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L’art de reconnaître ses limites

Saisissez votre chance au vol : VOUS êtes votre SEULE limite si vous vous l’imposez. Foncez!

En ce début du mois de mai (peut-être nous amènera-t-il enfin le printemps que nous espérons tant?!), j’ai décidé encore une fois de vous écrire sur un sujet qui me tient à cœur. Depuis quelques semaines, les sujets de burnout, de déprime, de fatigue et autres sont souvent mis sur le tapis ici, à la FabCrep. C’est d’ailleurs ce qui m’a donné le goût d’oser plonger! Je n’aborde que très rarement ce sujet, même avec famille et amis, et ce, sûrement à cause d’un trop plein d’orgueil. Il s’agit des limites. Les miennes, plus précisément.

Comme vous le savez si vous avez lu mon article « Libre d’être moi-même », j’ai la paralysie cérébrale, un handicap physique de naissance qui entraîne effectivement des limitations sur le plan physique, certes, mais également neurologique. Je vous avais brièvement entretenu sur ce volet dans l’article, mais il est nécessaire de l’aborder plus en profondeur aujourd’hui.


Crédit photo : Elizabeth Lowe

Au travail

Je crois l’avoir mentionné au passage dans « Libre d’être moi-même », mais je le redis juste au cas où. Depuis la fin mars 2019, j’occupe un (premier! 🙂) emploi rémunéré dans un magasin comme commis à la saisie de données. J’occupe ce poste à temps partiel. Je fais donc un total de 22,5 heures par semaine, échelonnées sur les lundis, mercredis et vendredis de 8 h 30 à 16 h 30. Est-ce par manque de temps? Manque de motivation? Parce que j’étudie en même temps, me demanderez-vous? Non, non et re-non!

La raison principale, c’est parce que cette fameuse paralysie cérébrale, ça bouffe de l’énergie en @$#*$! Quand je dois littéralement penser à mettre un pied devant l’autre pour que la commande s’achemine jusqu’à mon cerveau et qu’elle soit par la suite exécutée, ça vous donne une idée de l’énergie que ça me prendrait pour travailler 5 jours par semaine! Pour vous situer, c’est deux fois plus d’énergie qu’une personne « normale » que ça prend à une personne avec une limitation physique, paralysie incluse, pour exercer un emploi.

Bon, maintenant, un petit point pas mal important. Je vous ai dit tout à l’heure que ma principale raison de travailler à temps partiel, c’était les contraintes neurologiques de mon handicap. Il y a une autre raison et, à mon avis, c’est la plus essentielle : je l’appelle « choisir ses batailles ».

La question du choix des batailles

En gros, je savais d’entrée de jeu qu’en choisissant d’occuper l’emploi que j’ai, même à temps partiel, ça boufferait environ 65 % de mon énergie, et ce pourcentage, c’est celui auquel je suis arrivée après un mois à m’habituer à l’environnement et au milieu. Comme tout nouvel employé, me direz-vous. Mais là où les gens font souvent fausse route lorsqu’ils voient la situation de l’extérieur, c’est qu’ils se disent : « Bah, voyons, de quoi tu te plains, Eli? Tu peux travailler comme tout le monde vu le pourcentage énergétique que tu m’as décrit! Qu’est-ce qui t’empêcherait de le faire à temps plein d’abord? »

L’affaire, c’est que les gens voient ça justement comme ça : de l’extérieur. Sans voir le « big picture », comme on dit, c’est-à-dire en prenant les choses hors de leur contexte. Le travail, c’est seulement une partie de la vie. Le travail sans rien d’autre, c’est presque pas réaliste, sauf si on veut s’exiler dans sa solitude et ne rien faire d’autre de sa vie que trimer.

En effet, si environ 65 % de mon énergie est occupée à gérer mon travail, il me reste seulement à peu près 35 % à accorder à tout le reste, et si on applique le principe que toute action, si petite soit-elle, me coûte le double d’énergie à exécuter, ça se répercutera dans toutes les autres sphères de ma vie. On parle ici, entre autres, du  ménage de l’appartement, de la préparation des repas, de la gestion de mon budget, de l’écriture d’articles pour la FabCrep et, s’il me reste du temps pour souffler, des sorties avec parents ou ami.e.s! C’est là où entre véritablement en jeu la seconde raison du travail partiel : choisir ses batailles. Ça veut dire quoi? En clair, ça veut dire : quelles batailles est-ce que je mène de front? Lesquelles je vais choisir de prioriser et, ensuite, est-ce que je considère la possibilité de demander de l’aide pour celles que je ne pourrai mener seule? Exemple banal : arriver du travail, pour le commun des mortels « normaux », et se préparer à souper à partir de rien, sans plat à décongeler, et continuer comme ça pendant une semaine, c’est déjà fatigant en maudit! Pour moi, avec la paralysie cérébrale, c’est presque mission impossible. La fatigue neurologique s’accumulerait trop, ce qui ferait qu’au bout de deux, peut-être de trois jours maximum, à cette cadence, je ressentirais une fatigue tellement importante que je serais obligée de ne rien faire pendant toute une journée pour récupérer.

Donc, j’en viens à cette espèce de débat qu’il y a entre personnes handicapées : étudie/travaille-t-on à temps partiel, avec service d’aide ménagère et gestion des finances pour nous permettre d’avoir une vie, un appart, du temps pour voir chum/blonde et ami.e.s, et un semblant d’énergie mentale et physique, ou bien, à l’inverse, travaille-t-on à temps plein, avec zéro ou presque pas d’énergie pour le reste de notre vie uniquement pour se prouver qu’on peut le faire?

Ma limite, MON choix à MOI

Vous l’aurez deviné, pour moi, vu mon degré de handicap, mon style de vie, mes priorités et mes valeurs, le choix est évident : travail à temps partiel, études à temps partiel (à l’époque) et, lorsque viendra le temps de l’appart avec mon chum, prendre TOUTE l’aide offerte pour subvenir à mes besoins. Pourquoi? Parce que la vie est trop courte pour ne pas la vivre pleinement, avec les yeux, le corps et le cœur grands ouverts pour la recevoir. Elle est trop courte pour avoir des regrets et ne plus avoir d’énergie pour finir la course au dernier mille.

Saisissez votre vie au vol. Définissez vos limites pour vous construire une vie à votre image! Foncez! 🙂


Crédit photo : Elizabeth Lowe

Source photo de couverture : Unsplash

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