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Rencontre avec mon Moi idéal

Moi idéal, moi idéalisé, idéalisation du moi… What is this ? Ces concepts trouvent-ils un écho en vous ? Chez moi, dans mon for intérieur, il n’existait aucune résonnance : jamais vu, jamais entendu, jamais envisagé. Voilà qui était simple. Droite dans mes baskets, accrochée à mes certitudes comme une arapède à son rocher, j’étais sûre. Sûre ? Oui, sûre : sûre de moi, de toi, de tout. Ah, pardon ? Arapède ? What is this, de nouveau ? Mais si, vous savez, ce petit coquillage qui fait littéralement corps avec la roche. Celui qui, à peine effleuré, se colle contre la paroi avec une force remarquable. Je défis quiconque de venir le décoller ! Je m’y suis essayée : mission impossible. Eh bien, ce petit coquillage, c’était moi. Ce moi collé, englué, enchaîné à ses certitudes : je sais ce que je veux, je sais où je vais, avec qui, pourquoi, comment. Mission impossible, cette fois, de me faire douter. Et pourtant, même avec toute la force de persuasion dont on peut disposer, il arrive un jour où une vague plus grande, plus vaste, plus violente finisse par nous décoller de notre rocher. Cette vague, c’est celle de la remise en question, la vraie. Celle qui balaie tout sur son passage, nous poussant même jusqu’à douter de notre capacité à respirer. Une fois séparé de notre socle, de nos certitudes, on se retrouve dans son creux. Tout devient confus. D’ailleurs, ne dit-on pas qu’être dans le vague, c’est être dans le flou ? Alors, les remous nous chahutent, on roule, on suffoque, on se fait mal, on perd toute notion du temps et de l’espace, on est terrifié – j’étais terrifiée. Puis, la vague nous jette sur le rivage, chancelant, sonné, fragilisé, désorienté.

J’étais jetée dans la réalité où les certitudes sont en cavale, où le doute règne, où les choix ne riment avec aucune garantie. Seule sur le rivage, un sentiment m’a envahi – un sentiment sournois, douloureux, que j’avais pris soin d’éviter en me construisant une barricade de certitudes : le sentiment d’insécurité. Au loin, j’apercevais le rocher qui avait été mon refuge pour braver les tempêtes. Impossible de remonter à contre-courant et de m’y r    accrocher. Trop tard, je m’étais décollée. En abandonnant, contre mon gré, les certitudes qui me portaient, j’ai commencé à les déconstruire. Elles ne constituaient plus une sécurité ; elles avaient été avalées par la vague. Ce décollement m’a permis de les identifier et, à travers ce travail, j’ai fini par identifier ce fameux Moi idéal. En quoi consiste-t-il au juste ?

N’étant ni psychologue, ni psychanalyste, ni la fille cachée et illégitime de Sigmund Freud, je ne pourrais donner que ma définition. Celle-là, je la retire de mon expérience, de mon face à face avec mon  propre Moi idéal. Un face à face violent, empli de larmes, de douleur, de sidération parfois, d’angoisse souvent, de tristesse constamment, mais une confrontation que je juge désormais indispensable. Ce Moi idéal, c’est celui que j’ai pris le soin de construire depuis mes premières années de vie. Il est le résultat de plusieurs paramètres : la personnalité, l’environnement, les événements, l’inconscient… Aujourd’hui, je prends conscience que je l’ai construit pour me protéger de toutes les attaques externes, de toutes les souffrances potentielles. Le Moi idéal, c’est construire un moule qu’on juge sécurisant, qui correspond à ce qui est attendu. Ces attentes peuvent être énoncées, verbalisées, transmises, mais peuvent aussi être implicites, latentes et émotionnelles. Elles sont nombreuses et face à elles, selon notre degré d’empathie et un manque d’estime de soi plus ou moins profond, on bricole un soi qu’on considère acceptable. Alors, on enfouit notre vrai Moi, on le lisse, le conforme, on l’aseptise presque pour se faire accepter, mais aussi pour tenter de s’accepter. Le Moi idéal peut devenir un vrai tyran, car il empêche d’être libre, d’être soi. Qu’est-ce qu’être soi ? C’est être imparfait : imparfait avec des opinions propres, un regard singulier sur le monde, une voix unique. Mon Moi idéal, lui, se devait d’être parfait, en toutes circonstances. Jamais un mot de trop, jamais un écart, jamais une colère, jamais un « non ». Un tyran donc, bienveillant envers l’autre, destructeur envers moi-même. Inconsciemment, j’ai perçu la différence comme un risque, celui de déplaire, celui de la rupture, alors je me suis rangée du côté du « oui ». En satisfaisant l’autre, j’avais le sentiment de me protéger. Faux, je ne faisais que m’empêcher d’exister.

Pour autant, un désir de liberté grondait en moi, hardant, brûlant, flamboyant. Alors, pour y répondre tant bien que mal, j’ai choisi de le diriger vers les autres. La frustration de ne pouvoir me sentir libre et libérée a nourri des valeurs profondes de bienveillance, d’encouragement et d’acceptation pour quiconque avait le courage de se révéler au monde tel qu’il était. « Je serai le porte-parole de ceux qui ne s’expriment pas ou qu’on refuse d’entendre. » Très bien, mais j’en ai oublié de m’écouter. J’ai oublié de me révéler. Ce Moi idéalisé a fini par m’étouffer. Finie, la certitude d’être Wonder Woman, un sourire placardé sur le visage 24H/24 ; finie la conviction d’avoir les épaules de Hulk pour porter le poids du monde sans jamais flancher.

Devant le miroir, face à moi-même, plus encore que face aux autres, j’ai retiré mon masque lisse et parfait. J’ai regardé mon visage et j’ai laissé les larmes couler, celles d’un être humain avec ses limites, ses douleurs et son profond besoin d’exister tel qu’il est. La quête de perfection n’était autre que mon échappatoire face à ma propre vulnérabilité.

Aujourd’hui je tends à me séparer de mon Moi idéalisé et des certitudes qui l’ont accompagné. Restent désormais mes valeurs et cette vertigineuse incertitude qui fait de la vie un éternel mystère, une loterie d’échecs et de réussites, de joies et de peines, de satisfactions et de déceptions.

De cette séparation naîtra, je l’espère, la plus belle des rencontres : celle avec mon Vrai moi.

Et quand nos regards se croiseront dans le miroir, je lui dirai, sans culpabilité :

« Tu n’es pas parfait, mais tu es vrai. C’est là la plus grande des qualités et tu y trouveras la plus solide des sécurités. Personne n’a à approuver qui tu es. »

Crédit photo: Unsplash – Vince Fleming

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