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Comment des femmes et des personnes non binaires perçoivent le poil

Pas d’intro parce que je veux laisser la place aux femmes et aux personnes non binaires (FPNB) qui ont accepté de parler de poil. Ceci n’est pas une étude qualitative rigoureuse. Mon but : exposer un regard différent de la norme concernant ces mal-aimés de poils, un regard aimant, mais réaliste, sur la pilosité humaine.

La pilosité et la relation avec cette pilosité varient significativement d’une personne à l’autre. Il est à noter qu’une partie importante de cet échantillon laisse pousser du poil proscrit par la société, même si pour plusieurs, ce poil demeure caché sous des vêtements. « Je laisse [mon poil] pousser et je me sens vraiment à l’aise dans mon couple, mais beaucoup moins en publicF. » « C’est sûr qu’il y a des moments où des gens sont mal à l’aise avec mon poil […] mais je me rappelle le filtre (expliqué plus bas) et je me dis que j’aime mieux chiller avec des gens ouverts d’espritG. » « Je suis encore beaucoup influencée par la peur que les gens jugent si j’ai [du poil de jambes], donc je porte des vêtements pour […] le cacherJ. »

En général, les FPNB reconnaissent l’influence de la culture sur leur perception du poil. « Pendant longtemps, les sociétés de l’Ouest (d’origine européenne) ont défini le poil comme un caractère masculin. On a cherché à éliminer ou à réduire le poil chez les femmes. C’est devenu une mode pour les femmes de se raser, et finalement une norme, et même une attente pour conserver un critère de beauté. […] Le poil reste génétique et sa manifestation sur [le] corps est normale et naturelle. […] On ne devrait pas traiter de sale ou de masculine [une personne qui] ne se rase pas. […] Si une personne se rase, elle ne devrait pas se faire traiter de féminine ni assujettie aux attentes des médias et de la sociétéC. » « Je pense que [le poil], c’est humain, que ça nous protège, que c’est payant que les gens se rasent [pour la société capitaliste]K. » « J’ai pas de problème à être différente des normes, j’en retire même une fierté parce que je trouve souvent les normes [illogiques] mais je trouve difficile d’être regardée avec dédainI. »

Certaines considèrent que le poil revêt une certaine utilité. « [Biologiquement], ça sert à éloigner les bactéries du corpsE. » « Le poil me sert de filtre efficace pour rencontrer des personnes qui me trouvent attirante comme je suis, avec mes poils de jambes, d’aisselles et de pubis. […] Ça m’aide [aussi] dans mon affirmation de moi et dans ma relation d’acceptation avec mon corpsG. »

Plusieurs nomment différentes formes de pression pour qu’elles s’épilent. « Mes amies m’ont dit qu’elles avaient honte de moi à cause de mon poilM. » « On m’a demandé à plusieurs reprises si je gardais mon poil pour repousser les gars depuis mon agression sexuelle. Juste le fait que j’aie besoin d’une raison pour justifier la non-destruction de mon poil, je vois ça comme une pressionI. » Pour plusieurs, cette conscience du poil est intériorisée et difficile à déconstruire. « Sur n’importe qui d’autre, j’ai absolument aucun problème, mais sur moi, j’ai cette espèce d’idée [que c’est] un défautH. »

Certaines soulignent notamment le courage qu’il faut pour qu’une personne lue comme femme affiche du poil en public. « Je trouve ça assez badass de voir des femmes laisser pousser leurs poilsA. » « Quand je vois des personnes [lues comme femmes] afficher leur poil, je me dis qu’elles doivent se sentir aussi bien que moi, donc je suis contente pour ellesB. » Certaines ont même une perception négative des personnes qui s’épilent. « J’ai déjà shamé une fille que je fréquentais parce qu’elle se rasait. Mais je peux pas lui en vouloir de se conformer alors que la pression est vraiment forte de le faireI. »

SIGNIFICATIONS DU POIL

Le poil a plusieurs significations dans la culture occidentale.

Le poil est associé au sentiment d’être attirant.e pour plusieurs. « J’ai encore l’habitude de vérifier si mes poils sont trop longs […] avant [du sexe potentiel]D. » « J’ai pas fait le deuil de correspondre à l’image de la femme séduisante, donc j’me sens laitteF. » « Des fois, je me sens moins belle avec mon poil, faque j’ai moins de désir sexuelL. » « Je me trouve attirante avec mon poil, parce que je sens que c’est moi et je suis en confiance. La dernière fois que je m’étais épilé les jambes, j’ai trouvé ça bizarre, comme si ça ne me ressemblait pas et depuis ce jour, je me trouve attirante avec mon poilG. » « Quand j’étais célibataire, [j’entretenais mon poil], car j’avais peur […] qu’un partenaire trouve ça dégueu ou qu’il aime pas le poil et donc de me faire rejeter pour cette raisonG. » « C’est clair que j’ai pas l’impression d’être attirante aux yeux des autres avec mon poil d’aisselles. Ça me rend nerveuse lors d’une première relation sexuelle avec une personne. […] Je trouve le poil badass et je considère le courage attirant, mais je l’associe aussi au risque de discrimination, ce qui est l’opposé de l’attiranceI. »

Le poil est associé à l’expression de genre pour plusieurs. « Mes très nombreux et longs poils de jambes me donnent vraiment l’impression d’être masculine et ça me déplaîtF. » « [À l’adolescence], en tant que personne s’identifiant [au genre féminin], [on veut] pas que les gens sachent [qu’on] passe à travers la puberté, [on veut] pas qu’ils sachent [qu’on] a [nos] règles, [qu’on a] du poil un peu partoutG. » « Je suis attiré.e par des gens qui ont une identité de genre similaire à la mienne; j’suis pus attiré.e par les personnes qui ont pas de poil. Si la personne a pas de poil, il faut que son expression de genre compense [en ayant des caractéristiques que la société associe à la masculinité]B. »

Le poil pubien est associé à la maturité sexuelle pour la plupart. « Je ne me rase plus au complet (je l’ai fait une seule fois et j’avais l’impression d’être une enfant). Je me [dis] que si mon partenaire [préférait mon pubis] totalement rasé, je me poserais des questionsD… » « Je trouve que mes poils pubiens contribuent à ma sexiness (sans eux, je me trouverais fillette)F. »

Pour plusieurs, le poil est un rappel d’iniquités entre les genres. « J’ai toujours eu le feeling que c’était pas juste que je doive gérer [l’épilation de mes poils], mais que chez les gars c’était bien perçu, la pilositéG. » « Le seul poil que je vois pas comme une injustice sexiste, c’est le poil pubien, parce que je m’attends à ce que mes partenaires l’entretiennent aussi, peu importe leur genre. » « Le féminisme m’a fait réaliser à quel point le comportement de me raser était un dictat social pis que c’était vraiment partie prenante du patriarcat pis ça me faisait chier de me soumettre à ça. Ça me fait chier l’idée de faire quelque chose d’absolument pas logique ou utile juste parce qu’il faut être belle dans le regard des gensF. » « J’aimerais honnêtement être capable de me dire FUCK OFF parce que sérieux, c’est cher [en] temps et [en] argent […] alors que les gars ont pas ce problème. Ça m’écœure de me dire qu’avec la conscience que j’ai aujourd’hui, ça me joue encore dans la têteJ. » « Je me sens conne. Si je me respectais vraiment, je m’épilerais pasL. » « Ça asservit les [femmes] qui gagnent en moyenne moins d’argent et qui, pour correspondre aux standards, doivent dépenser encore plus d’argent. […] Comme on vit dans le capitalisme, les standards de beauté enlèvent [aux femmes] du pouvoir en passant par le pouvoir financierL. »

Certaines associent le poil au professionnalisme. « Ce qui me motive, c’est d’être prise au sérieux au travailL. » « Y’a peu de femmes qui assument leurs poils, surtout dans mon milieu professionnelF. »

INÉGALITÉ DES POILS

Différents facteurs influencent l’importance des stigmas concernant le poil.

Certains poils sont plus tabous que d’autres. Le poil de visage, de seins, de ventre et de fesses semblait plus difficile à nommer pour plusieurs, mais voici deux extraits sur ces poils. « J’ai encore un malaise avec le poil de fesses. Je suis consciente qu’il y a des différences de pratiques et de morphologie qui expliquent les différentes exigences entre les personnes qui sont pénétrées et les personnes qui pénètrent concernant le poil de fesses, mais ça me gosse que ce soit tabou. Ça me gosse que, malgré que mon anus ne joue quasi-aucun rôle dans ma sexualité actuellement, je ressente une espèce de pression de pas avoir de poil entre les fesses, au cas où dans certaines positions mes partenaires le voient et réalisent que ça existeI. » « Mon chum me niaise sur mes poils de mamelons. J’ai essayé de les épiler, mais ils repoussent en deux jours, les petits crissM. »

Des mères se sentent une responsabilité sur le poil de leurs enfants. « Je dis à mon fils de se raser la barbe [parce qu’elle n’est pas pleine], mais je me retiens de dire à ma fille d’arracher les poils [qui commencent à apparaître]L. » « Peu importe ce que [mes fils] font de leur poil, je ne veux pas ramasser de poil dans le lavabo ou dans le bain. Je ne veux pas que ça m’ajoute pas du travail. Je respecte [les choix de ma fille], même si je n’aimerais pas ça avoir du poil d’aisselles comme elle. […] Je voyais [l’épilation] comme un moment mère-fille, comme si on se faisait les ongles ensembleO. »

Certaines sont limitées financièrement dans l’entretien de leur poil. « Quand j’étais [plus jeune], on manquait d’argent. J’ai longtemps eu à vivre avec mes poils même si je voulais pasL. »

Certaines reconnaissent leurs privilèges de personnes blanches concernant le poil. « Je suis vraiment privilégiée par mon poil pâle et clairsemé. J’ai déjà couché avec un gars qui dit qu’il ne serait pas capable de coucher avec une fille poilue, ce qui montre que je peux passer pour une fille épilée même si je le suis pas. Pis ça, c’est sans nommer toutes les autres formes de discrimination que les personnes de couleur lues comme femmes vivent de plus que moi par rapport au poilI. »

Certaines sentent qu’elles ne correspondent pas à plusieurs autres critères de beauté tels que prescrits par la société occidentale et que ça augmente le stigma lié à leur poil. « Quand t’accumules la liste de critères pour être le genre de fille qu’on a envie d’inviter à danser, j’veux pas ajouter le poilL. » « Je trouve ça dur que la plupart des modèles de personnes féminines poilues auxquels j’ai accès sont minces, blanches, sans acné, etc.I »

CÉLÉBRATION DU POIL

Le chemin pour accepter son poil est difficile. « J’ai commencé à attendre de plus en plus longtemps avant de raser [mon poil]. Au début, j’étais vraiment self conscious et insécure, mais graduellement je me suis habituéeF. » Ce parcours peut être facilité par une acceptation du poil par des membres de l’entourage. La présence d’un.e partenaire acceptant le poil est nommée par plusieurs. « J’ai la chance d’avoir un chum qui accorde pas trop d’importance à çaJ. » « Avant que [j’accepte mon poil], l’épilation était une activité de couple ! C’était pour [mon chum] que j’ôtais principalement mon poil, alors il m’aidaitN ! » Certaines ont, quant à elles, convaincu leur partenaire que leur poil n’est pas si répugnant que ça. « Au début, [mon chum a réagi] super mal [au poil]. Mais mon désir de rébellion contre les normes était plus fort. Je lui [ai dit] que si ON jugeait ça dégueu, j’allais arrêter, car [son poil] est pas dégueu. […] Au final, j’ai eu raisonN. » Pour plusieurs, l’accès à des modèles de personnes poilues lues comme femmes a été déterminant. « Ça m’a beaucoup aidé de voir d’autres personnes féminines autour de moi [afficher leur poil]F. » Certaines soulignent l’importance de l’activisme pour le poil féminin. « Je trouve MaiPoils vraiment hot pis j’suis contente qu’on en parle pis que ça fasse réagir des [gens] fermés d’esprit qui capotentF. »

Je tiens à souligner le parcours ô combien difficile des nombreuses personnes qui ont composé l’échantillon pour cet article, à souligner le courage de chacune de ces personnes qui affrontent quotidiennement une pression sociale qui diverge de leurs valeurs, à souligner la force avec laquelle certaines s’affirment et la résilience avec laquelle d’autres font des compromis, à souligner à quel point cette collecte de témoignage m’a émue – j’ai versé des larmes – et à quel point chaque personne de cet échantillon est formidable. J’espère que ça va donner le goût et la force à plusieurs de s’afficher telles qu’elles s’aiment, poilues ou pas.

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