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Environnement : comment s’informer depuis son sofa

Il y a la télé, il y a internet, il y a différents ouvrages, et pourtant, encore beaucoup d’inertie vis-à-vis de la cause environnementale. Faisons-nous l’effort de nous instruire sur la question ou sommes-nous trop apeurés par la cause pour oser regarder de plus près ce qu’il est possible de changer? Le Québec recycle (oui bravo), le Québec composte (ça dépend, la Capitale-Nationale est encore très en retard), Hydro-Québec offre aux Québécois de l’énergie verte et renouvelable (hum… vous lirez l’excellente pièce J’aime Hydro pour en découvrir les envers)… Alors que la jeunesse québécoise manifeste dans les rues en scandant des slogans sur l’avenir, le gouvernement Legault fait la sourde oreille. La Norvège, la Suisse et l’Allemagne, ont adopté l’état d’urgence climatique. Faudra-t-il que les gouvernements soient tous traduits en justice pour inaction écologique pour qu’ils agissent enfin? En attendant ces honteux retards fédéraux et provinciaux, voici pour vous, chers lecteurs et chères lectrices, quelques informations.

La Terre vue du cœur, documentaire télévisuel, Maison 4:3

https://ici.radio-canada.ca/tele/doc-humanite/site/episodes/431918/terre-coeur-environnement-biodiversite-hubert-reeves-planete 

« Le grand problème aujourd’hui, c’est que la nature est devenue une marchandise », avoue d’entrée de jeu l’astrophysicien et écologiste québécois Hubert Reeves. Au cours d’une promenade en forêt toute simple, Reeves observe le phénomène de la détérioration de la nature. Moins d’oiseaux, de papillons, d’insectes… En effet, depuis 1970, la Terre a perdu près de 60 % de ses animaux sauvages. À cela s’ajoute le sort des espèces actuellement en voie d’extinction, un chiffre tout aussi désolant, c’est-à-dire environ un million d’espèces animales et végétales menacées[1]. Bon vulgarisateur, Reeves explique l’importance de l’eau, malheureusement de plus en plus polluée, dans la création de la vie, puis enchaîne sur les cycles d’extinction de la Terre. Près de cinq fois dans l’histoire, au cours du dernier milliard d’années, la Terre a été menacée par des périls géologiques, météorologiques ou astrologiques. La sixième extinction, la prochaine, est malheureusement causée par l’homme lui-même, et n’aura jamais été aussi rapide. Documentaire alarmiste (étant donné l’état d’urgence climatique), La Terre vue du cœur propose tout de même un point de vue optimiste pour la suite du monde, en présentant les bons coups en matière de recherche et de protection de l’environnement. La poésie des images d’Edith A. Widder, exploratrice des eaux profondes, qui nous présente cet espace méconnu et millénaire, aux créatures encore mystérieuses, est spectaculaire. Autant que les « océans verts » beaucoup plus rares à cause de l’industrie et la marchandisation du bois, que décrit le professeur québécois Michel Labrecque, également conservateur et chef de division recherche et développement scientifique du Jardin botanique de Montréal. La botaniste et professeure autochtone Robbin Wall Kimmerer, démontre quant à elle les relations et le langage des arbres à travers le paysage féérique des Adirondacks. Selon elle, les connaissances millénaires ainsi que le respect des autochtones vis-à-vis de la nature doivent être intégrés à la botanique et à la sauvegarde de l’environnement. Des interventions du philosophe renommé Frédéric Lenoir, passionné par la question écologique, et de plusieurs autres scientifiques et observateurs du milieu complètent le documentaire, mais c’est la nature, grandiose et généreuse, qui vole la vedette.

The End, bande dessinée, zep, Rue de Sèvres

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C’est connu que les arbres communiquent entre eux, à preuve, les acacias qui poussent dans la savane africaine tendent à devenir poisons à l’approche des antilopes en période de sécheresse. En effet, la botaniste Robbin Wall Kimmerer l’explicite très bien dans le documentaire précédent : « Les arbres ont des conversations détaillées. Sur terre, ils s’envoient des messages chimiques transmis par le vent, et sous terre, ils procèdent à des greffes racinaires entre mêmes espèces ou différentes espèces, en plus des réseaux de mycorhizes des champignons qui lient toutes les plantes entre elles ». Cette communication des arbres est la trame de fond de l’extraordinaire BD de zep. Publiée en 2018 et finaliste au prix de la BD fnac et France Inter, The End relate l’histoire de Théodore, jeune stagiaire, qui rejoint une équipe de scientifiques suédois attablés à l’étude du langage des plantes et à leurs mémoires. Parallèlement à leurs recherches, des phénomènes étranges ont lieu dans les pays voisins. Morts mystérieuses de promeneurs en forêt, comportements atypiques des animaux sauvages, empoisonnement aux champignons. Et si tout ça était causé par les végétaux? Une BD aux échos philosophiques et apocalyptiques, illustrée par le remarquable dessin de zep.

La philosophie à l’abattoir, essai littéraire, Christiane Bailey et Jean-François Labonté, Atelier 10


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Il faut toujours faire attention en tant que végane de ne pas parler trop fort, de ne pas faire la morale, sous prétexte de choquer les consommateurs de viande sensibles à la critique. Phénomène récent le véganisme? L’ouvrage nous apprend que non et que l’industrialisation autour du commerce du bétail est critiquée depuis des lunes, mais que la critique végétalienne a toujours été ridiculisée… Les communautés anarchistes françaises du début du 20e siècle dénonçaient déjà les dégâts, les coûts et le gaspillage causés par l’élevage. La protection des animaux a longtemps été affiliée aux femmes et aux sous-hommes (parce qu’un vrai homme mange de la viande[2]). À travers l’histoire de la philosophie (très masculinisée), on a perçu l’animal comme sans considération morale, sans sentiment, sans possibilité de souffrance, et même comme un animal-machine! Encore aujourd’hui, les animaux sont maltraités dans le domaine de la science, des pharmaceutiques et des cosmétiques, les images qui réussissent à sortir des abattoirs sont terrorisantes, et on continue d’affilier le droit à l’abattage en fonction du cuteness. Quand on sait que l’élevage : « […] est une des principales causes de l’appauvrissement des sols, de la chute de la biodiversité, de la déforestation, de la raréfaction des ressources d’eau et de la pollution des cours d’eau», il y a de quoi faire un examen de conscience…

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Source photo de couverture

[1] https://www.ledevoir.com/societe/environnement/552749/jusqu-a-1-million-d-especes-pourraient-etre-menacees-d-extinction

[2] Lire : Les vrais mâles préfèrent la viande― Convergences du féminisme et de l’antispécisme, d’Élise Desaulniers, dans l’anthologie Françoise Stéréo parue chez Moult Éditions

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