse de croire qu’une fille, peu importe qu’elle soit en situation de vulnérabilité, d’intoxication ou de fatigue, parce qu’elle décide d’entrer dans un taxi, une auto ou même chez quelqu’un, permet à autrui de la posséder et de la déforester.

Aujourd’hui

À toi qui lis ça,

Tu mérites sécurité et bienveillance. Peu importe dans quel état tu te trouves. Peu importe où tu es. Peu importe comment tu t’aimes.

J’ai décidé de porter plainte.

Pour moi.

Pour ces femmes qui ont encore des séquelles de leur agression.

Pour tous ces moments où l’on croyait être en sécurité et que quelqu’un nous a enlevé ça.

Pour celles qui n’ont pas eu la force de dénoncer et qui chaque jour trouvent le courage de vivre et de refleurir.

Pour dénoncer ces personnes qui prennent la décision de commettre des actes graves trop souvent sans conséquences pour eux.

Tu es valable, importante et jamais tu ne mériteras ce qui t’est arrivé.

Anonyme

Source photo de couverture: Unsplash

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